Culture et identité

Cinq jours pour vivre les beautés naturelles de l’île

Fête de la Nature

Cinthia Fontaine / 11 mai 2012

La 6ème édition de la Fête de la Nature se déroulera partout en France du 9 au 13 mai. Cinq jours pour (re)découvrir les trésors naturels et plus particulièrement les oiseaux des régions de France et d’Outre-mer.

La Fête de la Nature est un événement national qui propose aux Français de célébrer la nature à travers plusieurs milliers de manifestations gratuites organisées par des professionnels ou des bénévoles qui ont pour mission de protéger et de valoriser la nature et de veiller au maintien de la biodiversité, des collectivités locales, des particuliers passionnés…
Cette opération a été lancée en 2007 par le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et par le magazine de la nature “Terre Sauvage”. Depuis sa création, la Fête de la Nature repose sur un réseau de partenaires reconnus et impliqués dans la préservation de la nature. Elle a été imaginée par des amoureux de la nature pour donner à tous l’envie de veiller au maintien de la biodiversité, de (re)découvrir les richesses de la nature et de s’émerveiller à son contact.
Chaque année, elle donne lieu à plusieurs milliers de manifestations autour d’une thématique fédératrice. Le thème choisi cette année est de mettre les oiseaux à l’honneur, un clin d’œil à la Ligue pour la Protection des Oiseaux qui fête cette année ses 100 ans d’actions.
Ouverte à tous, cette fête s’adresse aux particuliers, associations, entreprises, collectivités territoriales… Depuis sa création, elle invite les organisateurs de manifestations à les rendre accessibles au plus grand nombre et notamment au public en situation de handicap.
À La Réunion, le Conseil général est un acteur incontournable dans la préservation des milieux naturels uniques de l’île. Il est le premier propriétaire forestier de l’île en surfaces (environ 95.000 hectares) et principal financeur avec l’Europe des programmes de travaux mis en œuvre par l’Office national des forêts (ONF). Il anime par ailleurs 23 Espaces naturels sensibles (ENS) représentant 4.900 hectares de milieux terrestres, auxquels il faut ajouter 3.500 hectares d’espace maritime que couvre la Réserve marine. Ces sites sont gérés par des associations, des communes et un GIP qui met en œuvre le Plan départemental des itinéraires de promenades et randonnées (PDIPR) (850 km de sentiers).
Les 130 sites forestiers aménagés et les 16 ENS ouverts au public accueillent respectivement chaque année près de 3 millions et 30.000 visiteurs.
C’est donc tout naturellement que le Conseil général sera un interlocuteur essentiel lors de cette 6ème édition et qu’il proposera aux Réunionnais des visites guidées gratuites sur les Espaces naturels sensibles, ses forêts, ses récifs coralliens et bien d’autres trésors de notre patrimoine naturel.
Site de valeur planétaire sur le plan patrimonial, La Réunion possède 130 types de milieux naturels. Cette richesse est le fruit d’une longue évolution naturelle. Située dans l’océan Indien à environ 600 km à l’Est de Madagascar, La Réunion est une des trois îles des Mascareignes avec Rodrigues et Maurice. D’origine volcanique, ces îles océaniques n’ont donc jamais été liées à un continent et possèdent par conséquent un peuplement végétal primitif totalement original. Celui-ci dérive d’espèces venant de sources extérieures dont certaines ont évolué sur place en s’adaptant aux conditions environnementales locales, donnant ainsi de nouvelles espèces endémiques de l’île.
L’île de La Réunion, avec près de 30% de sa surface encore recouverte par des forêts indigènes contre à peine 5% à l’île Maurice, constitue l’unique vestige bien conservé de ce qu’était la flore des Mascareignes. 370 espèces floristiques sont endémiques des Mascareignes, dont 160 strictement endémiques de La Réunion (on ne les trouve que sur l’île et nulle part ailleurs).

