Culture et identité

Alain Lorraine, un journaliste, poète, écrivain solidaire de son peuple

Spectacle ce samedi à Saint-Paul en hommage à un grand Réunionnais

Témoignages.re / 21 mai 2011

Ce samedi 21 mai, un spectacle de poésie mis en scène et présenté par Anne Cheynet — accompagnée de ses dalons diseurs, danseurs, musiciens — sera présenté à 20 heures à l’Espace culturel Leconte de Lisle de Saint-Paul. Plus qu’un spectacle, c’est un acte de mémoire, un hommage émouvant à l’une des plus grandes figures de la littérature réunionnaise, disparu il y a 12 ans. Voici la présentation de cet événement par les organisateurs.

Alain Lorraine, qui nous a quittés le 18 mai 1999, fut un acteur essentiel dans la re-naissance culturelle et la prise de conscience identitaire qu’a connues La Réunion dans les années 70, le « chantre du fénoir en tant que Fait noir ». De plain-pied dans l’actualité, il a été à la fois un grand poète, journaliste, écrivain et un homme d’action solidaire des luttes de son peuple pour changer la société.
C’est pourquoi nous tenons à ce que la deuxième édition de ce spectacle prenne place dans les actions et évènements culturels jalonnant cette année 2011, appelée "l’Année d’Élie", en hommage aux centaines de nos ancêtres esclaves qui ont mené avec Élie la plus grande des révoltes contre l’esclavage dans notre pays.
Ce spectacle à sa mémoire se situe également dans le prolongement de la journée du 10 Mai, commémoration en France et Outre-mer de l’abolition de l’esclavage. En effet, à travers cette somptueuse poésie, c’est toute une tranche de l’histoire de La Réunion qui nous est présentée et des champs de réflexion qui sont ouverts. Un appel à la tolérance et à la fraternité.
« Comment retirer notre indifférence, nous qui lisons à notre faim ? Nous qui parlons en tranquillité des incertitudes qui nous ressemblent ? On se bouche le nez dans le cloaque des parieurs. La récession de l’utopie plaide pour la non-assistance à innocents en danger » (Extrait de "Dehors est un grand pays").
Venez nombreux vous joindre à nous pour rendre hommage à cet immense poète, dont la raison de naître fut certainement l’écriture :
« Dieu des Ravines
tu me fis le don affreux d’un océan d’angoisses
et à chaque peur surgie tu me donnas le signe pour m’en délivrer… » (extrait de "Sur le Black").


« Tous amoureux de sa poésie »

Anne Cheynet, principale organisatrice de ce spectacle, nous a transmis ce que représente Alain Lorraine pour elle et le contenu de la soirée. Voici de larges extraits de ce texte.

À propos d’Alain Lorraine, je ne m’attarderai pas sur sa biographie et bibliographie, qu’on peut facilement trouver sur Internet. Je préfère redire que ce fut pour moi un ami, une sorte de grand frère en poésie, une âme sœur peut-être, et que La Réunion peut être fière d’avoir dans son panthéon littéraire quelqu’un de cette envergure.
Il fut un des acteurs essentiels dans la re-naissance culturelle et de la prise de conscience identitaire qu’a connue La Réunion dans les années 70. À la fois visionnaire et de plain-pied dans l’actualité, il a été en même temps un grand poète et un homme d’action.
Grâce à l’énergie intellectuelle qu’il a su partager, il a stimulé directement ou indirectement des travaux de recherches universitaires, suscité maintes rencontres dans les différents milieux de savoir et de pouvoir, œuvré à la mise en place de nombreux projets culturels et associatifs.
Il a ouvert des champs de réflexion qui ont considérablement influencé la société réunionnaise, que ce soit dans l’île ou ailleurs. Depuis 1970, où, de retour au pays, il fut littéralement ébloui par la découverte de la « culture de la nuit », cette résistance et cette vie souterraine de tout un peuple d’opprimés, il a choisi d’œuvrer avec et pour ces marginaux de la culture, afin d’être « un militant de l’existence ».
Mais, pour moi, la poésie était la raison d’être d’Alain Lorraine. Peut-être même sa raison de naître.
Il est décédé à Paris le 18 mai 1999. D’où la date choisie pour ce spectacle qui se veut à la fois un hommage et un acte de mémoire.

« Maloya d’or et de tristesse »

En ce qui concerne le spectacle lui-même, nous avons sélectionné des textes à partir de quatre ouvrages mais il était difficile, voire impossible, d’embrasser dans un seul spectacle toute la richesse contenue dans l’œuvre panoramique d’Alain Lorraine.
Nous en avons modestement présenté quelques facettes, en mettant l’accent sur la quête permanente du poète « arpenteur d’hémisphères » et sa vision de l’île (le pays-maloya et l’île monde). C’est un peu un parcours initiatique. Ceci à travers plusieurs tableaux. (…)
Le spectacle se termine sur un hymne au pays-maloya, une danse transe, le « maloya d’or et de tristesse » du peuple de la nuit. Une prière.
Chants, danse, un rythme de maloya qui sait se faire discret pour laisser la place à la magnificence des paroles, métissage de voix et de visages à l’image du rêve d’Alain Lorraine, ce spectacle est un voyage à travers le labyrinthe des peuples de la nuit. La plupart des acteurs sont non-professionnels, autrement dit des amateurs. Mais je voudrais que ce mot ici soit dégagé de sa consonance souvent péjorative pour ne garder que sa racine "aimer" car nous sommes tous, dans le groupe, des amoureux de la poésie d’Alain Lorraine. En tant que metteure en scène, j’ai voulu que des gens très divers puissent connaître cette poésie et la vivre de l’intérieur en la disant et en la transmettant à un public.


Non à l’intolérance

Ce samedi 21 mai à 15h 30, le Cercle philosophique réunionnais participe à un débat à la Bibliothèque Alain Péters du Moufia à Saint-Denis sur le thème : "Pourquoi et comment combattre l’intolérance à La Réunion ?".


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