Culture et identité

20 décembre commémoré dans toute La Réunion : du bon travail communiste

Un acquis de plusieurs décennies de luttes

Témoignages.re / 20 décembre 2014

Le 20 décembre, Fête réunionnaise de la liberté, semble aujourd’hui aller de soi. Depuis hier, c’est la commémoration de l’abolition de l’esclavage dans tous les quartiers, avec le soutien des institutions. Mais cela ne s’est pas fait tout seul, c’est l’acquis de plusieurs dizaines d’années de lutte impulsées par les communistes réunionnais.

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La commémoration du 20 décembre 1848, date de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, est aujourd’hui une fête qui semble aller de soi. Le maloya est sur les ondes, ainsi que la langue créole. Cela ne s’est pas fait tout seul, c’est l’aboutissement d’un combat difficile lancé par les communistes réunionnais.

Juste après l’abolition du statut colonial en 1946, souffle un vent de changement à La Réunion. Un large front, le CRADS, a permis aux représentants du peuple d’accéder aux responsabilités dans les institutions. Les Réunionnais plantent des arbres de la liberté. Le 20 décembre 1948, la commémoration du centenaire de l’abolition de l’esclavage voit un énorme défilé envahir les rues de Saint-Denis.

Les forces conservatrices et le pouvoir parisien vont tout faire pour casser ce mouvement de libération. C’est le début d’une grande répression. Elle vise notamment à refuser aux Réunionnais le droit de savoir qui ils sont. Le pouvoir brûle des archives datant de l’époque de l’esclavage, et il interdit tout ce qui peut rappeler au Réunionnais son identité culturelle et politique. Ainsi, le maloya est interdit. Les communistes sont pourchassés, jetés en prison quand ils ne sont pas tués. Témoignages est saisi 43 fois et son directeur condamné à de la prison ferme.
Pour le pouvoir, il n’est plus question de laisser commémorer le 20 décembre. Il veut rayer cette date de la tête des Réunionnais.

Le 20 décembre sauvé par les communistes

Durant ces heures difficiles, les communistes sont les seuls à ne pas laisser la flamme de la mémoire s’éteindre. Ils continuent à perpétuer la célébration de l’abolition de l’esclavage. Avec le recul de la fraude électorale, les communistes et leurs alliés reprennent le contrôle de trois communes. Le 20 décembre va donc y retrouver le soutien des institutions. La dynamique est si forte qu’en 1981, le pouvoir parisien est obligé de céder : la France reconnaît alors le 20 décembre.
Le mouvement ne s’arrête pas là. Car le 10 mai 2001, la France va même reconnaître que l’esclavage est un crime contre l’humanité. C’est la première fois qu’une ancienne puissance esclavagiste va aussi loin dans l’appropriation de son histoire. Cet enrichissement n’aurait pas été possible si notamment à La Réunion, les communistes n’avaient pas lutté pour que le peuple n’oublie pas son histoire.
Aujourd’hui à La Réunion, même les plus conservateurs ne peuvent plus remettre en cause le 20 décembre.

Après l’esclavage, la pauvreté

Il reste encore beaucoup à faire pour que notre île soit définitivement libérée. Plus de la moitié de la population était esclave en 1848. Aujourd’hui, beaucoup de descendants d’esclave sont abandonnés par le système, condamnés à la précarité et aux revenus minimums à vie. Il existe toujours de fortes inégalités dans notre île avec deux sociétés qui se côtoient. C’est ce qu’avait souligné jeudi dernier le second anniversaire de l’Appel de l’Ermitage. « On nous conditionne pour être pauvres » ont dit plusieurs participants à cette cérémonie. La pauvreté reste encore la principale entrave à la liberté, 166 ans après l’abolition de l’esclavage à La Réunion.


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