Culture et identité

« Alon kontinié pédalé et batay pou la libérasyon lo pèp rényoné ! »

Dë rando-vélo-mémoir pou lo 20 Désanm

Témoignages.re / 21 décembre 2011

Dans le cadre de la "Fèt kaf" 2011, deux randonnées à vélo avec un contenu mémoriel ont été organisées dimanche dernier et hier à partir et dans la commune du Port. Ces randos-vélo-mémoire ont contribué, d’une part, à promouvoir les déplacements à vélo à La Réunion face à la dictature du tout-automobile et, d’autre part, à faire connaître aux citoyens réunionnais les combats de nos ancêtres contre l’esclavage.

Comme l’avaient annoncé le Cercle philosophique réunionnais (CPR) et le Comité réunionnais de promotion du vélo (CRPV), ce dimanche 18 décembre s’est déroulée une rando-mémoire à vélo du Port à Saint-Leu pour clôturer à la fois la célébration réunionnaise de la Journée mondiale de la Philosophie sous l’égide de l’UNESCO et "l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la Liberté", qui a organisé avec ses ami(e)s la révolte de nos ancêtres esclaves dans la région de Saint-Leu il y a 200 ans.
Le départ de cette randonnée à vélo a eu lieu vers 7 heures au stade Georges Lambrakis du Port. Il y eut ensuite une première halte commémorative au square du 18 Juin à Saint-Paul, entre la mairie et l’hôpital Gabriel Martin, où furent décapités en public 4 des 25 esclaves révoltés condamnés à mort par la Justice coloniale de l’époque.
Une seconde halte eut lieu place de la Mairie de Saint-Leu, devant le monument inauguré le 8 novembre dernier en hommage à ces révoltés. Les randonneurs sont arrivés vers 10 heures 30 à la ravine du Trou, sur le littoral, avec un rappel historique de la préparation de cette révolte dans les Hauts de la ravine. Le retour au Port fut un peu plus long en raison d’un fort vent de face, mais tout s’est bien déroulé et les participants ont notamment eu le bonheur d’être accompagnés par Huguette Védapodagom, une élue du Port, en voiture.

« Des héros du peuple réunionnais »

Toujours dans le cadre de la célébration de la Fête réunionnaise de la Liberté et de la clôture de "l’Année d’Élie", l’association Trans’Port Vélo Ville (T.V.V.) a également organisé une rando-vélo-mémoire ce mardi 20 décembre dans la ville du Port. Avec un départ à 7 heures devant le local de TVV, à l’entrée du Stade Georges Lambrakis.
Cette randonnée à vélo, dont le parcours a été réalisé par le guide Guy Jista, s’est déroulée dans les rues de la ville qui portent des noms d’esclaves marrons de notre pays et de militants anti-esclavagistes. À chacune de ces rues, un(e) cycliste a lu un texte sur la vie et l’œuvre de ces combattants de la liberté : Cimandef, Mafate, Dimitile, le Père Lafosse, Victor Schœlcher, Auguste Lacaussade, Sarda Garriga, Héva.
Puis les cyclistes ont rejoint le Hangar D2 dans l’enceinte portuaire du Port Ouest pour y visiter l’exposition "Jardim" consacrée au “Jardin de la Mémoire” sur l’Île du Mozambique, où sont passés une grande partie de nos ancêtres esclaves déportés d’Afrique. Ils y ont reçu un excellent accueil du créateur Karl Kugel, qui leur a fait visiter cette exposition très émouvante, en soulignant l’importance de faire connaître aux Réunionnais cet aspect de leur Histoire.

La résistance réunionnaise

À la fin de cette visite, les randonneurs sont allés voir à la Médiathèque Benoîte Boulard la projection du film de William Cally intitulé "Élie ou les forges de la Liberté", consacré à la révolte des esclaves en 1811. Là aussi, le public très nombreux a vécu ce moment avec beaucoup d’émotion, en admirant l’œuvre réalisée par ce cinéaste réunionnais avec des historiens comme Sudel Fuma. Celui-ci était d’ailleurs à côté de William Cally pour présenter le film et animer le débat très riche qui a suivi.
Comme l’a dit en clôture de cette rencontre le maire du Port, Jean-Yves Langenier, présent dans la salle avec d’autres élus, ce documentaire-fiction a notamment l’immense mérite de faire connaître aux Réunionnais un des nombreux événements très importants de la résistance réunionnaise à toutes les formes d’oppressions qui ont marqué leur Histoire. Et comme l’a dit un des cyclistes lors de ces randonnées, si nous voulons réellement être fidèles à ces combattants de la liberté, « alon kontinié pédalé ansanm et batay pou la libérasyon lo pèp rényoné ! ».

Correspondant


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