Culture et identité

À la recherche de l’harmonie suprême

La déesse Mâriammen honorée dans les hauteurs de Saint-Paul

Témoignages.re / 24 mai 2012

Tout Saint-Paul de La Réunion, en ce mois de mai chante les louanges de Srî Mâriammen Ammâ Tâyé

À Ravine Daniel au lieu-dit « Villentroy », au Temple Ellama, les festivités religieuses en l’honneur de Srî Mâriammen ont débuté très tôt, ce dimanche 20 mai.

Le cortège se composait d’une foule innombrable de coreligionnaires et de baktans (dévots). Plus de 500 personnes, dont une centaine de pénitents se sont réunis dans ce bourg des hauts afin de participer à la grande procession hautement colorée et de leurs offrandes à Shakti : karagam (karlon), pâl koudam (sembou de lait), ackini sakti (pot de feu), certains des pénitents ont fait le vœu de silence soit en se bâillonnant la bouche ou en se perçant d’aiguilles pour les plus courageux.

C’était aux sons des tambours et des cloches que les fidèles de ce temple ont accompagné le char trônant la statue à l’effigie de la Mère divine, déesse de la santé, précédée des danseurs de Kôllatam dans les rues avoisinantes du lieu de culte. De retour au koyil (temple), les pénitents ont ensuite versé leurs laits et autres produits purifiés sur la déité en signe de remerciement pour une grâce obtenue, ce rite est nommé abishégam.

Ces cérémonies ont été officiées par le poussari Aya Papy Thierry Kôvalen, figure montante et reconnue au sein de la communauté pour son engagement, sa droiture et ses grandes valeurs spirituelles.
Srî Mâriammen : Déesse de la santé

Pour saisir la figure emblématique de Srî Mâriammen (prononcé localement Marliémin) il convient de se référer à son nom même qui signifie Déesse de la pluie et de l’eau (Mâri = pluie). On l’invoque en période de grande sécheresse où on la promène en procession dans le village sous forme de Karagam (cône de feuilles de margousier décoré de fleurs) qu’on porte sur la tête. Elle est la forme sous laquelle nous parvient la bénédiction (aroul) de Srî Siva pour nous protéger des agressions de toutes sortes et notamment celles que constituent certaines maladies infectieuses d’origine virale comme la variole ou la varicelle. C’est à l’arrivée des grosses chaleurs torrides des mois Sittiraï et Vaïkâssi (avril/mai) si propices à l’éclosion et à la propagation de ces maladies qu’est célébrée au sud de l’Inde et à La Réunion la grande fête annuelle de Srî Mâriammen. Instituée Déesse de la santé, elle nous préserve des déséquilibres organiques et psychiques consécutifs à l’excès de chaleur et à l’affaiblissement de nos défenses naturelles. Comme l’eau, elle est toute en douceur et en fraîcheur. C’est ainsi qu’à l’occasion de la fête de Srî Mâriammen, coutume qui s’est perpétuée intact à La Réunion, les kôyils dédiés à la déesse servent du Kandji et du mâvou comme prassâdam (voir ci-après). De même, des Marches sur le Feu ont lieu à la même époque dans les temples de Srî Mâriammen au terme de dix jours de carême. On peut imaginer que le choc produit par la chaleur intense sur l’organisme le prémunisse contre les effets ultérieurs de chaleurs excessives voire de certaines maladies. Toutefois, il serait erroné de ne voir dans le culte de Srî Mâriammen qu’une simple thérapeutique du corps. Tout comme la vertu rafraîchissante, apaisante et purifiante de l’eau d’où elle tire son nom, Srî Mâriammen apporte à notre mental quiétude, sérénité et plénitude. Elle est l’énergie du Yôgi Supreme, maître de l’équilibre cosmique (Natarâja) et de l’harmonie universelle. Elle brise les chaînes de nos désirs et détruit le feu de nos passions en nous montrant la voie de la paix intérieure et du détachement. Toute maladie, pas seulement mentale, est un déséquilibre comme le sont les conflits et les tensions de toutes sortes.

Recherchons en Srî Mâriammen l’harmonie suprême, celle que nous devons réaliser à l’intérieur de nous-mêmes, dans notre environnement familial et social et par-delà dans l’univers tout entier. Le mot Shânti (paix) répété trois fois pour clore toute invocation n’a pas d’autres significations et doit trouver un écho quelque part.

Reportage : Kîrthivarsen


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