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Massivement rejetée par les Réunionnais, elle n’est pas définitivement enterrée
20 janvier 2007
S’il semble aujourd’hui quasiment impossible de mettre en œuvre le traité constitutionnel européen rejeté par référendum, son esprit est bien présent. Pour les candidats à la présidentielle du PS et de l’UMP, cela se traduit par la volonté de soumettre à nouveau à la ratification un texte qui reprendrait des dispositions de la "Constitution Giscard" avec une énorme inconnue : quelle serait la part du social dans ce futur projet ?
La première session de l’année du Parlement européen et les récents propos tenus par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy expriment la volonté de proposer à nouveau un nouveau traité institutionnel européen. Dans son édition de jeudi, le quotidien luxembourgeois "Tageblatt" rend compte de la visite de Ségolène Royal, candidate PS à la présidentielle, dans le Grand-Duché.
Selon "Tageblatt", Ségolène Royal « s’est prononcée mercredi pour un nouveau référendum en France en 2009 sur un traité institutionnel européen, se disant prête à en "assumer les risques politiques", après le "non" à la Constitution de mai 2005 ».
Elle souhaite que « ce référendum ait lieu en même temps que les prochaines élections au Parlement européen », en juin 2009.
Quel volet social ?
Pour "Tageblatt", « Mme Royal a repris la position officielle des dirigeants européens en souhaitant qu’au moment de la présidence française de l’UE, au deuxième semestre 2008, "des solutions soient trouvées" à l’impasse institutionnelle dans laquelle se trouve l’UE depuis l’échec des référendums sur la Constitution en France et aux Pays-Bas au printemps 2005 ».
D’après le journal luxembourgeois, la présidente de la Région Poitou-Charentes « ne propose cependant plus une refonte en profondeur du traité constitutionnel, comme elle le faisait auparavant ». « Je ne veux pas que les Français pénalisent les pays européens qui se sont déjà prononcés », a-t-elle dit.
C’est un changement de position puisqu’en octobre dernier, la candidate socialiste à la présidentielle française avait jugé le traité « caduc » et suggéré le lancement d’une nouvelle « convention chargée de rédiger la réforme institutionnelle ». Ce discours se heurtait à l’hostilité des gouvernements des 18 pays ayant déjà ratifié la Constitution.
La candidate socialiste ne remet plus en cause le texte massivement rejeté en mai dernier, elle évoque maintenant une "Constitution Giscard" modifiée, intégrant un « volet social » en émettant le vœu que « les droits des travailleurs soient pris en considération en Europe ». Selon l’agence Reuters, « des engagements seraient pris dans un "texte social dont il reste à discuter du statut" et dont elle n’a pas précisé le contenu - c’est exactement ce qu’Angela Merkel envisage en privé ».
Convergence entre candidats
Rappelons que cette dernière est une dirigeante de la CDU, parti proche de l’UMP, elle est le chef du gouvernement allemand et la présidente en exercice du Conseil de l’Union européenne depuis le 1er janvier pour une durée de 6 mois. Présentant le programme de sa présidence devant le Parlement européen, mercredi dernier à Strasbourg, Angela Merkel a dit en substance qu’elle milite pour sortir de la crise institutionnelle actuelle résultant notamment des "non" français et néerlandais au projet de Constitution européenne mais aussi d’un certain scepticisme gagnant bon nombre de citoyens européens. « Il faut sortir de l’impasse institutionnelle actuelle avant les prochaines élections européennes de juin 2009 », a-t-elle dit.
Un autre acteur de l’exhumation de la "Constitution Giscard" est Nicolas Sarkozy. Le rival dans les sondages de la candidate du PS souhaite également faire revenir sur le tapis le texte massivement rejeté par les Réunionnais le 29 mai 2005, lui aussi sous une forme retouchée. Nicolas Sarkozy évoque « une ratification parlementaire d’un mini-traité qui reprendrait les principales innovations de la Constitution pour un fonctionnement plus efficace d’une UE élargie à 27 ».
Un verdict mal compris ?
La présidente en exercice de l’Union européenne, la candidate socialiste et le candidat UMP à la présidentielle se rejoignent donc sur un point précis. Même si le peuple français s’est prononcé massivement contre la "Constitution Giscard", ces derniers tentent de contourner le vote du 29 mai en faisant vivre son esprit. Cette convergence de vue n’est pas une nouveauté. Chacun se souvient de l’union des directions de l’UMP et du PS dans la campagne référendaire. Et chacun a encore en mémoire également du résultat du vote : ces partisans de la "Constitution Giscard" ont été largement mis en minorité.
Mais force est de constater que le verdict du peuple n’a pas été bien compris par Ségolène Royal et Nicolas Sakozy. Ce qui veut dire si les positions des deux candidats choisis par les deux plus influents partis français n’évoluent pas, et si l’un d’entre eux est élu Président de la République, alors une chose est sûre : la "Constitution Giscard" risque de revenir sur le tapis sous une forme ou une autre !
Manuel Marchal
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