Tribune libre

Google : une menace pour le consommateur dans l’industrie du voyage ?

Social travel : Facebook face à Google ou algorithme mathématique contre algorithme humain ?

Témoignages.re / 10 décembre 2011

A l’heure de l’hégémonie annoncée du moteur de recherche, Google, dans l’industrie du voyage, suite à l’intégration d’ITA software et au développement de Google Flights et de Google Hotel Finder, le voyageur doit désormais s’interroger profondément sur ses réflexes de consommation.

La recherche de destinations, de bons plans, de meilleurs prix et d’avis qualifiés est aujourd’hui très centralisée. Le voyageur ne prend pas forcément conscience que le moteur de recherche le plus utilisé au monde, classifie, filtre et délivre les résultats de recherche en fonction non pas de l’intérêt du voyageur, mais en fonction de son modèle économique. Plus un site de voyage achète de mots clés pour optimiser son référencement, plus il est représenté dans les résultats de recherche des internautes voyageurs. Le voyage est le secteur le plus important du marché mondial du e-commerce (350 milliards de dollars) [1].

Faut-il laisser le voyageur à la merci de l’algorithme mathématique de Google ? Le prix lui aussi peut être manipulé (options incluses ou non incluses) et les voyageurs sont nombreux à en avoir fait l’expérience. Quelle est dans ce contexte la pertinence réelle d’un tel modèle ? L’argument mathématique peut-il continuer à rassurer le voyageur quand on voit les dérives des mathématiques appliquées à l’industrie de la finance ?

Pourquoi Facebook peut-il jouer un rôle important dans le voyage ?

Jusqu’ici cantonné à un rôle plutôt ludique, le premier réseau social mondial, Facebook (800 millions de membres) vient d’ouvrir sa plateforme à de nombreuses applications verticales pour en accélérer l’usage “utile”. Les utilisateurs peuvent désormais découvrir la musique, les vidéos, les plats cuisinés et les voyages à travers les “partages” de leurs amis, en temps réel. Autrement dit, l’internaute n’a plus besoin d’aller chercher sur Google sa prochaine destination ou un bon plan voyage : les amis, qui en général ont des goûts communs, vont partager avec lui leurs “résultats” et propositions de voyages.

“Mes amis” plus forts que Google

Un utilisateur de Facebook a en moyenne 130 amis. Si chaque ami voyage en moyenne 3 fois par an, cela représente 390 voyages avec une probabilité très forte de couvrir 100% de nos destinations préférées et de nous faire découvrir de nouvelles destinations susceptibles de nous plaire. Chaque voyage donne lieu à des recherches pour trouver un vol, un train, un hôtel, un package, une activité… Et si l’internaute faisait confiance aux résultats de ses amis pour réserver le même vol, le même hôtel ou le même voyage ? Ces résultats représentent déjà des milliers de recherches sur le web et le voyageur peut les pondérer avec les goûts de ses amis plutôt qu’avec celui de millions de voyageurs anonymes…

Il s’agit donc d’un canal alternatif à Google. Les voyageurs vont gagner du temps en intégrant des paramètres humains dans leur décision d’achat tandis que les industriels du voyage vont économiser des budgets de référencement Google qu’ils pourront répercuter sur les prix des voyages.

Qui sera le gagnant ?

Le frein évident au développement du web social, c’est la crainte de l’individu par rapport à l’utilisation qui risque d’être faite de ses données personnelles, que ce soit par Facebook ou par ses amis… Faut-il partager ou bien ne pas partager ses voyages ? Faut-il se méfier plus de Facebook et de ses amis que de Google et de son algorithme ? Facebook, tout comme Google, doit protéger massivement la confidentialité des données de ses utilisateurs pour rester plateforme tiers de confiance. Si le débat est déjà virulent avec Facebook, il ne faut pas perdre de vue que Google possède déjà la plupart de nos informations personnelles et confidentielles : mots de passe, documents importants, données bancaires…

Au final, c’est bien le voyageur qui a le plus à gagner du développement du social web et du social commerce. Favorisons donc l’innovation dans ce domaine.

Matthieu Heslouin
Fondateur et PDG de Wipolo

[1Source : PhoCusWright 2011



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  • Cette réflexion pourrait être reliée à 3 autres éléments :
    -un livre publié il y a quelques années sur la suprématie et le modèle économique généré par les pratiques de cette entreprise, en la comparant à un big brother. Si quelqu’un possède encore les références de cet ouvrage ..
    -dans l’émission de RFI Autour de la question du 03-11-2010, encore téléchargeable, ’Internet rend t-il bête ?, Alain GIFFARD au détour d’une réponse, décortique cette pratique.
    -cette entreprise a bien été condamnée (affaire Buzz) pour usage non autorisé d’habitudes d’utilisation de gmail.

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