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Quatrième journée de négociations au COP-15
11 décembre 2009
Les discussions se poursuivent dans la capitale du Danemark. Au lendemain de l’intervention des représentants des îles menacées d’engloutissement, un nouvel élément entre en jeu : la publication d’un projet d’accord rédigé par la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Soudan, qui préside le Groupe des 77. Trois lignes se dessinent : l’Occident qui tente de limiter ses efforts, les pays émergents et le G-77 qui souhaitent que l’Occident contribue à la hauteur de sa responsabilité historique, et des petits pays menacés de disparition qui veulent des mesures beaucoup plus contraignantes, qu’ils jugent indispensables à leur survie.

Les sièges des délégations de la Chine et du Brésil sont voisins, leur position est commune. Avec l’Afrique du Sud, l’Inde et la présidence soudanaise du G-77, ils proposent une alternative à la base de discussion lancée par l’Occident. (photo M.M.)
Mardi, au deuxième jour des négociations, la publication d’un document attribué à la présidence danoise de la conférence avait fait grand bruit. Elle a suscité la réaction indignée du porte-parole du G-77, le Soudanais Lumumba Di-Aping. Ce dernier a vivement dénoncé une violation des règles de la discussion pour la forme, et des propositions intenables faites par un groupe de pays riches pour le fond. Le G-77 n’avait pas claqué la porte, et a réaffirmé sa volonté de négocier jusqu’à la dernière seconde.
Quelques heures plus tard, la Chine décalait le lieu et le moment de sa rencontre avec les journalistes. Son négociateur en chef, Su Wei, avait tenu une conférence de presse en chinois dans laquelle il a rappelé à maintes reprises la « responsabilité historique » de l’Occident dans le déclenchement et l’amplification du changement climatique.
Il avait aussi souligné l’insuffisance du montant prévu pour abonder le fonds destiné à financer les Plans climat des pays les plus vulnérables au changement climatique.
Mardi, les pays du Sud sont intervenus lors de la séance plénière, Tuvalu en tête. Tuvalu est menacé par un engloutissement rapide, et propose d’amender le Protocole de Kyoto par des mesures contraignantes obligeant à une réduction de 45% des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990 d’ici 2017.
Hier, c’est un document de 11 pages qui a été dévoilé. Il est attribué au groupe BASIC, à savoir Brésil, Afrique du Sud, Soudan (présidence du G-77), Inde et Chine, soit la majorité de l’humanité. Il a été rédigé une semaine avant le Sommet, ce qui indique que les pays émergents et le G-77 ont anticipé le projet de l’Occident, dit "texte danois". Mercredi, le président du G-77 ne cachait pas que des propositions allaient être dévoilée le moment venu. Elles l’ont été hier et sont donc une alternative au règlement proposé par l’Occident.
Une conférence de presse de l’Alliance bolivarienne pour le développement des Amériques (ALBA) (1) a permis d’évaluer le premier impact de cette initiative. L’ALBA se situe clairement sur la ligne de la "dette climatique" due par les pays riches aux anciens pays colonisés. Mais hier après-midi, l’ALBA constatait que les pays riches n’ont pas fait varié leur position, malgré la publication de cette alternative.
Au quatrième jour du Sommet apparaissent donc désormais clairement les rapports de forces de la Conférence de Copenhague. Les pays émergents et le G-77 proposent un texte, l’Occident fait de même, et au sein des assemblées plénières, des petits pays tentent de faire amender le Protocole de Kyoto par l’inclusion de propositions qui vont encore plus loin que le texte des pays émergents et du G-77.
Comment ces trois tendances vont-elles pouvoir se concilier afin d’arriver à un accord acceptable par tous ?
Manuel Marchal
(1) L’ALBA rassemble Cuba, la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela et le Nicaragua.
L’alternative des pays émergents et du G-77
Le projet de texte issu des discussions entre le Brésil, l’Afrique du Sud, la présidence soudanaise du G-77, l’Inde et la Chine indique notamment que les pays listés à l’annexe 1 du Protocole de Kyoto lors de sa signature, y compris les Etats-Unis qui l’ont signé, mais pas ratifié, sont responsables solidairement d’une baisse importante des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Cette baisse est calculée par la mise en équation de plusieurs paramètres. Mercredi, Lumumba Ah-Ping avait indiqué que cette baisse attendue est de l’ordre de 40% de la part des pays riches.
Cette baisse prend pour référence les niveaux de 1990. Le texte réaffirme aussi la nécessité pour l’Occident de se mettre en conformité d’ici 2012, c’est-à-dire dans trois ans, avec des mesures immédiates. Pour la France, cela signifie par exemple une baisse de 8% par rapport à 1990 de ses émissions de gaz à effet de serre, pour les Etats-Unis 7%.
Le texte du BASIC propose également que l’Occident finance les mesures d’adaptation et d’atténuation inscrites dans les Plans climat des pays du Sud, les plus vulnérables au changement climatique. L’autre volet de ce fonds est le financement des transferts de technologie. Ce fonds serait piloté par le Global Environment Facilities, une organisation internationale au sein de laquelle les pays du Sud peuvent se faire entendre. Son financement sera issu des fonds publics, et complété par le secteur privé et le marché des émissions.
Hugo Chavez et Evo Moralès à Copenhague
Deux présidents de l’Amérique latine seront la semaine prochaine à la Conférence de Copenhague. Cette annonce a été faite lors de la conférence de presse de l’ALBA. À cette occasion, l’ALBA a indiqué que sa stratégie de négociation s’élabore notamment par le biais de consultations permanentes avec les représentants du mouvement social.
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