Culture et identité

1 - Issop Ravate : son imagination ne s’est jamais endormie pour ne jamais se reposer…

Nos grands hommes

Témoignages.re / 29 septembre 2010

La Municipalité de Saint-Denis a décidé qu’une rue de la capitale — qui a cessé depuis bien longtemps déjà d’être tout à l’Est de la cité — s’appellera désormais « Rue Issop Ravate ». Heureuse décision s’il en est, tant la personnalité de notre compatriote fait l’unanimité auprès d’un très grand nombre de Réunionnais, à Saint-Denis et dans d’autres communes du Sud, de l’Ouest, de l’Est et du Nord de notre île.
Nous vous proposons d’évoquer sur trois éditions de “Témoignages” ce qu’a été Issop Ravate, cet homme dont nous pouvons dire qu’il fut d’une exceptionnelle simplicité et qu’il sut cultiver le sens de l’amitié et l’ensemble des valeurs qui invitent l’Homme, quel qu’il soit, à toujours se surpasser.
Témoignages.

« Dieu nous a dit encore : J’ai fait pour vous la Terre. Je vous laisse le temps, le feu, les rivières. Vous allez avancer et harmoniserez les sols à labourer, les eaux qu’il faut capter, les forêts à couper, le gibier à chasser. Peu à peu, vous verrez qu’il faut éduquer les enfants qui naîtront, afin de perpétuer la généreuse idée de solidarité. Telle est ma volonté… ».
Ces quelques lignes que nous avons souhaité pour commencer notre propos, nous les empruntons à un auteur réunionnais. Elles évoquent les premières paroles que Dieu a pu tenir aux hommes.
Issop Ravate était un homme de foi, et souvent il disait que si la soumission à la volonté du créateur est un devoir, bien heureux sont ceux et celles qui ont le privilège de pouvoir accomplir cette volonté par des actes de leur vie. Dieu a fait la Terre et puis, avant de s’en aller, lui a laissé le temps, le feu et les rivières afin qu’au terme de son passage ici-bas, il puisse lui aussi contribuer à perpétuer la généreuse idée de la solidarité.
Naturellement, tout simplement, Issop Ravate s’est appliqué à entamer le parcours qui devait être le sien. Sa vie est un long et ininterrompu témoignage d’une soumission intensément active, où son imagination ne s’est jamais endormie pour ne jamais se reposer sur les lauriers de la facilité et de la vanité, où constamment il a veillé à ce que son énorme capacité de travail et de création apporte à son île, à son économie, à tout ce qui touche également au social, davantage d’harmonie, davantage d’audace, davantage de richesses. Et nous ne sommes pas loin de penser que, sans doute, il avait pris le temps d’apprécier le philosophe allemand Friedrich Nietzche qui, s’interrogeant de savoir où sont pour les hommes de valeur les plus grands périls, répondait lui-même : « Dans la pitié » !

C’est parce qu’il a très tôt compris que c’est quand on a descendu au plus bas que l’on peut rebondir au plus haut qu’il a invité celles et ceux qui le côtoyaient, qu’ils soient ses propres enfants ou tous ses collaborateurs et amis, à avoir en l’homme une foi inébranlable, une foi ancrée dans l’invitation à se dépasser dans la lutte qu’en soi-même on mène contre soi-même.
Ce qui a pu être ses échecs ne l’a jamais cassé dans son besoin d’avancer. Et quand, malgré lui, brisé par les épreuves de toutes sortes, il revenait comme revient la vague, on aurait dit que l’épreuve lui était viscéralement nécessaire pour l’aider à grandir dans l’ombre qu’il recherchait avant de trouver bien malgré lui sa place au soleil, debout du haut de sa riche expérience de la vie, portant loin devant lui l’humilité d’un regard que nulle faiblesse n’affectait.
Sa philosophie s’était forcément bâtie au fil de ses nombreuses rencontres au cours des voyages qu’il a effectués aux milles coins de l’univers, à la rencontre des hommes de tous les horizons et de toutes les poésies. Sans doute reposait-elle sur la tranquille assurance qu’il ne sert à rien de camoufler les réalités les plus dures derrière la peur qu’elles peuvent inspirer. Et quand en haut on ne pouvait plus pendant qu’en bas on ne voulait plus, à moins que ce soit l’inverse, Issop Ravate était là pour ramener un sursaut salvateur et pour souffler autour de lui que l’avenir est encore possible.

Sa vie entière a été faite d’humilité et du rejet de l’exclusion, une vie de labeur toute investie dans l’action sociale, éducative, sportive, humanitaire, religieuse et caritative afin que l’Homme soit au cœur de nos préoccupations. Une vie où dominaient la capacité à entrainer, l’aptitude à trancher, le sens de l’écoute, l’imagination et les qualités du visionnaire. Sa vie aura été un cri pour les autres dont, au premier rang, il avait placé son île de La Réunion.
Sans doute, plus d’une fois dans le silence de ses instants de recueillement et de prières, son épouse s’est-elle demandé où il pouvait bien puiser cette extraordinaire puissance intérieure qui le poussait à toujours aller de l’avant jusqu’à entrainer avec lui tant et tant d’éminents acteurs de la vie économique, sociale, voire politique, de son pays ?

Raymond Lauret

(Demain, suite de notre article : "De l’école de la Rivière Saint-Louis où il est brillant élève à la forêt du Brûlé qui bientôt n’a plus de secret pour lui")…


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