Culture et identité

« Allons-nous aujourd’hui baisser la tête ? »

Le message d’Atidamba

Témoignages.re / 14 décembre 2013

Mercredi, « Témoignages » a publié un compte-rendu de la 10ème édition de la cérémonie Atidamba, qui s’est déroulée dimanche dernier sur le plateau Dimitile à l’Entre-Deux. Nous publions ci-après la belle allocution d’ouverture prononcée à cette occasion par le président de Miaro, Honoré Rabesahala, une des associations organisatrices de cette cérémonie. Les inter-titres sont de « Témoignages ».



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Honoré Rabesahala, président de l’association Miaro. « Nout zansèt, nout fors ! ».

« Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour donner à nos ancêtres la place qui leur revient dans cet espace réunionnais qu’ils ont grandement contribué à construire, au prix de leur sueur, au prix de leur sang.

Nous voulons un mouvement de conscience pour se libérer des tabous et rendre aux pratiques malgaches et africaines de « sèrvis kabaré » la reconnaissance publique. Trop souvent dévalorisés ou même diabolisés comme sorcellerie ou autres, nous leur devons aujourd’hui de pouvoir en pleine lumière rendre un hommage solennel aux ancêtres.

Si l’histoire douloureuse de l’esclavage les a confinés dans les cours familiales, c’est à un hommage commun et public de toute l’île auquel nous allons procéder. Nous invitons ainsi tous les Réunionnais à respecter ces ancêtres et partager ensemble les valeurs ancestrales.

La bannière de la dignité humaine et de la liberté

Fête des ancêtres. Puisque nous allons rendre hommage à nos ancêtres.

Qu’ils soient reconnus et honorés dans leurs actions, comme nos Gramoun Baba, Gramoun Bebe, Gramoun Lélé ou Lo Rwa Kaf, pour ne citer qu’eux, nous n’oublions pas de leur associer nos ancêtres familiaux. Ou qu’ils aient été réduits, comme les Marrons, à devenir des âmes errantes, suite aux disparitions tragiques dans les ravines sous les balles des chasseurs de Noirs ou simplement pour leur échapper en préférant la mort à la servitude.

Nous sommes là aujourd’hui, comme au premier Ati-Damba, pour leur ancestralisation, pour les reconnaître comme les nôtres et leur manifester notre reconnaissance d’avoir porté si haut la bannière de la dignité humaine et de la liberté. Qu’ils reposent en paix, où qu’ils se trouvent et qu’ils sachent que c’est dans notre cœur que se trouve leur meilleur refuge.

La misère les a regroupés sur cette terre réunionnaise

Nous avons aussi une pensée particulièrement émue pour nos ancêtres anonymes, ceux dont on ne connaît même pas le nom. Héros anonymes du travail, harassant, acharné, mortel.

Les esclaves, dont le prix de la sueur et du sang est la construction de la prospérité de notre île, devenue le beau terroir actuel. Ils ont laissé une belle descendance, que nous représentons tous ici.

D’où qu’ils viennent, de Madagascar, d’Afrique ou d’autres pays et continents, la misère les a regroupés sur cette terre réunionnaise, où ils ont essayé de relever la tête et de gagner leur part de soleil avec plus ou moins de succès et de réussite.

Valoriser cet héritage

Nous les descendants, allons-nous aujourd’hui baisser la tête ? Nous ne pouvons faire semblant d’ignorer ces efforts intenses pour s’en sortir et parfois aussi les découragements et les échecs.

Je vous invite aujourd’hui, astèr, à valoriser cet héritage. Quel Réunionnais peut se vanter de ne rien devoir aux anciens esclaves et marrons ? Combien de Réunionnais peuvent affirmer ne pas avoir dans leur veine au moins un peu de leur sang ?

Descendants biologiques ou symboliques, reconnaissons et acceptons cet héritage. N’ayons pas honte de nos origines. Honorons nos ancêtres comme ils le méritent.

Nout zansèt, nout fors ! ».


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