Point de vue

Quel sens donnons-nous à l’humain dans notre société ?

Témoignages.re / 28 août 2013

Les guerres, l’esclavage moderne, la destruction massive de l’environnement et la suprématie des nantis sur les miséreux suscitent des débats et des controverses au sein de la société entre les tenants du libéralisme à outrance et les humanistes. Toutes les pensées et toutes les discussions conduisent à se questionner sur la personne humaine, ses devoirs et ses droits au sein de la société.

L’individu attaché au service d’un autre

Nous désignons par humain l’être ou l’individu conscient de soi et communiquant qui appartient plus à une communauté qu’à une espèce. Considéré du point de vue de ses qualités et défauts propres, de ses caractéristiques sociales, juridiques et morales, il a droit qu’on lui reconnaisse son caractère plus humain, autrement dit qu’on lui rende plus supportable et plus civilisé son caractère. Et en même temps qu’il peut se prévaloir de sa personne juridique et sociale, la société lui demande de ne pas outrepasser ses droits pour mieux s’humaniser. Et donc, en tant que sujet conscient et doué de raison, la société lui demande parfois d’être toujours capable de distinguer le bien et le mal, le vrai du faux, et d’être responsable de ses actes et de ses choix. Mais grand ou petit, l’humain est toujours représenté comme la personne humaine très complexe, comme le témoignent les débats éthiques contemporains. Il se montre tantôt capable d’intégrer une pensée collective, tantôt de s’afficher comme une personne solitaire, et parfois cela peut lui coûter sa place dans la société. Ainsi il peut être vulnérable, car il manquerait du soutien de son entourage professionnel ou social. Le respect et la dignité qui entourent sa personne et qu’on lui doit sont parfois bafoués, or, ces valeurs demeurent non négociables. Aujourd’hui, on recense un grand nombre de personnes humaines sans abris, des pauvres sans ressources, des personnes exploitées par les patrons qui peuvent les faire travailler des heures durant et les rendre taillables et corvéables à merci, à tel point qu’ils ne sont pas loin de l’esclave. Ces personnes humaines, dont la vie n’a pas favorisé leur sort, sont méprisées, avilies et écrasées, déshumanisées et chosifiées. Il ne leur reste plus de place en société que dans la rue. Elles ne peuvent profiter ni des avantages du progrès social, ni ceux des progrès techniques, elles sont réduites à des matricules, voire des objets de production. Elles sont donc écartées des retombées économiques et livrées aux tentations de la société de consommation.

Tout ce qui est humain (les projets, les discours, les œuvres, les attitudes, etc.) ne l’est pas parce que provenant des hommes

Des hommes, en imposant un régime politique totalitaire, ont tenu des discours et réalisé des actes inhumains. Ils ont imposé au sens commun leur vision hégémonique et guerrière du pouvoir, en refusant la raison commune qui permet de penser le raisonnable qui intègre les valeurs. Ces groupes humains se passent du rapport au monde partagé avec les autres. Ce rapport qui naît du dialogue, de la nouveauté des idées. Il n’est donc pas admis à l’humain une véritable pensée, car il est privé de sa liberté d’expression. L’occasion de créer une argumentation dialoguée s’étiole au profit de déduction de conclusions à partir de pseudo axiomes. Les mêmes pouvoirs politiques ne cessent de prôner le dialogue avec les citoyens, mais toutes leurs décisions prises sont sans aucune concertation. Or, ce monologue qu’ils ont légitimé est la perte du sens commun, et le refus de l’intersubjectivité. Donc, on assiste ainsi à la mort de la conscience qu’on fait agir sans principes éthiques, et où les droits élémentaires du citoyen sont bafoués.

Certains rôles de l’humain en société laissent perplexe, quand certains caractères sont détestables. Par exemple, quand, pour des futilités ou des incompréhensions et de manque de dialogue, ne supportant pas la contradiction, on tue sans raison l’individu gênant pour mieux régner. Des crimes gratuits comme le meurtre de personnes sans défense, ou encore des crimes crapuleux, font réfléchir sur la notion de l’humain, et sur la question de conscience sur les actes délibérés ou de la place et du rôle des auteurs. Cette même réflexion se poursuit quand l’humain, par des actes de vandalisme, détruit par son comportement l’environnement. C’est cette nature de l’humain dans ses actions, souvent inexplicables et intolérables, ou parfois incompréhensibles, qui mène dans l’embarras ses propres défenseurs. Car le sujet humain peut être à la fois victime et auteur de ses attitudes, qu’on n’arrive pas à le situer et le définir, vu que son essence devient inclassable.

La personne est la source des valeurs

Marx Scheler, Martin Buber, Emmanuel Mounier ou Paul Ricœur, pour ne citer que ces philosophes, font de la personne humaine la plus haute de toutes les valeurs. L’humain en tant que personnage a une fonction et une dimension publiques à prendre en compte. En ce sens, ne pas lui reconnaitre son sens juridique et tout ce qui désigne en droit commun son existence civile et des droits, et vouloir l’associer à tout ce qui serait proche de l’état primaire serait méconnaitre ses valeurs. Comme le réclamaient les sages stoïciens, on doit continuer à accepter la place et le rôle que le destin lui assigne. Il faudrait lui reconnaitre qu’il existe en tant qu’homme d’une communauté qui accepte ses vies publique et intérieure. Autrement dit, la personne humaine et son personnage doivent être respectés. Mounier faisait d’ailleurs du respect et de la valorisation le meilleur rempart contre tout « irrationalisme » meurtrier et contre toute tentation totalitaire.

La réalité psychologique de l’humain est peut-être insaisissable et instable, elle peut même disparaitre, mais la conscience de son identité ne s’altérera point. Et c’est donc à la conscience humaine qu’on doit faire confiance, et travailler à ce qu’elle reste ce qu’elle est.

La capacité de l’humain à se transcender et à porter ses propres valeurs d’humanité est aussi forte pour que la société lui fasse confiance, pour intégrer la communauté organisée autour de sa cohésion et de sa cohérence de façon permanente. L’inégalité entre les humains dans la vie reste un fait indéniable, cependant, tout peut être fait pour améliorer les complexes et les complexités des individus afin de mettre en place les principes pour conjuguer les éléments communs de toutes les consciences, créateurs de vie en société et en harmonie dans la cohésion.

Bienvenu H. Diogo


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