Culture et identité

100 noms de combattants pour la Liberté

100 noms pour le 10 mai avec la MCUR

Témoignages.re / 16 avril 2010

Dans le cadre de la Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière de l’esclavage et de leurs abolitions du 10 mai, l’équipe scientifique et culturelle de la MCUR a dressé cent portraits de femmes et d’hommes de divers pays qui, par leurs actions, ont défendu les idéaux d’égalité et de liberté. Chaque jour, “Témoignages” publiera quelques fiches.

• Dimitile - 18ème siècle (La Réunion)


En 1743, à l’aide de 24 compagnons, Dimitile, probablement amoureux de l’esclave mozambicaine nommée Jeanneton, se rend dans la propriété de Pierre Hibon, dans les Hauts de Saint-Paul, et libère la jeune fille avec qui il s’enfuit.
Commence une longue marche à l’intérieur de l’île. Ils parcourent Mafate, Cilaos et la Rivière Saint-Étienne.
Dimitile, qui signifie “le guetteur” en malgache, devient le chef des marrons.

Si nous savons que, dans leur périple, les marrons dirigés par Dimitile croisèrent Mussard, le chasseur de Marrons, si nous savons également que Jeanneton le quitta, nous ne savons toujours pas ce qu’est devenu Dimitile, « le guetteur », chef de marrons.
Dimitile a laissé son nom à un pic de l’île dans les Hauts de l’Entre-Deux.

Zumbi Dos Palmares - vers 1655-1695 (Brésil)

Zumbi Dos Palmares est né aux alentours de 1655 dans une des communautés de Palmares (“territoires autonomes”).

Vers 1662, alors qu’il est encore enfant, il est fait prisonnier par des soldats portugais aux frontières du territoire autonome. Il est livré au Père Antonio Melo qui le baptise et lui donne un nom chrétien, Francisco. Il passe des années à aider le Père Antonio à la messe et à apprendre le portugais et le latin.

Aux alentours de 1670, ayant à peine quinze ans, il s’enfuit et retourne à Palmares.
En 1675, alors qu’il a vingt ans, il se révèle être un grand stratège et un chef militaire lors des luttes contres les soldats du sergent Manuel Lopes.

En 1678, Pedro de Almeida, gouverneur de la région du Pernambouc, propose aux insurgés de se rendre : en échange, le pardon leur sera accordé et ils pourront reprendre leurs travaux d’esclaves sans punition, ni exécution. Zumbi refuse. Il prend la tête de la résistance dès 1680. Avec le soutien d’un groupe d’insurgés, Zumbi résiste courageusement durant une quinzaine d’années.
Après de vaillants combats, gravement blessé, il est contraint de prendre la fuite dans la jungle. Il meurt le 20 novembre 1695 au combat, dans la Serra Dois Irmãos.
Cette insurrection qui a duré près d’un siècle est la révolte d’esclaves la plus longue de l’histoire.

Zumbi est resté une icône de la résistance anti-esclavagiste et un héros pour la communauté afro-brésilienne, le Brésil et l’Amérique latine.

• Frederick Douglass - 1818-1895 (États-Unis)

Né esclave, Frederick Augustus Washington Bailey est le fils d’un “blanc” qui ne l’a pas reconnu et d’une esclave du Maryland.

Vers l’âge de douze ans, il est envoyé à Baltimore servir un dénommé Hugh Auld. Ce déplacement est l’un des évènements majeurs de sa vie sans lequel il n’aurait sans doute jamais pu apprendre à lire. Dès son arrivée, Sophia, la femme de Hugh Auld, lui apprend les rudiments de la lecture. Mais elle arrête rapidement les leçons, sévèrement rappelée à l’ordre par son mari pour avoir enfreint la loi en apprenant à un esclave à lire.
Frederick Augustus Washington Bailey n’abandonne pas. Dès qu’il peut échapper à la surveillance de sa maîtresse, il négocie contre du pain des leçons auprès de jeunes enfants “blancs”, pauvres, mais instruits, du voisinage.
Alors qu’il travaille dans le port de Baltimore, Douglass réussit à s’enfuir, en 1838, en se faisant passer pour un marin “noir” libre. Il se rend à New York et prend le nom de Frederick Douglass. Dès lors, il se bat pour la libération des esclaves. Très actif dans le “chemin de fer clandestin”, il publie plusieurs livres dont, en 1845, une magnifique autobiographie, “La vie de Frederick Douglass, esclave américain, écrite par lui-même”. Il y dénonce le système esclavagiste.

En 1847, il fonde “The North Star”, un journal abolitionniste. Il devient ensuite conseiller d’Abraham Lincoln, puis consul général à Haïti. Il consacre sa vie à la lutte pour les droits civiques. En 1895, lorsqu’un jeune étudiant noir vient lui demander comment faire avancer cette cause, il lui répond : « Allez-y ! Manifestez ! Manifestez ! Manifestez ! ».


Kanalreunion.com