Cigarette, pétrole et pesticide : « Sans danger », disent-ils

6 novembre 2008

Ayant eu le privilège de voir le film de J-Paul Jaud, je ne comprends pas l’appréciation de Frontenas : « C’est trop facile de prendre de belles images, choisir de bons mots et traîner dans la boue le monde agricole ». Peut-il nous dire où et à quel moment Jaud traîne-t-il « dans la boue le monde agricole » ? De quelles « belles images » parle-t-il ? Et qu’il puisse dire du film de Jaud qu’il s’agit d’un « film de propagande » me conduit à m’interroger : avons-nous vu le même film ? Quant au site indiqué par Frontenas il est intéressant de le visiter et d’y lire les inquiétudes du monde agricole. Pour autant, ce n’est pas parce que les producteurs ont été et sont encore les victimes des agissements du lobby de la chimie qu’il faut en déduire que les pesticides sont notre avenir. Ils sont clairement la fin d’un mode de production et de développement rien moins que suicidaires. Proclamer ainsi que le fait Frontenas « Je suis pour les pesticides de la même manière que je suis pour les antibiotiques », même s’il s’oblige à tempérer cette prise de position par un « raisonnablement » revient à s’aveugler soi-même. Ce raisonnement s’apparente à celui prôné par les partisans du tout-pétrole dans les années 90.

« Hors le pétrole point de salut » disaient-ils alors. Aujourd’hui, il est établi que le lobby pétrolier a soudoyé des savants pour que ceux-ci produisent des études bidonnées “prouvant” que les gaz à effets de serre n’influaient en rien sur les changements climatiques. Ces savants-mercenaires ont ainsi retardé de plusieurs années la prise de conscience conduisant aux actuels prémisses d’un vital changement de comportement général. Souvenons-nous du comportement du lobby du tabac. Selon eux, le tabac n’était nullement responsable de toute sorte de cancers et autres maladies. Selon eux, n’importe qui, avec un tant soit peu de volonté pouvait facilement cesser de fumer, or, en mai et juin 1994, le "New York Times" publiait les documents de travail de Jeffrey Wigand, ancien directeur de recherche du 3e fabricant de tabac US prouvant que les fabricants de cigarettes mêlaient au tabac des additifs tels que l’ammoniac, la coumarine ou le glycérol afin de maintenir les fumeurs en état de dépendance.

Et le pire, bien sûr, est que les victimes du tabac meurent en doutant parfois sincèrement que leur addiction sciemment provoquée par les cigaretiers soit la cause de leur décès. L’addiction est telle que, en pleine chimiothérapie, des malades fument en cachette ... mais « qui le souhaite peut s’arrêter de fumer à tout moment » nous disent aujourd’hui encore les cigaretiers.

Aux Antilles, les ravages dus à l’usage intensif de Chlordécone dans les bananeraies sont désormais établis ... sauf pour les producteurs de Chlordécone qui refusent ainsi d’assumer leurs responsabilités. Or, ce pesticide est interdit d’usage aux USA depuis 1979. Mais, à partir de 1981 ce poison a été utilisé dans les bananeraies antillaises sans retenue aucune, sans la moindre précaution et aujourd’hui ce sont les Antillais qui paient la note : stérilité masculine, cancers, malformations congénitales, avortements, pollution des nappes phréatiques, etc. Et c’est la puissance publique, c’est-à-dire nous qui sommes invités à tenter de réparer les dégâts.

Le précédent du chikungunya

À La Réunion, dans le cadre de la lutte contre le Chikungunya, il a fallu les protestations de Gélita Hoarau, Éric Fruteau, etc, et la campagne de presse menée par "Témoignages" et KOI pour que la préfecture se résigne à abandonner l’usage massif et irresponsable de pesticides chimiques pourtant interdits et d’user du Bti, seul antilarvaire biologique utilisé, à l’exclusion de tous les autres, en Camargue. Entre-temps les colonies d’abeilles, les insectes pollinisateurs, les margouillats, lézards, oiseaux, ont subi les ravages de ce recours aveugle et massifs aux pesticides chimiques.
Vraiment, ce serait intéressant si tous les « Frontenas » sincères pouvaient se pencher sur la documentation scientifique existante avant de proclamer leur attachement aux pesticides. Pour finir, on nous objecte toujours le fait que ces restrictions dans l’emploi des pesticides vont condamner des milliers de producteurs au chômage. Là encore, un minimum de réflexion démontre aisément le contraire : le recours massif aux pesticides chimiques a pour but de supprimer des milliers d’emplois car on gaze les insectes, tous les insectes à l’aide de canons à pulvérisation et parfois même par avion.

Augmentation de la nocivité

Au fil des ans, on augmente la nocivité des produits utilisés car, c’est un fait scientifiquement prouvé, sur une colonie d’insectes nuisibles aspergés de pesticides, un pourcentage de ces insectes survivra et transmettra cette résistance acquise à la descendance.
La lutte est sans fin et, croyant empoisonner les insectes, c’est nous qu’on empoisonne et la planète avec.
Une lutte biologique, au contraire, exige bien plus de participation humaine donc plus de main d’œuvre. Ah mais, nous dira-t-on, à quel coût seront alors les fruits et légumes ? Poser la question c’est tout à la fois reconnaître que fruits et légumes doivent être produits à faible coût ... ou bien, pour que les producteurs puissent vivre et payer leurs ouvriers, réfléchir un peu plus à un mode de distribution alternatif. Aujourd’hui, même si le producteur livre ses fruits et légumes à un prix très bas, le distributeur réalise une marge de profit injustifiée tant sur le dos du producteur que du consommateur. Et voilà comment, lorsqu’on se proclame en faveur des pesticides on épaule en réalité un système de distribution parfaitement inéquitable.

Jean Saint-Marc

Chikungunya

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Messages

  • Bonjour,

    Juste un commentaire à vos propos et notamment, au sujet de l’addiction. Ancien fumeur, j’ai cru pendant 31 ans que le tabac engendrait une dépendance et qu’elle m’empêchait d’arrêter de fumer.

    Hors, c’est faux ! Je sais depuis 2002 que le tabac n’engendre strictement aucune dépendance et qu’on continue aujourd’hui à mentir aux fumeurs pour les maintenir dans une pseudo-dépendance. D’ailleurs, les laboratoires pharmaceutiques le savent bien puisqu’ils expliquent que la nicotine contenue dans les substituts et qui est la même que celle contenue dans les cigarettes, n’engendre aucune dépendance.
    On continue à mentir parce que tout ça représente des milliards de profits...

    Entretenir l’idée qu’il faut prendre de la nicotine pour arriver à s’en passer, c’est très fort ! Un coup de marketing fantastique ! Mais réfléchissons quelques secondes. Prendre de la nicotine pour arrêter de fumer, c’est comme prendre de l’alcool pour se dessaoûler. Le seul but, c’est de maintenir l’idée que la nicotine et le tabac engendre une dépendance, pour que ces entreprises commerciales conservent leurs clients le plus longtemps possible... Jusqu’à ce qu’ils en meurent.

    Pour votre information, un de mes métiers est d’organiser des stages d’arrêt du tabac en entreprise, et je publie un livre en janvier qui est une adaptation de la formation dispensée en entreprise.

    Voir en ligne : Le blog du livre pour arrêter de fumer


Témoignages - 82e année


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