Tribune libre

Égalité d’accès aux droits pour tout le monde

Témoignages.re / 29 août 2012

La discrimination à l’égard de personnes jugées « différentes » pour une raison ou pour une autre est un problème récurent au sein de la société. Dernièrement, dans notre ile, on a pu entendre ou lire dans les media des propos exprimés par des citoyens contre les homosexuels et des expressions infâmantes telles que « la gauche des pédés » apparaissent insidieusement dans le vocabulaire usuel de nos concitoyens, tout comme fleurissent dans le chef-lieu des autocollants annonçant « Aujourd’hui le mariage homo, demain la polygamie ? Stop ».

L’actualité pointe à nouveau le problème d’égalité entre les êtres humains, en particulier par rapport aux préférences sexuelles.

L’association RIVE lutte depuis près de 20 ans pour les droits de l’Homme et souhaite apporter sa contribution au débat.

La cruauté, liée aux idées reçues et aux discriminations qui vont avec, fait pourtant des ravages. La souffrance des homosexuels est passée sous silence. Aujourd’hui encore, en 2012, des jeunes n’osent pas parler de leurs préférences sexuelles à leurs propres parents de peur d’être rejetés. D’autres, ressortissants européens, se sont vus emprisonnés dans un pays étranger parce qu’on les soupçonnait d’être homosexuels, ce qui s’apparente à un délit de faciès. De tout temps, l’homosexualité a été amalgamée aux problèmes de la société sans raison autrefois liée aux communistes que l’on chassait, ou aux juifs que les nazis exterminaient ; plus récemment au sida (pourtant plus de 80% des séropositifs sont hétérosexuels dans le monde), souvent à la pédophilie, aujourd’hui à la polygamie...
Le taux de suicide chez les jeunes homobisexuels est considérablement plus élevé que chez leurs congénères hétérosexuels du même âge... Une première étude américaine datant de 1978, puis plusieurs autres, dont une en France en 2003, font apparaître que les risques de suicide sont treize fois plus élevés chez les jeunes homosexuels et bisexuels que chez les jeunes hétérosexuels. Non pas du fait de leur homo -ou bi- sexualité, mais du fait des attitudes d’agressivité et/ou d’exclusion dont ils font l’objet, y compris dans leur propre famille.

« De quoi parle-t-on réellement ? »

On parle de « normalité sexuelle » qui serait la relation entre un homme et une femme. On a tendance à penser que la normalité est la position du plus grand nombre, ou plutôt celle du plus fort. Si on s’en tient à la définition de l’OMS, c’est plutôt « la relation sexuelle libre entre deux personnes adultes et consentantes ».
Malgré tout, la société évolue et l’existence des couples homosexuels est maintenant reconnue. La loi leur a accordé la possibilité du PACS et ils revendiquent maintenant le droit au mariage.
Des voix s’élèvent, notamment du côté de l’Eglise, pour leur refuser ce droit. Mais de quoi parle-t-on réellement ?
On a tendance à confondre mariage civil et mariage religieux. Nous sommes dans un pays laïc où depuis longtemps l’Etat est séparé de l’Eglise. Les couples homosexuels revendiquent simplement les droits civils liés au mariage que ne leur octroie pas le PACS droit à l’adoption, droit à la filiation automatique, droit à l’héritage, droit à la pension de réversion. Une personne pacsée peut se retrouver à la porte de son propre domicile si son compagnon ou sa compagne disparaît et qu’un acte notarié spécifique n’a pas été effectué du vivant de son compagnon ou sa compagne. L’égalité d’accès aux droits pour les citoyens ne devrait, en aucun cas, dépendre des choix de sa vie privée. La sexualité est bien du domaine de l’intime et ne regarde en rien le législateur.

