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Ahmed Kathrada à La Réunion

Un militant historique de la lutte contre l’apartheid dans notre île

Témoignages.re / 28 juillet 2014

Ahmed Kathrada est un militant de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud. Il a payé son engagement par 26 années de prison dont 18 années au bagne de Robben Island. Compagnon de lutte de Nelson Mandela, Ahmed Kathrada était venu en 1998 à La Réunion à l’invitation de Paul Vergès, alors président de la Région, et de l’Association Musulmane de La Réunion. A l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, il avait rappelé les liens de solidarité entre les peuples de La Réunion et d’Afrique du Sud, forgés dans le combat contre l’apartheid. La semaine prochaine, Ahmed Kathrada sera à La Réunion à l’invitation de l’Association Musulmane de La Réunion.

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Nelson Mandela et Ahmed Kathrada.

Ahmed Kathrada à La Réunion du 3 au 7 Août prochain, à l’invitation de l’Association Musulmane de La Réunion, avec comme temps forts de son programme :
- Lundi 4 à 10h30. Rencontre avec les médias. Hôtel Bellepierre Saint-Denis. Elle sera suivie d’une collation.
- Lundi 4 à 16h00. Accueil par le Groupe de Dialogue Inter-religieux. Evêché à Saint-Denis
- Mardi 5 à 18h30. Conférence publique. Hôtel de Ville de Saint-Denis
- Mercredi 6 à 10h00. Accueil par le Municipalité de Le Port. Il sera fait Citoyen d’Honneur de la Ville.

Voici une biographie sous l’angle réunionnais proposée par l’Association musulmane de La Réunion.

Ahmed Mohamed Kathrada (né le 21 août 1929 à Schweizer-Reneke, province du Transvaal, en Afrique du Sud) est un homme politique d’ Afrique du Sud, membre du congrès national africain, membre du parlement (1994-1999) et ancien militant anti-apartheid.

Origines (existence d’une parentèle à La Réunion)

Quatrième d’une fratrie de six enfants, né dans une famille musulmane d’immigrés indiens originaires de Surate au Gujerat, il suit des études secondaires au lycée indien de Johannesburg où il est très jeune marqué par les idées du congrès indien du Transvaal et par ses dirigeants tels Yusuf Dadoo. Il adhère alors qu’il n’a que 12 ans à la ligue de jeunesse communiste et prend part à diverses activités militantes telle la distribution de tracts, la résistance contre l’application de la Loi Pegging de 1941 (loi interdisant aux Indiens d’acheter une propriété ou un terrain dans la ville de Durban à l’exception de ceux disposant d’un permis de résidence).

Ahmed Kathrada a de la famille à La Réunion. Des liens existent entre les communautés indo-musulmanes d’Afrique du Sud et de notre île, d’ordre familial mais surtout en raison de leur même région d’origine (districts de Surate et de Bharuch dans le Gujerat).
La contribution de cette composante indienne et musulmane pour la libération du peuple sud-africain a été très importante, et elle en payé un lourd tribut avec le bannissement (Cassim Amra, Ismail Bhoola...), l’exil (les frères Essop et Aziz Pahad...), l’emprisonnement (Ahmed Kathrada, Yusuf Dadoo, Dr Issop Jassat, Dr Rashid Salojee...), et l’assassinat par la police (Imam Haroun, Ahmed Timol, Molvi Cachalia...) d’un grand nombre de ses leaders et militants.
Des femmes ont également été nombreuses à s’engager (Amina Cachalia, Fatima Meer...).
La présence de très nombreux Ministres de la communauté dans les gouvernements successifs post-apartheid est significative de la reconnaissance par la population sud-africaine de sa contrbution à « Cette Longue Marche pour la liberté / Long Walk to Freedom »

Militantisme politique

À l’âge de 17 ans, il quitte l’école pour travailler à plein temps pour le Conseil de la résistance passive du Transvaal afin d’oeuvrer contre le Ghetto Act, un projet de loi foncier concernant les Indiens et les Asiatiques, qui vise à déterminer les zones où les Indiens peuvent résider, posséder des commerces et être propriétaires et à leur donner une représentation politique spécifique et limitée.
Sa première rencontre avec les leaders du Congrès National Sud-Africain a eu lieu en 1940, notamment avec Nelson MANDELA et Walter SISULU.
Engagé avec eux dans la campagne de désobéissance civile à l’application de lois de l’apartheid ,organisée par l’African National Congress et le South African Indian Congress, Kathrada est alors emprisonné et condamné à neuf mois de travaux forcés et voit ensuite sa peine réduite.
Alors que Kathrada est étudiant à l’Université de Witwatersrand, il est envoyé en 1951, comme délégué du Congrès indien de la jeunesse du Transvaal, au 3e festival mondial de la jeunesse qui se tient à Berlin-Est et assiste au congrès de l’Union internationale des étudiants qui se tient à Varsovie en Pologne. Il se rend enfin à Budapest en république populaire de Hongrie où il travaille pendant 9 mois à la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique.
Suite au rapprochement du congrès indien et du congrès national africain, en lutte contre l’apartheid mis en place à partir de 1948 par le gouvernement Malan, Kathrada entre en contact étroit avec Nelson Mandela et Walter Sisulu.
En 1954, ayant enfreint les mesures de bannissement à son encontre pour des raisons de sécurité, il a été arrêté à plusieurs reprises.
En 1955, il participe à l’organisation du Congrès du peuple durant lequel est rédigée la charte de la liberté. En 1956, il est l’un des 156 accusés de haute trahison et est finalement acquitté 5 ans plus tard.
Après l’interdiction en 1960 de l’ANC et de diverses autres organisations anti- apartheid, Kathrada poursuit ses activités politiques et est régulièrement interpellé et l’objet d’assignation à résidence. Il entre dans la clandestinité au début de l’année 1963.

