Culture et identité

Appel pour une bibliothèque panafricaine à la mémoire d’Alioune Diop

Mémoire et civilisations

Témoignages.re / 6 mai 2010

Le philosophe burkinabé Lazare Ki-Zerbo a préconisé mardi la création d’"une bibliothèque panafricaine" pour "réactualiser" le projet de Alioune Diop, fondateur de la maison d’édition Présence africaine (PA).

Un colloque international s’est ouvert lundi à Dakar sur le thème : "Alioune Diop, l’homme et l’ ?uvre face aux défis contemporains", organisé par la Communauté africaine de culture (CAC) et se poursuit jusqu’à mercredi dans la capitale sénégalaise.

M. Ki-Zerbo a appelé à "la création d’une bibliothèque panafricaine qui ne serait pas un simple bâtiment", mais un outil pouvant "contribuer à lever des forces marginales pour dynamiser et repousser davantage les espaces de libertés".

Selon lui, la réalisation d’une telle initiative peut permettre aux hommes de culture et décideurs africains de retrouver un espace qui pourra permettre de "réfléchir sur les conditions d’actualisation du projet d’Alioune Diop" pour le panafricanisme.

Né en 1910 à Saint-Louis du Sénégal et mort en 1980 à Paris, le fondateur de PA a incarné "l’énigme du révolutionnaire tranquille", a déclaré M. Ki-Zerbo, qui est par ailleurs, le Secrétaire exécutif du Comité international Joseph Ki-Zerbo.

Auparavant, l’écrivain guinéen Tierno Monénembo, lauréat du Prix Renaudot 2008, est revenu sur le rôle d’Alioune Diop dans l’éveil des consciences des jeunesses africaines et le qualifiant de "trésor" et "bâtisseur".

Selon Monénembo, le fondateur de PA fait partie de "ces rares personnes qui nous auront laissé quelque chose de valorisant, d’impérissable, qui nous soulage du chaos ambiant et qui nous venge des imposteurs et des tyrans".

En créant PA en 1947, a-t-il noté, "Alioune Diop a donné un abri à notre jeune littérature encore toute embryonnaire, en nous débarrassant de nos complexes, en nous réconciliant avec nos propres réalités et en forgeant notre personnalité".

"Nous avons tous reçu des enseignements hérités des mêmes maîtres", a déclaré pour sa part le professeur d’histoire africaine post-coloniale à la Sorbonne, en France, Mme Catherine Coquery-Vidrovitch qui rendait aussi hommage au fondateur de PA.

"C’est bel et bien Alioune Diop et son équipe de Présence africaine qui ont revendiqué et expliqué pourquoi il revenait désormais aux Africains de parler en leur nom pour eux et à partir de leur culture, de leurs arts", a rappelé l’historienne française.

"Présence africaine a jeté les bases d’une histoire africaine repensée, reconstruite, à la fois totale et non sectaire", a-t-elle ajouté, regrettant cependant que "peu de Français à l’époque encore moins aujourd’hui rendent à Alioune Diop ce qui lui revient".


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