Culture et identité

À Saint-Paul, une stèle « à la mémoire des révoltés de 1811 »

Célébration de "2011, l’année d’Élie, un combattant Réunionnais de la liberté"

Témoignages.re / 25 février 2011

Dans le cadre de sa série d’articles hebdomadaires consacrés à la célébration de "2011, l’année d’Élie, un combattant Réunionnais de la liberté", vendredi dernier, "Témoignages" a publié un premier extrait du discours prononcé le 13 février à Saint-Paul par Huguette Bello lorsqu’elle a accueilli les participants à la "rando-vélo-mémoire". Cette randonnée avait été organisée avec le soutien notamment du Kolèktif Lané Élie (KLÉ) dans le cadre de la célébration du 200ème anniversaire de la plus grande révolte des esclaves à La Réunion. Voici la seconde partie de l’allocution prononcée par la députée-maire de Saint-Paul sur le square des esclaves exécutés dans cette ville. Les inter-titres sont de "Témoignages".

La Municipalité de Saint-Paul vous accueille, pour cette halte, sur le lieu même où 4 esclaves, reconnus comme des meneurs de la révolte de 1811, ont subi la peine capitale, en cette place, anciennement place du tribunal.
Peu de Saint-Paulois le savent ! Le rôle prépondérant des esclaves réunionnais pour l’abolition de l’esclavage reste méconnu par les Réunionnais.
L’Histoire officielle attribue l’exclusivité des mérites à Sarda, le père libérateur, et à travers lui, à l’État colonial, et notre Histoire est ignorée, l’Histoire de la liberté désirée, réclamée, revendiquée l’arme au poing.
L’Histoire des Réunionnais est comme un palimpseste, un parchemin dont on a effacé le texte original pour y écrire, par dessus, le texte du Maître. Et il nous faut gratter le texte du Maître, et trouver ce qui se cache dessous.
Nos Historiens le savent bien ! Eux qui procèdent à une investigation minutieuse pour retrouver les marques de notre Résistance, les marques des insoumis, des rebelles, des insurgés afin de pouvoir écrire enfin l’Histoire de notre révolte.
La révolte est un cri de l’intérieur. Cri jailli des entrailles de l’esclave, jailli de l’intérieur de notre île…

Hommage aux voix réunionnaises des révoltés

Mon propos n’est pas de nier la contribution à l’abolition des autres voix venues du dehors. Ces voix venues d’outre-mer.
Quand je dis "outre-mer", de l’épicentre réunionnais où je me situe, tout ce qui est au-delà de la mer qui nous entoure est outre-mer ! L’Europe est notre outre mer, la France est outre-mer pour nous…
Donc ces voix venues des outre-mer, les voix des Quakers, de la Société pour l’abolition de la traite, des philosophes des Lumières, des Amis des Noirs, …ces voix d’outre-mer ont accompagné la marche vers l’abolition. Mais ces voix là n’ont pas crié dans la nuit de Saint-Leu pour arracher la liberté l’arme à la main !
Pourquoi devrions-nous toujours rendre hommage aux voix de l’extérieur ? Hommage et mérite doivent être rendus à nos voix de l’intérieur ! À nos voix originelles étouffées.
Rendons hommage aux voix réunionnaises des révoltés de Saint-Leu, les esclaves Élie, Vincent, Paul, Zéphir, Benjamin, Benoît, Soulange, Gilles, Séverin, Fulgence, Gaspard, Prudent…

Une farouche détermination

Élie, forgeron, était de ceux qui ont subi la sentence suprême. Assisté de ses deux frères Gilles et Prudent, il était à la tête d’un groupe d’environ 200 insurgés le 8 novembre 1811. C’était il y a donc deux siècles.
L’insurrection est partie de Saint-Leu et des autres quartiers de la région Ouest de l’Île dans la nuit du 5 novembre 1811, d’après l’ouvrage de Sudel Fuma "L’insurrection des esclaves de Saint-Leu en 1811". Elle oppose alors aux maîtres un groupe faiblement armé mais animé d’une farouche détermination à découdre avec les oppresseurs, et arborant un drapeau à fond bleu avec une croix blanche.
Certains seront tués au combat, et d’autres faits prisonniers.

Une trentaine de condamnations à mort

Saint-Paul, Terre réunionnaise d’Histoire et de Culture, a un lien étroit avec la révolte des esclaves et ses conséquences tragiques. En effet, suite à la sanglante bataille avec des éléments armés par des propriétaires d’esclaves, « 52 hommes » — issus du groupe de combattants pour la liberté — ont été arrêtés.
Nombre d’entre eux ont été transférés à Saint-Paul. Tandis que les autres insurgés ont été traqués férocement pendant plusieurs jours encore. Une trentaine de condamnations à mort a été prononcée.
Le compte-rendu d’audience des jugements de l’époque ne permet pas d’affirmer exactement leur lieu d’exécution. En effet, l’ordre de transfert des prisonniers précise leurs noms et les lieux d’exécutions sans indiquer avec précision la ville où ils subiront la peine capitale.

Une place hautement symbolique

On sait simplement, grâce aux historiens, que Élie, Vincent, Paul, Zéphir, Benjamin, Benoît, Soulange, Gilles, Séverin, Fulgence et Gaspard furent « condamnés par la peine de mort, dont quatre sont pour être exécutés à Saint-Paul, cinq à Saint-Leu et deux à Saint-Pierre ».
Quatre esclaves reconnus comme des meneurs de la révolte ont donc été exécutés, en ce lieu où nous vous accueillons ce jour. Ici même, 4 rebelles ont eu la tête tranchée sur un échafaud.
Cette place est donc hautement symbolique. La municipalité de Saint-Paul installera, ici même, une stèle « à la mémoire des révoltés de 1811, esclaves réunionnais combattants de la liberté ».


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