APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
19 février 2008

Voilà que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de banane Guy Môquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, M. Sarkozy prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah ».
Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle, de par la grâce de ses parents, la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non français, qui, au long de l’histoire humaine, furent déportés, séparés des leurs, rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés... sur les 5 continents. Et qui le sont encore.
Elle porte en elle la mémoire future de ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici, maintenant, en France, devant ses yeux de fillette de 4 ans.
Elle porte en elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban... de tous ces enfants marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs...
Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d’elle. Qui animent son âme autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence, entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh, musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant, dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.
Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confiée par l’école la mémoire de l’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah. Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il n’appartient, pas à mon sens, au Président de la République de choisir de faire à ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est notre famille.
Il n’y a pas que la Shoah, M. le Président. Maints massacres furent perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces que celui de la Shoah.
Quel est ce besoin que vous nous démontrez donc là, un besoin de repentance ? Ce mot que vous refusez à tout crin à ceux qui ne vous le demandent même pas, mais qui voudraient juste prononcer le mot de mémoire sans se faire éconduire ?
Qu’allez-vous donc faire dans cette galère ? Quel besoin de s’aplatir dans le vent d’une seule direction, sous les tapis du souvenir d’une seule victime ? Vous nous avez suffisamment dit, lorsque cela vous arrangeait, que les enfants n’étaient pas comptables des fautes de leurs pères.
Ma fille ne se verra confier par vous la mémoire d’aucun enfant d’une seule confession, d’une seule déportation, d’un seul esclavage, d’un seul massacre. Ma fille ne sera jamais l’objet de votre manipulation de l’Histoire, de l’émotion, du drame humain au service de vos seuls biens et besoins personnels, politiques ou autres. Elle ne croulera pas sous le poids de votre culpabilité ou de vos obédiences. Elle grandit libre dans sa connaissance de l’autre, des ses bonheurs et malheurs, grands et petits, auxquels nous désirons l’éveiller pour qu’elle puisse partager le poids, plus tard, avec ceux qui souffrent.
Mon enfant, nos enfants, grandissent à présent dans une France dont mes parents, humains généreux s’il en fut, auraient profondément honte. Si ma mère n’était pas morte, elle défilerait aujourd’hui du haut de ses 89 ans, pour vous faire savoir qu’il suffit.
Qu’il suffit de l’outrager.
Qu’il suffit de choisir dans les souffrances humaines celles qu’il vous agrée d’honorer et celles qu’il vous indiffère d’ignorer. Quand ce n’est pas celles qu’il vous arrange de rejeter dans de lointaines poubelles.
Qu’il suffit de gesticuler, justifiant toutes les exactions de la France dans l’Ailleurs, en ne supportant pas que l’Ailleurs vienne vivre dans la France.
Qu’il suffit de faire la leçon à des enseignants sur ce qu’il convient de faire partager d’histoire à leurs élèves, alors qu’ils nous font tous les jours partager, à nous parents, la fin de l’histoire d’une Éducation nationale que vous rendez exsangue.
Qu’il suffit de tuer les familles, je pèse mes mots, en envoyant vos sbires arracher les portes, arracher les affaires personnelles, arracher les êtres de leur travail, arracher les hommes de leur famille, arracher les mères de leurs enfants, ce que vous faites tous les jours, ici, en France.
Quand vous offrirez de la France un autre spectacle aux yeux de nos enfants.
Quand vous cesserez de nous mettre en deuil chaque matin de l’une des qualités d’accueil, de soin, de solidarité, d’éducation, de liberté, d’égalité, de fraternité... qui devraient être la nature, l’essence, la colonne vertébrale de notre pays.
Quand vous vous préoccuperez, aussi, de ce qui se passe dans une salle de classe lorsque les maîtresses, malades, ne sont pas remplacées, au collège lorsque les adultes, si dévoués soient-ils à leur mission, n’y sont pas assez nombreux.
Quand vous proposerez à nos enfants la prise en considération de toutes les souffrances des humains à travers l’Histoire, sans quantification, sans classification.
Quand vous nous aiderez véritablement à les construire dans le respect de l’autre sous les yeux d’une République exemplaire.
Quand vous tiendrez vos promesses de protéger tous les opprimés, toutes les femmes opprimées, tous les déshérités, tous les enfants déshérités...
