Culture et identité

C’est à nous de partager et de transmettre

Ernaud Iafare, militant moringueur

Cinthia Fontaine / 10 janvier 2011

Rencontre avec un militant du moringue et du maloya, Ernaud Iafare. Depuis une quinzaine d’années, il donne de son temps sans compter pour que tous les Réunionnais puissent avoir accès à cet art ancestral.

Qui êtes vous ?

- Je m’appelle Ernaud Iafare, je viens de Villèle. Je suis animateur de moringue depuis 1996. Maintenant je suis dans la culture, le maloya et surtout pour moi, le moringue.

Comment avez-vous découvert le moringue ?

- En 1994, au musée de Villèle, il y avait une association qui s’appelait Kan Villèle. En collaboration avec le musée, il y avait un projet pour le 20 décembre sur le thème du café et du moringue. Nous avons travaillé sur une exposition sur le moringue. C’est là que j’ai rencontré Jean-René Dreinaza. Il est venu nous enseigner la pratique du moringue, son histoire. Comme nous ne connaissions même pas ce qu’était le moringue, il nous a emmenés sur ses traces.
Avant cela, je n’avais jamais entendu parler du moringue, c’est grâce à ce boug là que j’ai découvert les techniques de cet art ancestral. Donc en 94, nous avons créé un spectacle, d’abord pour Villèle, puis nous l’avons présenté un peu partout à La Réunion. Après ce spectacle nous avons décidé de monter un dossier afin de présenter et faire connaitre cet art ancestral qui avait disparu des mémoires. Nous l’avons présenté au ministère de la jeunesse et des sports afin de faire reconnaitre le moringue et créer un BAPAAT art et tradition populaire, spécifique moringue.
En 1996 a eu lieu la reconnaissance du moringue par le ministère de la Jeunesse et des Sports et une formation BAPAAT moringue a été faite avec des jeunes de Villèle et de toute l’île. Après 1 an de formation, nous avons obtenu notre diplôme. Après, je suis parti plus sur la culture, les traditions, le moringue et le maloya. Grâce à cela, nous avons pu faire profiter d’autres associations afin de faire connaitre cette discipline à la fois sportive, culturelle et ancestrale. A l’époque c’était le hip hop qui était à la mode. La découverte du moringue m’a permis de découvrir le maloya, car dans le moringue, il faut jouer des percussions. Après est venu le chant et le maloya, les deux disciplines sont liées. Nous avons été des pionniers en quelque sorte car à l’époque peu de Réunionnais connaissaient le moringue. Sauf peut-être ban gramoun, les mémoires vivantes, mais ils gardaient leur savoir pour eux et au fur et à mesure, il disparaissait.
Nous les jeunes de Villèle, nou l’a œuvré pour la reconnaissance et la médiatisation du moringue. Grâce à cela, nous nous sommes rapprochés de notre culture, notre mémoire et de nos ancêtres. La société de consommation avait agi comme un sérum et nous avait fait oublier notre passé.

Et le maloya ?

- Depuis 5, 6 ans, je suis plus attiré par le maloya. Ce sont nos ancêtres qui ont fait ça, il y en a qui ont gagné le coup, qui sont mort pour le maloya. Cé un zaffaire lé à nou, l’identité La Réunion. C’est grâce à ça que nous pouvons avoir des échanges, discuter, s’ouvrir sur le monde. Nous devons continuer ce combat. Il ne faut pas oublier que le maloya a deux côtés, le festif et le cultuel. C’est un moyen de communiquer avec les ancêtres et ça nous ne devons pas l’oublier.