« Régulariser la situation de milliers d’enfants »

Le mariage religieux, non obligatoire, qui n’intervient en France qu’après le mariage civil, est un autre engagement et doit faire l’objet d’un débat distinct.
Au sujet du droit à l’adoption par des couples homosexuels, la polémique soulevée est forte au nom du « bien-être de l’enfant ». Premier point : leur donner ce droit ne ferait que régulariser la situation de milliers d’enfants dont c’est le quotidien en France. Quant à l’enfant lui-même, seules des études scientifiques, effectuées par des personnes diplômées, non partisanes, avec une vraie méthodologie, de façon comparative et en évitant au maximum les biais de recrutement, peuvent être éclairantes. Actuellement, 4 études scientifiques (2 américaines, une anglaise et une belge) correspondent à ces critères. Elles arrivent à ces conclusions
1. Les parents homosexuels sont des parents comme les autres.
2. Les enfants élevés par des parents homosexuels n’opèrent pas de confusion concernant leur identité de genre, et la vaste majorité d’entre eux est hétérosexuelle (alors que 100% des homosexuels d’aujourd’hui ont été élevés par des couples hétérosexuels !).
3. Les enfants et adolescents élevés dans des familles homoparentales ne présentent aucune différence avec les enfants et adolescents élevés par des parents hétérosexuels quant à leurs aptitudes cognitives, leur comportement, leur développement psychologique général ou dans d’autres domaines du développement émotionnel tels que l’estime de soi, la dépression ou l’angoisse.
4. En tout état de cause, une donnée essentielle souligne que l’ensemble des enfants ou adolescents se porte mieux lorsqu’ils sont élevés par deux parents (quelle que soit l’orientation sexuelle de ceux-ci) que lorsqu’ils sont élevés par un seul parent. (1)

« Reconnaître un état de fait »

Or, la situation actuelle fait que dans les familles homoparentales, les droits et devoirs sur les enfants ne sont reconnus par la loi que pour un seul des membres du couple, ce qui ne facilite pas pour l’autre membre les démarches de la vie quotidienne.
En outre, les enfants risquent d’être séparés de leurs deux parents lorsque celui qui a l’autorité légale disparaît (décès). L’autre parent, qui les a coélevés pendant des années, n’a plus aucun droit juridique sur eux et doit laisser sa place aux grands-parents ou autre « représentant légal », ce qui semble logiquement contraire à l’intérêt et au bien-être des enfants.
N’y a-t-il pas là un peu d’hypocrisie ?
N’oublions pas que nous parlons bien d’une réalité, les couples homosexuels, même pourchassés, ont toujours existé, et de tout temps il y a eu des enfants élevés par des homosexuels ; le but de cette future loi n’est pas d’inventer quelque chose de nouveau, mais bien de reconnaître un état de fait. Aucun bouleversement n’est à attendre avec cette loi, si ce n’est le bonheur des enfants de pouvoir rester avec celui/celle qui les a élevés si l’autre vient à disparaître.
Remarquons au passage que les voix qui s’élèvent actuellement au nom du bien-être de l’enfant, sont bien silencieuses lorsqu’il s’agit de défendre ce même enfant mourant de faim (comme c’est le cas toutes les 6 secondes dans le monde), se prostituant à cause de la pauvreté ou orphelin des rues sniffant de la colle...
L’Amour est essentiel et la spiritualité peut amener à le transcender, mais certainement pas à le réduire ou le limiter.
L’amour est un élément particulièrement important pour l’équilibre d’un foyer, qu’il s’agisse d’un couple (union de deux êtres qui s’aiment) ou d’un foyer avec un ou des enfants. Un enfant est heureux lorsqu’il est aimé par son/ses parent(s), sans distinction de genre, de race, de couleur, de religion, de capacité...
Dans notre société aujourd’hui, dans notre pays de la liberté, ici à la Réunion terre de partage, de respect des autres et d’amour, pourquoi faudrait il être triste d’être gay ?

Association RIVE

(1) Source : http://www.laviedesidees.fr:L-interet-de-l-enfant.html


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