Quand vous ferez véritablement preuve d’un courage révolutionnaire et visible en cessant les exactions, en ramenant vos chiens.
Quand vous serez capable de ne plus fabriquer visiblement et incessamment un pathos bien ciblé, d’héroïsme ou de pitié, c’est tout comme, pour dissimuler la déconstruction de l’humain et de l’espoir que vous vous acharnez à promouvoir.
Quand vous serez ce que vous n’êtes pas, quand vous ne serez plus ce que vous êtes.
Je cesserai d’être en deuil de mon pays idéal.
Je cesserai de ne pouvoir plus lire les journaux et de pleurer chaque jour à la découverte des nouveaux nuages.
Un grand mal est toujours suivi d’un grand bien.
La citoyenneté profondément humaine, sincère, dévouée, invisible, muette pour l’instant, s’amplifie chaque jour qui passe avec son lot d’expulsés amis, de justes condamnés, ...
La réponse à votre action est dans cette résistance contre laquelle vous ne pouvez strictement rien.
La pensée et le cœur sont irréductibles.
Ma fille se construit, comme bien d’autres enfants, par la grâce d’adultes conscients de leur devoir d’"êtres au monde" parmi d’autres "êtres au monde".
Ces enfants seront des adultes, nombreux et imperturbables, des lions, auxquels il incombera de développer à une échelle jamais vue les valeurs de beauté et de bonté de la vie, pêchées dans le meilleur de chacune de leurs origines, passées au tamis du métissage, cimentées entre elles par la liberté et l’empathie réunies.
Vous ne sauriez apprendre à mon enfant cela que je choisis de lui apprendre.
Son espoir et sa force sont entre les mains de son père et de sa mère.
Claire Malbos
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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Messages
28 février 2008, 06:30
Madame,
Je vous salue bien bas,
Vous écrivez dans votre lettre tout ce que je ne saurais exprimer aussi bien , en temps que père , grand père et descendant de déporté juif.
Nous n’avons aucune de leçon de morale à recevoir de ce personnage.
Robert
28 février 2008, 18:37, par Robert
si nous devons construire l’avenir sur le passé, faisons le honnêtement. Chaque époque fut entachée de massacre, et la France n’a pas de leçons à donner, pas plus qu’elle n’en a à reçevoir. C’est vrai qu’il y a 65 ans des hommes et des femmes ont été torturés pour être nés juifs, comme d’autres aujourd’hui pour n’être pas majoritaires dans leur pays. Cessons cependant de commémorer ces villénies qui ne font que réveiller la haîne et donner à nos enfants des exemples à ne pas suivre, mais que par jeu ils peuvent reproduire. Un enfant n’a pas à vivre les turpitudes vécues par ses parents. Il a sa propre existence à mener, et la violence chaque jour présentée, soit aux actualités soit dans les films télévisés, suffisent à le perturber sans qu’il ai en surplus à porter le poid d’une histoire qui ne le concerne plus.
Je partage votre révolte, et je m’associe à la honte que nous pouvons éprouver de voir tant de récupérations politiques. Malheureusement la shoa fut un épiphénomène d’une société en pleine décadence. Des millions de personnes sont mortes pour avoir été différentes de leurs assassins. Nous savons cela, nos enfants un jour ou l’autre, quand ils seront en âge de s’informer pourrons juger en adulte avec leur propre sensibilité, ce qu’ont pu vivre leurs parents, mais aujourd’hui, lorsque ceux ci ne sont encore que des enfants, laissons leur cette part d’insouciance, laissons les vivre heureux. Ils n’ont pas à porter le poid de nos fautes ou de nos rancunes.
29 février 2008, 09:26, par sylvain
Madame Malbos,
je suis résident palois, dans le sud ouest de la France, pays malmené dans sa laïcité, ses services publics mis à sac, mis en concurrence...
j’adhère entièrement à vos propos, suis père d’un enfant à qui j’essaye de transmettre nos valeurs partagées et progressistes.
merci pour ce si beau texte qui dit tant, merci pour ce rayon de soleil dans ce brouillard volontairement mis en place par nos dirigeants.
courage, il est vrai qu’un meilleur vient toujours après un malheur...
pensées amicales et fraternelles
sylvain