Culture et identité

"Christine Salem, la pasionaria du maloya"

La culture réunionnaise à l’honneur dans les colonnes de "l’Humanité"

Témoignages.re / 15 mars 2013

Le 8 mars dernier, notre confrère "l’Humanité" a diffusé une édition spéciale en l’honneur de la Journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, six rédactrices en chef ont assuré la direction du journal, dont Marie-George Buffet, ancienne secrétaire nationale du PCF, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et Porte-parole du gouvernement.
Dans la rubrique Culture de ce jour-là, notre confrère a accordé une large place à une femme réunionnaise, Christine Salem. Au travers de l’hommage rendu à notre compatriote, c’est tout le maloya qui est valorisé. Voici cet article.

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Née un 20  décembre, jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage, l’artiste perpétue et renouvelle la musique héritée des esclaves.

Dans le sillage de Danyel Waro et de Gilbert Pounia, leader de la formation Ziskakan, Christine Salem se dédie au maloya de ses ancêtres. Rare femme leader dans une musique ostracisée durant des décennies, elle a imposé son talent d’airain et sa sensibilité à fleur de voix. «  Au départ, le maloya est une musique interdite aux femmes, rappelle-t-elle. Mais personne ne me dicte ce que je dois faire. Me consacrer au maloya a été une nécessité pour moi ».

Fort attendue pour son concert parisien, elle publie un album incandescent, Salem Tradition, sur Cobalt. Fondateur de cet essentiel label, Philippe Conrath l’a programmée à plusieurs reprises à Africolor. Le 8  décembre, le festival du 9-3 offrait une soirée d’enchantement, avec la rencontre entre la pasionaria réunionnaise et Moriarty. Le bonheur de cette accolade musicale se prolonge dans Salem Tradition, où le groupe franco-américain est convié sur plusieurs titres. «  Thomas, harmoniciste de Moriarty, a été notre régisseur dans le passé. Puis, Moriarty a été programmé à La Réunion, où nous nous sommes rencontrés. Rosemary est revenue en vacances. Et l’idée a germé. Nous avons pris le temps de nous découvrir, tester des choses. C’est avant tout une rencontre humaine. Nous venons de donner trois concerts à La Réunion, tous complets ! Aujourd’hui, nous partons en Australie pour le Womadelaïde et ferons quelque chose ensemble là-bas  ».

Moriarty, résidant à l’étranger, ne pourra venir au Théâtre des Abbesses. «  À ce concert, nous reprendrons des chansons plus anciennes et, bien sûr, des titres de Salem Tradition, précise Christine. Ce disque aborde des sujets sociaux qui me préoccupent. Il rend hommage à mes ancêtres, parle de spiritualité, fustige la malveillance… Il met aussi à l’honneur les personnes qui se sont battues pour le maloya ».

Cela sonne comme un symbole, l’égérie du maloya est née un 20  décembre, jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, promulguée en 1848 et fêtée par les Kaf, la population d’origine africaine. Est-ce ce père qu’elle n’a pas connu et, semble-t-il, accordéoniste, qui lui chuchota si tôt la liberté possible par la musique ? Elle qui a grandi dans le quartier défavorisé des Camélias, à Saint-Denis de La Réunion, a découvert le maloya à l’âge de huit ans. «  Le maloya la trap a moin ! J’ai été envoûtée par le son du tambour roulèr. J’ai commencé à jouer vers dix, onze ans ». Il suffit d’écouter la densité de sa voix grave, comme surgie des entrailles de la terre et de la mémoire, de s’abandonner aux fines crépitations de son kayamb (percussion héritée des esclaves des plantations de cannes à sucre et porteuse de leur rébellion). Et la transe libératrice s’empare lentement de nous, comme si, à travers la grande Salem, les marrons en résistance nous interpellaient sur le monde d’aujourd’hui.

En concert à Paris

Salem Tradition est en concert le 16 mars à Paris, au Théâtre des Abbesses.


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