Culture et identité

10 mai : ce que La Réunion peut apporter au monde

Commémoration de la Journée nationale du souvenir de l’esclavage et de la traite négrière

Céline Tabou / 10 mai 2010

Hier, le Parc Boisé Fonkèr Laurent Vergès du Port a accueilli des Réunionnais venus célébrer la Journée nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière. Organisée par l’Association Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise-CRA, la matinée s’est déroulée autour de chants, fonkèr, moringue, slam, et lecture des 100 noms des combattants qui ont lutté pour faire abolir ce que la République considère depuis le 10 mai 2001 comme un crime contre l’humanité.

Comme l’an dernier, le Parc Boisé du Port a vu se dresser des tentes d’exposition et une scène sur laquelle se sont succédé orateurs et artistes venus apporter leur contribution à la célébration du 10 mai. « La détermination et la motivation sont là » pour porter ce projet, a indiqué Brigitte Croisier, membre de l’Association MCUR-CRA (Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise-Culture Recherche action). Soutenus par la Mairie du Port, les membres de la jeune association MCUR-CRA ont réussi le pari de réunir les Réunionnais autour d’« une date essentielle, qui concerne tous les Français », a déclaré Paul Vergès lors de son allocuation.

Le 10 mai, Fête nationale

Le 10 mai est une décision politique, a annoncé Laurita Alendroit. Cela a conduit à la reconnaissance par l’État français de la traite négrière et de l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Cette reconnaissance est le résultat d’une initiative partie des régions d’Outre-mer qui ont vécu sous le régime de l’esclavage, puis qui ont réussi à faire voter par la représentation nationale une loi allant dans le sens de cette reconnaissance. Ce qui démontre une nouvelle fois qu’une cause juste ne peut que triompher.
« C’est après de longues luttes populaires que le 20 Décembre, d’abord clandestin, a été reconnu comme une date importante dans l’Histoire de La Réunion. En effet, l’esclavage a été aboli par la Seconde République le 27 avril 1848. Ce n’est que le 20 décembre, 8 mois plus tard, que Sarda-Garriga a appliqué cette décision à La Réunion. Il est plus que légitime de fêter la fin d’un système barbare d’exploitation et de domination qui a marqué une grande partie de notre histoire. Même si le 20 Décembre n’est pas encore reconnu comme une journée chômée et payée, c’est la fête dans tous les quartiers et l’explosion musicale de la joie », a ajouté le maire du Port, Jean-Yves Langenier.
Cette reconnaissance est un premier pas vers une reconnaissance internationale de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Il s’agit de faire du 10 Mai un phénomène mondial, car il existe des esclaves dans l’Histoire du monde. Ce n’est pas une simple question réunionnaise, ou des DOM-TOM, mais un enjeu international, parce que cette « date est le début de la reconnaissance que l’esclavage est un crime contre l’humanité qui pourra être poussé dans le monde », a expliqué Paul Vergès.
Cette Journée nationale française est célébrée partout en France. En complément du 20 Décembre, célébrée par tous les Réunionnais, ou le 22 Mai, par les Martiniquais, il s’agit d’un « long combat qui dépasse les frontières », a expliqué Jean-Yves Langenier. « Le 10 Mai est une page importante de l’histoire de France », a déclaré Paul Vergès.

