Culture et identité

"Amazin Kelt" ("Étranges Celtes") : un CD réunionnais

Le nouveau disque du groupe Renésens

Témoignages.re / 23 avril 2013

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Le groupe Renésens, lors d’un concert le 11 septembre 2010.

Renésens est né en 1998, année du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Tout un symbole pour ce groupe qui s’est surtout fait connaître par ses « maloyas celtiques » et l’inoubliable “Moin lé pa la èk sa”, chanté par Morgan, à peine âgé de 11 ans au moment de l’enregistrement du premier album, intitulé d’abord "Maloya Breizh", puis retitré "Pa la èk sa" lors d’un second tirage en l’an 2000.
En 2013, le groupe aura donc 15 ans d’existence. Il marque cet anniversaire par la sortie d’un nouveau CD, le cinquième, mis en circulation par Oasis-Studio depuis la fin 2012.

« Des influences multiples »

Avec "Amazin Kelt", Renésens sort de ses « classiques » auxquels il nous avait habitués. Ici, pas de maloya ou de séga accompagnés à la bombarde et à la cornemuse, mais uniquement du « celtique pur », oserait-on dire.
Dominique Aupiais, le concepteur de ce nouvel opus, se défend d’avoir produit des enregistrements de pure musique bretonne. « D’abord, la pureté en matière de culture et surtout de musique n’existe pas », affirme-t-il.
« Ce que certains considèrent comme des airs typiquement bretons s’inspire parfois plus de la musique irlandaise, voire française ancienne ou même berbère. Les modes musicaux trahissent ces influences multiples », ajoute-t-il.

Des résonances du Maghreb

« Autrefois, la plupart des airs traditionnels bretons se jouaient uniquement en majeur. Aujourd’hui, beaucoup de morceaux s’interprètent en mineur et en mode oriental arabe », conclut Dominique Aupiais.
C’est ce que l’on ressent bien à l’écoute de "Amazin Kelt". Le disque fait voyager à travers l’univers insoupçonné des Celtes anciens et de ceux d’aujourd’hui.
Sur ce nouveau CD de Renésens, la "Ridée de Blanche Couronne" prend des résonances du Maghreb. Le magnifique "Cantique de Saint Hervé" nous plonge dans l’atmosphère médiévale ; et pour cause, c’est une composition du 6ème siècle de notre ère.

"Renésens i larg pa"

Les "Frontières de sel" nous entraînent bien au-delà des rivages de l’Atlantique Nord. Mais le morceau le plus étrange reste "Renésens i larg pa". Sur un air et des rythmes latino-américains de Paolo Aupiais, son père, Dominique, nous donne rendez-vous dans l’au-delà pour retrouver l’autre fils, décédé à Nosy Be (Madagascar) en 2005. Et en attendant, il nous fait partager la mémoire, « sa mémoire de Damien », ce diamant noir — pierre quasiment introuvable — présent mythique, que l’esprit malgache de Damien nous adresse secrètement depuis la Grande Ile.
« Gasy Fanahinao Damien », ont gravé les paroissiens d’Ambatoloaka sur une plaque de palissandre, remise à son père en même temps que la dépouille du fils pour son rapatriement à La Réunion le 13 mai 2005. Traduisez : « Ton âme est malgache Damien ! ».

La résistance créole réunionnaise

La mémoire des peuples est si importante pour un historien. Elle est la reconnaissance de la vie, de la lutte, de la résistance personnelle et communautaire à toutes les oppressions.
Cet album réunionnais si curieux, "Amazin Kelt", c’est la résistance celtique qui sous-tend la résistance créole réunionnaise, la résistance malgache, comme celles de tant d’autres pays en lutte contre l’hégémonie culturelle internationale.

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Avec "Amazin Kelt", Renésens sort de ses « classiques » auxquels il nous avait habitués.

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Morgan avait 11 ans lorsqu’est né le groupe Renésens, qui s’est surtout fait connaître par ses « maloyas celtiques » et l’inoubliable “Moin lé pa la èk sa”, chanté par lui-même.


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