Tribune libre

Reconstruction du PCR : le dire, ET LE FAIRE !

Témoignages.re / 14 septembre 2012

Après avoir incontestablement marqué l’histoire politique de notre île durant plus d’un demi-siècle, notre Parti a connu ces dernières années une succession d’échecs suffisamment importants pour qu’une réflexion soit engagée au sein de nos instances.
Les causes externes ont été à maintes reprises exposées. Mais avons-nous réellement fait l’analyse des causes internes qui ont provoqué cette situation ?
C’est pour répondre à ces interrogations et exigences que le Conseil de la Reconstruction a été institué en juin dernier.

Délivrer un message clair

Le Conseil doit aujourd’hui délivrer un message clair à l’attention de toutes celles et tous ceux qui considèrent qu’il doit encore jouer un rôle majeur dans le débat politique sur l’avenir de notre île.
De nombreuses interrogations doivent trouver des réponses adaptées afin que des orientations précises soient proclamées à l’occasion de l’Assemblée générale du 30 septembre 2012.
Les résolutions prises par l’Assemblée générale devront faire l’objet d’un vaste débat entre les militants, dans l’objectif d’une validation par un congrès au terme de quelques mois d’échanges, et de prise en compte des contributions.
Le chantier est vaste, la tâche est immense. J’ai eu l’occasion d’en faire part à mes camarades en dressant une liste, non exhaustive, des interrogations que suscite notre action durant cette dernière période.

Méthodes de travail, parité et jeunesse

Je citerai :

1- les méthodes de travail afin de démontrer que notre Parti désire toujours jouer un rôle majeur dans l’épanouissement ET l’émancipation de la société réunionnaise, malgré la situation difficile que connaît une grande partie de la population, au regard de la dégradation économique et sociale ;

2- la parité, qui devrait nous conduire à encourager la création d’un mouvement de femmes représentatif et à gouvernance démocratique ;

3- la jeunesse, notamment dans l’optique du renouvellement, indispensable et urgent, de génération appelée à prendre le relais de la lutte au sein même de notre organisation, ce qui impose un débat sur la nécessité d’une organisation de jeunes, en lien étroit avec le parti.

Renouer des relations avec nos partenaires de lutte

Je citerai aussi les relations avec :

1- nos partenaires de lutte, sur le plan politique comme sur le plan syndical, en tenant compte de leurs positions, afin de faire prospérer les convergences tout en respectant les divergences ;

2- le monde économique, confronté lui aussi à des difficultés, même si c’est moins que ceux qui sont privés d’emploi ;

3- le monde culturel et sportif, et plus généralement les acteurs luttant pour la reconnaissance de notre identité réunionnaise ;

4- nos partenaires ultramarins, hexagonaux et internationaux.

Opter pour le maintien des « avantages acquis » … politiques

Je citerai enfin :

1- le reversement des indemnités de l’élu à son parti, et plus généralement les sanctions en cas de non-respect de nos valeurs ;

2- la formation, notamment pour éviter la méconnaissance de nos luttes passées, les manquements aux principes du parti, voire les « trahisons ».

La liste est loin d’être complète, j’en conviens. Elle me semble tournée vers un choix fondamental :

- soit le maintien des « avantages acquis » politiques, sans négliger bien sûr notre volonté affirmée de conquête de positions de pouvoir de manière démocratique ;

- soit le maintien des « avantages acquis » électoraux, au besoin en contradiction avec des principes proclamés par l’organisation à laquelle on appartient.

L’élaboration d’un délai pour traiter des problèmes

Je noterai que pour renforcer la conviction de l’opinion sur notre volonté de reconstruire notre Parti, deux conditions doivent être réunies :

1- L’engagement public sur la définition des conditions d’exercice démocratique de gouvernance, et leur respect, tant à l’intérieur du parti que dans les institutions dont nous exerçons le contrôle ;

2- L’élaboration d’un délai au terme duquel les problèmes précités trouveront leurs réponses.