La culture réunionnaise à l’honneur

La MCUR-CRA a réuni de nombreux artistes, politiciens, membres d’associations et autres citoyens pour des festivités autour du moringue, fonkèr, slam, chant et lecture de portraits. Laurita Alendroit et Émilie Assati ont présidé cette Journée de commémoration des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et des abolitions.
« Les fonkèr, le maloya, le moringue expriment la richesse dont nous sommes les héritiers fiers de nos ancêtres », a précisé Jean-Yves Langenier en marge de la représentation des artistes venus célébrer le 10 Mai.
À travers des contes avec Abas Mula, et fonkèr, dont Céline Huet, Jim Fortuné et Nicolas M’Tima ont fait passer un message de liberté, et ont rappelé la douleur des esclaves. Comme l’a fait Patricia Coutandy, membre de l’Association MCUR-CRA, avec un extrait de "Mon l’héritaz lé dan’out kèr" avec "Mon sentiment" :
« Ou tire à mwin dan’ mon péi, Et là ou enlève à mwin la vie. Ou traîne à mwin pareil un zanimo, Avec un fer chaud ou marque mon peau. Pou enchaîne mon ker, ou choisi la pèr : Le code noir c’est la loi des commandèrs. Et quand toué la besoin l’amusement, Out’ ban’ coup i fait pas semblant. Ou juge mon peuple vilain, Mais ou trouve des jolies parmi les miens. I subies toutes sortes d’outrages. Et c’est moin que ou traite de sauvage ! Mon transpire i met’ la récolte en l’er, Mon sang i fertilise la terre, Pas avec sa gagne un boushé manzé. Oui mwin c’est un peuple martyrisé ! »
Après la déclamation de biographies et plusieurs spectacles, la célébration s’est conclue par un pique-nique à l’ombre des arbres du Parc boisé. Là où voici 40 ans, il n’y avait que de la savane et des galets, des Réunionnais se sont levés et ont construit le Parc boisé Fonkèr Laurent Vergès. C’est ce lieu symbolique qui a été choisi depuis l’an dernier par l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise pour accueillir la célébration du 10 Mai. Ce parc est l’exemple vivant de ce que le peuple peut réaliser. En 40 ans, le peuple a réussi à faire du Port une ville boisée, il réussira à construire la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.

Céline Tabou


Paul Vergès : « L’esclavage est un phénomène mondial »

Dans son discours, Paul Vergès a rappelé l’histoire de l’esclavage à La Réunion. « Sur trois siècles et demi d’histoire de La Réunion, nous avons vécu plus de 150 ans sous un régime esclavagiste », a-t-il annoncé. Il a poursuivi en expliquant que « l’existence même de l’esclave a été niée » durant des siècles.
La célébration du 10 Mai est donc « une page de l’histoire », qui a été tournée. La loi Taubira a été voté à l’unanimité par le Sénat et l’Assemblée nationale. Les deux institutions ont « reconnu l’esclavage en tant que tel et la traite négrière comme crimes contre l’humanité ». « L’initiative de la MCUR est de faire connaître l’Histoire de La Réunion, depuis le début. L’esclavage, l’engagisme et l’assimilation pour pouvoir tracer l’avenir », a expliqué Paul Vergès. Ce dernier conclut en appelant « tous les Français à célébrer cette date, et à réfléchir sur son histoire », qui a été marquée par l’esclavage.


Carpanin Marimoutou : « Se battre contre l’esclavage »

Le président de l’Association MCUR-CRA est revenu sur les deux raisons de la création de la MCUR-CRA. Suite à l’élection de la nouvelle majorité à la Région, le projet MCUR qui avait débuté en 2006 a été subitement été stoppé.
Le but de l’association est de continuer à porter le projet MCUR, et de trouver un nouveau portage, afin que la Maison soit construite, et que les études et objets récoltés ces dernières années ne soient pas effacés de la mémoire collective. « La MCUR est un projet essentiel pour montrer que le peuple réunionnais est capable », a indiqué Carpanin Marimoutou.
« L’objectif est de montrer comment un peuple aussi différent est parvenu à vivre ensemble, car vivre ensemble est un combat de longtemps », a-t-il déclaré. Carpanin Marimoutou a conclu en expliquant que le 10 Mai est une date primordiale pour l’Histoire de France, et de La Réunion. Il s’agit de faire reconnaïtre aux anciens États colonialistes que l’esclavage est un crime contre l’humanité, qu’il faut combattre.
La MCUR a également la tâche d’informer les Réunionnais, et citoyens du monde, de l’impact de l’esclavage sur la population réunionnaise et du monde.


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