Après le moringue à Villèle, il y a eu Trois Bassins.br />
- Pour nous le moringue, c’est notre cheval de bataille. Il faut que dans toutes les communes de La Réunion, on puisse pratiquer le moringue. C’est une discipline à la frontière entre le sport et la culture. C’est le seul sport que nous avons qui appartienne vraiment aux Réunionnais.
C’est à nous de le développer pour que les jeunes s’insèrent vraiment dedans et dans leur identité culturelle. Depuis 2003, nous avons développé le moringue au sein d’une association appelée "Coco l’enfer", surnom d’un moringueur des années 20. En plus d’occuper les jeunes, le moringue est une valorisation de notre tradition. Pou di à zot ou sa nou sorte, ki sa nou lé, nout zorigine.
A partir de là, y permet à nou de retrouver nos origines africaines, malgaches, et de parler de nos ancêtres esclaves, de comment ils sont arrivés là, de notre histoire. C’est important pour la jeunesse de connaitre son passé, et ce seront eux les témoins pour transmettre cet héritage. C’est à nous aujourd’hui de partager et de transmettre. C’est une fierté constructive. Souvent les gens ont la fierté mai lé pour détruire. Malgré les sacrifices, c’est notre tâche de continuer ce travail de transmission.
Aujourd’hui nous devons continuer à nous battre pour remettre en place un brevet fédéral comme un BAPAAT moringue afin de donner une voie à cette jeunesse. Le dernier a eu lieu en 96, c’est trop long. Mais il faut aussi savoir donner de sa personne, faire du bénévolat, il ne faut pas attendre que le frigo soit plein, il faut être présent. Si nou veu plu doné, nou lé perdu. Le moringue, c’est plus qu’un sport, c’est un art de vivre, une manière de voir les choses, un comportement. Il est bon pour toute la jeunesse, pas seulement celle qui éprouve des difficultés. Il permet de se canaliser. Quand nous sommes dans le rond, chacun est pied nu, il laisse ses savates, ses nike en dehors et toute lé égal.
Le moringue est aussi un facteur de rapprochement avec la zone océan Indien. J’ai eu la chance de participer avec les jeunes à des échanges avec les Comores et Madagascar. Cette année, nous avons comme projet avec le musée de Villèle de partir au Mozambique pour débuter la route du Moringue.

Vous faites aussi partie du groupe "L’esprit", pouvez-vous nous en parler ?

- Au départ, "L’esprit" c’était une bande de copains. Je les ai rejoints en 96. Au début, c’était surtout de percussions africaines avec les djembés. Puis nous avons créé l’association. Peu à peu l’association "L’esprit" a pris l’habitude d’accompagner les moringeurs lors des démonstrations. Les instruments se sont ajoutés, rouleur, tambours, kayamb… et nous nous sommes tournés plus vers le maloya. Mais les deux se renforçaient l’un l’autre. Comme le moringue, nous avons voulu partager ce savoir et l’approfondir. Maintenant "L’esprit" c’est aussi un groupe qui se produit sur toute l’île.

Propos recueillis par CF


Cours de percussions

- Avec l’association et le groupe "L’esprit"
Le mardi et le jeudi de 17h30 à 19h30 au CASE de l’Ermitage les Hauts

Cours de moringue

- Avec l’école Maracas
Le lundi et mercredi de 18h à 20h à la salle polyvalente de l’Eperon

- Avec "Vue Belle Moring"
Le mardi de 19h30 à 22h à Plateau Caillou

- Avec l’association "Coco l’enfer"
Le mercredi de 17 à 22h à l’espace culturel de Trois Bassins (de 17h à 19h, percussions et de 10 à 22h moringue)
Le vendredi de 18h à 20h à la salle de la Grande Ravine

La cotisation est fixée à 20 euros l’année, les cours reprennent à la rentrée.
Pour tous renseignements Ernaud Iafare au 0692 60 25 50



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Messages






  • Comme nous avions reçu de nos ancêtres cet enseignement de ce que nous sommes, au sujet de notre identité réunionnaise, sans oublier notre culture toute particulière.

    Je pense qu’il est de notre devoir et qu’il nous appartient de transmettre ces connaissances qui nous ont été léguées par nos aïeuls.

    Pour ma part, même si je vis depuis fort longtemps en Métropole, je n’ai jamais eu de cesse que de transmettre l’amour de mon pays à mes quatres enfants

    Thierry MALET

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