Il en va de notre volonté affirmée d’unité, de solidarité et de fraternité autour d’une organisation, de son histoire et de ses principes.
La responsabilité qui nous échoit est lourde. Elle dicte une démarche collective, mais elle impose aussi un engagement individuel.

Répondre au choc électoral subi par un électrochoc politique

Au choc subi par le Parti à l’occasion de rendez-vous électoraux, il nous faut répondre par un électrochoc politique.
Par des initiatives non seulement collectives, mais aussi individuelles !

Je souhaite donc informer mes camarades, et plus généralement l’opinion, de ma décision irrévocable de me démettre en 2013, c’est-à-dire à mi-mandat, de mon poste de conseiller général.
Cette démission d’un mandat électif n’entame en rien ma volonté de poursuivre mon engagement politique.
Cette décision me semble dans le droit fil des proclamations résolues de notre Parti. Elle concerne la volonté de faire émerger une nouvelle génération, et de tenir compte de l’exigence de parité.

Poursuivre le travail engagé

Pourquoi durant le second semestre 2013 et pas avant ?

La présidente m’a confié deux délégations importantes : les transports et l’agriculture.

En ce qui concerne les transports, je suis déjà engagé dans l’élaboration d’un plan départemental des transports qui doit être validé avant fin 2012, afin de lancer la consultation pour la mise en place d’un nouveau réseau départemental de transports à l’échelle de l’île pour les 10 ans à venir, coordonné avec les réseaux urbains des communautés d’agglomérations. Tout cela dans un délai contraint nous amenant à mi-2013.

En ce qui concerne l’agriculture, je dois participer avec les acteurs agricoles et l’État à la réalisation des Cahiers de l’agriculture, pour fixer la « feuille de route » pour les 10 ans à venir, tâche délicate dans la période d’incertitude au niveau européen et mondial. Ce processus devrait s’achever au plus tard à mi-2013.

Je ne peux donc pas « abandonner le navire » immédiatement.

Accompagner et encourager celle ou celui qui prendra le relais

Il est évident qu’après mi-2013, tous les problèmes ne seront pas encore résolus. Mais en raisonnant ainsi, les problèmes existant toujours, jamais le relais ne sera transmis à quelqu’un de plus jeune.
Ma responsabilité immédiate est de fournir à celle à qui je transmettrai le relais toutes les informations propres à lui permettre de prendre ces délégations, sous réserve bien sûr que la présidente du Conseil général veuille bien les lui confier.
Ma décision rendue publique est ferme et définitive, et prise devant ma suppléante Firose Gador, mon Parti, mes collègues du Département, et l’opinion publique en général.

Le dire, ET LE FAIRE

Cela n’a rien à voir avec une perspective municipale au Port en 2014 ! En effet, je ne peux pas revendiquer un renouvellement de génération au sein du Parti si cela ne s’applique pas aussi aux institutions que ce dernier dirige, du Département aux communes en passant par la représentation régionale, et nationale.

Cela ne m’empêchera pas de contribuer dans la mesure du possible à la lutte du parti, et d’être présent là où mes camarades le souhaitent, à Saint-Denis, au Port comme ailleurs.

J’ai pris ces décisions en ayant à l’esprit l’image d’un parti luttant pour la liberté d’expression, cultuelle, culturelle et identitaire, pour des avancées sociales majeures (l’égalité), d’un parti visionnaire et initiateur de débats, respectant les contributions des autres, d’un parti prenant une part active au développement de La Réunion (la route des Tamarins), d’un parti favorisant l’émergence de femmes à des postes de responsabilités, notamment en tant que parlementaires, et de jeunes comme Laurent Vergès ou Lucet Langenier.

J’aurai ainsi le sentiment d’avoir participé à la reconstruction de mon Parti en appliquant un principe qui a contribué à son autorité : « le dire, ET LE FAIRE ! ».

Pierre Vergès


Kanalreunion.com