Tribune libre

Ouvrir le grand chantier de l’égalité entre les peuples

Témoignages.re / 2 janvier 2013

Il y a un an, la France clôturait une année à la tête du G20. Elle n’a pas su utiliser cette exceptionnelle opportunité pour proposer une plate-forme de sortie de crise politique à la crise économique structurelle qui a déjà fait beaucoup trop de dégâts. Une grande majorité de pays étaient d’accord pour reconnaître que les États-Unis sont responsables d’un système mondial qu’ils utilisent pour vivre aux crochets du reste du monde, aux moyens du Dollar-roi pour payer leur folie de l’endettement. Sarkozy avait raté le coche, car la sortie repense les rapports entre les peuples.

Dans un article intitulé : « La France peut-elle se rattraper ? » , nous avions alors noté la difficulté culturelle des dirigeants français à comprendre les peuples en mouvement eu égard à leur passé assimilationniste et européiste. Nous avions alors appelé le président qui sortirait de l’élection de mai 2012 à faire un geste politique et symbolique fort en proclamant l’égalité entre les peuples de France et d’Outre-mer. Nous y voyions la nécessité de donner à l’alternance un contenu alternatif juste et moderne.

Les débats sur le « mur budgétaire » américain de 16.000 milliards ainsi que la demande de Jacques Delors aux Anglais de quitter l’Union européenne sont deux signent qui pointent du doigt les responsabilités politiques de la crise qui perdurent. Dans ce contexte, proclamer que la crise de l’euro est derrière nous est une erreur d’appréciation manifeste. Il faut au contraire expliquer que les États-Unis et les Anglais sont responsables de la crise systémique qui secoue le monde et qu’on ne sera pas tranquille tant que l’égalité entre les peuples ne sera pas reconnue.

La France peut prendre la tête d’un tel mouvement. A commencer par soi-même. Voici ce que nous écrivions en ce sens l’année dernière.

« Soyons nets. Ni les Trente Glorieuses, ni l’alternance, ni la cohabitation n’ont été à la hauteur des défis des peuples d’Outre-mer, pointes avancées du monde en mutation. Nos aînés voulaient sortir de la misère. Ils n’étaient pas nombreux. A la place du développement, il leur fut imposé une zone de libre-échange ultra-libérale où la concurrence libre et non faussée entre une puissante économie développée et des économies sortant à peine du statut colonial a renforcé l’exclusive du monopole colonial et la destruction du fragile tissu des entreprises locales. Conséquence : plus de 70% de nos échanges se font aujourd’hui avec l’Europe, située à 10.000 km. Les échanges régionaux ne représentent même pas 5% du total.

Sauf à maintenir l’héritage résiduel et son réseau de domination, à quoi rime d’importer à La Réunion des marchandises provenant de 10.000 km alors qu’on peut les avoir tout près pour 3 fois moins chers ? Nous pouvons même les produire ensemble, au cœur d’une zone de co-développement, sur la base de la règle « gagnant-gagnant ».

L’insertion de notre île dans notre milieu naturel géographique est un principe valable partout.

L’insertion de la France dans son espace naturel a donné naissance à l’Union européenne. De ce fait, la Guyane est intégrée à l’Europe séparée de 5 fuseaux horaires, mais tourne le dos à son voisin, le Brésil, avec qui elle partage plus de 700 km de frontière commune ! C’est un commissaire européen qui a négocié pendant des années et signé des (APE) Accords de partenariats économiques avec les voisins de La Réunion. D’où vient cette culture du déni de la réalité géographique et du mépris des dirigeants politiques réunionnais ?

Le nouvel exécutif qui sortira des urnes en 2012 devra prendre conscience de ces aberrations d’une époque révolue. Pour cela, il devra se libérer d’un système de pensée désuet, à l’heure où « le monde est devenu un village ». Il faut en finir avec le « métropolisme » qui justifie tous les abus. L’heure de la RESPONSABILITE et du RESPECT a sonné pour TOUS.

C’est à l’aune des décisions concernant nos territoires qu’on mesurera si la France a su prendre le chemin de l’avenir des Peuples ou, sinon, elle reste arcboutée sur son héritage résiduel. Après l’échec du G20, la France peut signifier au monde entier un message audacieux, cohérent et expérimental de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

L’alternance, sans alternative historique : la France est vouée à la reproduction perpétuelle de l’échec et la déception. Faisons de ce projet universel l’objet de la première délibération de la nouvelle mandature ! ».

Que retenir un an après ? Il est bien de se rappeler que l’esclavage est une abomination ou bien la colonisation a fait souffrir les peuples. C’est intéressant pour la mémoire. Mais la situation commande de l’audace politique et du courage.

On ne peut pas compter sur les 7 députés élus il y a 5 mois. Le 17 novembre dernier, nous les avons interpelés pour qu’ils déposent une proposition de loi aussi importante que celle du 19 mars 1946. Las ! Dans 3 mois, le 66ème anniversaire de cette loi peut être l’occasion d’un geste politique aussi fort. En 1945-46, les 2 compatriotes-députés, Vergès et Lépervanche, ne se sont pas laissés enfermer dans du quantitatif ou la sauvegarde catégorielle. Ils ont pensé à l’avenir.

Ary Yee Chong Tchi Kan, Fondation Fraternité Réunionnaise


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