Procès de Rivonia

Le 11 juillet 1963, Kathrada est arrêté au siège de Umkhonto we Sizwe ("La Lance de la Nation" - l’aile militaire de l’ANC) bien qu’il n’en soit pas membre. Il est inculpé de sabotage et de tentative de renversement du gouvernement par la violence. Le procès de Rivonia débute en octobre 1963 et s’achève en juin 1964 : Kathrada est condamné à la prison à vie au côté, entre autres, de Nelson Mandela, Walter Sisulu, Govan Mbeki, Raymond Mhlaba et Dennis Goldberg.

Emprisonnement (26 ans et 3 mois)

Pendant 18 ans, Kathrada est détenu à la prison de sécurité maximale de l’île de Robben Island. En octobre 1989, il est transféré à la prison de haute sécurité de Pollsmoor située près de la ville du Cap où il rejoint notamment Mandela et Sisulu.
Durant ces années en prison, Kathrada reprend ses études et obtient un baccalauréat universitaire en histoire et criminologie et un baccalauréat spécialisé en histoire et politique africaine grâce aux cours par correspondance de l’Université d’Afrique du Sud.
Le 15 octobre 1989, Kathrada est libéré de prison au côté entre autres de Jeff Masemola, Raymond Mhlaba, Wilton Mkwayi et Walter Sisulu.

L’homme politique

Après la levée de l’interdiction de l’ANC en février 1990, Kathrada entre au comité de direction intérimaire de l’ANC et du parti communiste sud-africain. Il démissionne de cette dernière position après avoir été élu membre du Comité exécutif national de l’ANC en juillet 1991. Il est alors nommé à la direction des relations publiques de l’ANC.
En 1992, il effectue le Hadj (pèlerinage à la Mecque).
Lors des premières élections sud-africaines non raciales au suffrage universel en avril 1994, Kathrada est élu député de l’ANC. En septembre 1994, il est nommé conseiller politique de Nelson Mandela, le premier président noir du Pays. Il est nommé parallèlement administrateur du musée de Robben Island (fonction qu’il exerce jusqu’en 2006). En juin 1999 il se retire de la vie politique parlementaire.

150ème Anniversaire de l’Abolition de l’Esclavage à La Réunion

M Ahmed Kathrada est venu à La Réunion à cette occasion en 1998, à l’invitation de Paul VERGES, Président de la Région, et de l’Association Musulmane de La Réunion (AMR).
Il était accompagné de deux autres députés issus de la communauté indo- musulmane Gujaratie, également militants de la lutte anti-apartheid, victimes du régime raciste sud-africain en raison de leurs engagements : Docteur Issop JASSAT et Dr Rashid SALOJEE.
Son déplacement prochain est placé sous le signe de sa reconnaissance envers les Réunionnais pour leur solidarité et leur soutien dans les pires moments de la répression.
Elle s’exprimera notamment en direction de la population portoise qui s’était fortement mobilisée avec les dockers et le personnel portuaire pour boycotter les fruits, les marchandises et les produits de l’industrie sud-africaine, pour réclamer la fermeture du Consulat d’Afrique du Sud et pour protester contre les assassinats (Dulcie September à Paris, Steve Biko...).
Les artistes de ce pays étaient aussi régulièrement invités au Port, ainsi que les organisations de travailleurs, telle la Confédération syndicale COSATU qui a joué un rôle majeur dans la lutte (grèves) et qui était accueillie lors des assemblées générales de la CGTR.
Sa visite au Port à l’invitation de la Municipalité le mercredi 6 Août 2014, qui lui décernera le titre de Citoyen d’Honneur de la Ville, sera ainsi un temps fort de son programme. La rencontre aura lieu en présence nombreuses associations, notamment représentatives du mouvement pour le respect des Droits de l’Homme, contre le racisme, les discriminations et la négation identitaire.

Engagement pour la cause palestinienne

Le sujet sera d’actualité.


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