Point de vue

On peut aussi écrire NENUFAR sans commettre une faute d’ORTHOGRAPHE

Témoignages.re / 8 juin 2011

Les rectificatifs de l’orthographe française sont maintenant reconnus par les principaux ministères de l’Education dans la francophonie. Cependant, beaucoup de francophones ne savent pas les mots sur lesquels portent ces changements. Nous traversons la grande période des concours et des examens en France, certains des lecteurs qui doivent subir des épreuves écrites de français se posent de nombreuses questions sur le “bon” orthographe à écrire pour ne pas être sanctionnés par le jury. Or, aucune des deux graphies (ni l’ancienne, ni la nouvelle) ne peut être tenue pour fautive.
Nous voulons rassurer les usagers et faire découvrir aux intéressés ces changements sages et limités(*). Ils ne bouleversent pas les habitudes d’écriture ou de lecture en français. Nous présenterons dans une série de quatre articles cette poignée de règles qui vont dans le sens de la logique et de la cohérence. Dans ce premier article, nous avons choisi de présenter les règles concernant la soudure et les traits d’union puis le participe passé “laissé” suivi d’un infinitif.
Ce résumé de règles ne retient que l’essentiel. Des exemples de mots de haute fréquence dans les discours aident à les comprendre.

• La soudure et les traits d’union

A1- On écrit en un seul mot les mots composés avec les préfixes contr(e)- et ent(re)-. Le trait d’union est donc remplacé par la soudure dans ces mots. Nous avons retenu par ordre alphabétique quelques-uns des plus utilisés :
Contrattaque, contreplaqué, contrappel, contrépreuve, contrindiqué, controffensive,
Entrapercevoir, entrouvrir, entredéchirer, entretemps, s’entraimer.
Par contre, cette règle ne concerne pas les mots comme entre-deux-guerres, contre-la-montre, qui sont composés de plusieurs éléments : il ne s’agit pas de simples préfixes dans ces cas.
Devant une voyelle, le “e” disparait.

A2- On écrit en un seul mot les mots composés avec des préfixes extra-, infra-, intra- et ultra-. Le trait d’union est donc remplacé par la soudure dans ces mots.
Extrasensoriel, extralucide, extraterrestre, extramuros ; infrason, infrarouge, intramuros ; intradermoréaction, intraveineuse, ultraviolet.

A3- On écrit en un seul mot les mots qui sont composés d’éléments savants
(en particulier en “o”) comme agro-, électro-, hydro-, socio-, anti-, télé- On les soude.
Exemple d’éléments savants :
Agroalimentaire, antivirus, audiovisuel, autoévaluation, cardiovasculaire, cinéparc, cumulonimbus, électroaimant, gastroentérite, hydroélectricité, macroéconomie, maniacodépressif, microonde, minijupe, néozélandais, pseudoscience, psychoaffectif, rhinopharyngite, socioéducatif, téléfilm.
Par contre, le trait d’union est maintenu dans les mots où la soudure engendrerait un problème de prononciation, c’est-à-dire si “a” ou “o” est suivi de “i” ou “u” (pour éviter ai, ain, au, oi, oin, ou). Ex. : extra-utérin, auto-ironie, bio-industrie, mono-usager.
Le trait d’union est maintenu lorsqu’il sert à marquer une relation de coordination entre deux termes désignant des noms propres ou géographiques. Ex. : mythe gréco-romain, relations franco-russes, pays anglo-saxons, culture finno-ougrienne.

A4- On écrit en un seul mot plusieurs mots composés à partir d’onomatopées (ou similaires), et des mots d’origine étrangère bien implantés dans l’usage.
Exemple : blabla, un blabla, des blablas, un froufrou, des froufrous, guiliguili(s), tictac(s)

Les emprunts :
Baseball(s), harakiri(s), spinabifida(s), statuquo(s).
Mais ce ne sont pas tous les mots étrangers qui sont soudés. Par exemple, on soude plusieurs noms latins (ex : un apriori), mais on ne soude pas des locutions (ex : juger à priori).

A5- On écrit en un seul mot plusieurs mots composés avec bas(se)-, bien-, haut-(e), mal- et mille-, les mots composés formés d’un verbe et du mot “tout”, et quelques autres composés bien ciblés. Le trait d’union est donc remplacé par la soudure.
Quelques exemples :
Autres soudures : bassecourt(s), bienaimé(s), bienfondé(s), hautparleur(s), malfamé(s), millefeuill(es), millepatte(s), brisetout(s), mangetout(s), croquemonsieur(s), chauvesouri(s), fairepart(s), entête(s), potpouri(s), rondpoint(s), sagefemme(s), saufconduit(s), terreplein(s), volteface(s), vanupied(s).
Ce sont principalement des innovations, introduites en nombre limité : le Conseil supérieur cité par C. Contant* ne voulait pas modifier d’un coup plusieurs milliers de mots composés.
Notons, cependant, que les mots en A4 et A5 étant devenus des mots simples, ils suivent la règle générale du singulier et du pluriel.

A6- Les numéros composés sont systématiquement reliés par des traits d’union.
Des exemples de numéraux :
Cent-vingt-et-un, cinquante-et-un, dix-millions, quarante-six-mille, sept-cent-cinquante, six-mille-cinq-cents, soixante-et-treize, trente-et-unième, un-milliard-deux-cents.
Cependant, il ne faut pas confondre deux-cent-septième (207ème) et deux-cents septièmes (200/7).

Le participe passé de “laisser” suivi d’un verbe à l’infinitif
Le participe passé de “laisser” suivi d’un infinitif est invariable, comme celui de “faire”
Exemples : Nous les avons laissé courir/Elles se sont laissé mourir de faim.
Les pommes qu’elle a laissé pourrir, comme les pommes qu’elle a fait murir.
Que le participe passé laissé soit avec l’auxiliaire avoir ou qu’il soit en emploi pronominal, il reste invariable s’il est suivi d’un infinitif, comme c’est déjà le cas pour le participe passé de faire (il les a fait lire, ils se sont fait prendre).

(A suivre)

* Chantal Contant, spécialiste du dossier des rectifications orthographiques au sein du groupe québécois pour la modernisation de la norme du français. Auteur de “Connaître et maitriser la nouvelle orthographe”, guide pratique et exercices, ed De Champlain S. F

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