La Réunion « hot spot » de la biodiversité mondiale

Quel est l’intérêt de conserver une forêt alors que l’espace pourrait servir à la construction de commerces ou d’industries, générateurs d’emplois et sources de bénéfices ?
Qu’est-ce que la biodiversité ? La biodiversité désigne à la fois tous les êtres vivants de la planète ainsi que les différences qui rendent chaque espèce unique. Elle est à la base du fonctionnement des écosystèmes, qui nous apportent de la nourriture, de l’oxygène, régulent le climat... Elle joue également un rôle essentiel pour permettre aux écosystèmes de réagir et de s’adapter aux perturbations diverses (incendies, tempêtes…). À ces considérations purement scientifiques s’ajoutent des facteurs économiques. La biodiversité est un réservoir de molécules d’intérêt pharmaceutique, d’aliments, de produits d’industrie, elle encourage le tourisme. Son rôle affectif pour notre bien-être ou pour l’art est sans doute le moins perçu.

La Réunion et ses oiseaux

Les îles tropicales sont les lieux du plus forts taux d’extinctions des espèces. Plus de 50% des forêts tropicales ont été détruites en 20 ans depuis 1970. Parmi les 126 espèces d’oiseaux disparues au cours de ces 300 dernières années, 90% étaient des espèces insulaires.
Bien que les îles représentent seulement 5% des surfaces émergées, elles hébergent environ 17% des espèces d’oiseaux actuelles et plus de 90% des extinctions d’espèces d’oiseaux enregistrées depuis 1600 sont des oiseaux insulaires. D’une autre manière, les espèces des îles ont prouvé être 40 fois plus vulnérables aux extinctions dans les 400 dernières années que les espèces continentales.
La vulnérabilité particulière des espèces endémiques des îles est attribuable principalement à leur aire de distribution réduite (les rendant vulnérables à des évènements de destruction locaux) et les petites tailles de populations qui leur sont associées (augmentant l’importance de la perte de quelques individus).
À La Réunion, les peuplements d’oiseaux anciens ont pu être bien étudiés à partir des récits des premiers explorateurs (depuis le XVIème siècle) et des recherches sur les ossements subfossiles.
Ainsi, pas moins de 18 espèces d’oiseaux se sont éteintes au cours de ces 3 siècles et essentiellement au cours du premier siècle d’installation de l’Homme. À cela s’ajoute 4 espèces qui étaient nicheuses et ont disparu depuis.
Actuellement, le peuplement d’oiseaux de l’île compte 19 espèces indigènes, dont 11 taxons sont endémiques (9 espèces et 2 sous-espèces). A cela s’ajoute une espèce encore présente sur l’île de Maurice, mais absente sur La Réunion. En parallèle, les hommes ont introduit et jusque de manière récente de nombreuses espèces exotiques. Aujourd’hui, 20 espèces introduites ont fait souche et se maintiennent plus ou moins dans le paysage de l’île de La Réunion.

Cinq espèces menacées à différents degrés

Les statuts de conservation établis au niveau international montrent que deux espèces sont en danger critique d’extinction : l’Echenilleur de La Réunion, Coracina newtoni, et le Pétrel noir de Bourbon, Pseudobulweria aterrima. Trois espèces sont en danger d’extinction : le Busard de Maillard, Circus maillardi, et le Pétrel de Barau, Pterodroma baraui. La population de la Perruche des Mascareignes, Psittacula echo, quant à elle, a disparu de l’île de La Réunion depuis le XVIIème siècle et survit sur l’île Maurice.
La SEOR met en place pour chacune de ces espèces menacées des programmes de conservation qui ont pour objectif de mettre en place pour chaque espèce non seulement un suivi scientifique, mais aussi d’agir directement sur les causes identifiées qui sont à l’origine du déclin de la population.
Au niveau de la protection des espaces, l’île a été très en retard sur la désignation d’espaces à protéger : la première Réserve naturelle date de 1981, Réserve naturelle de Mare Longue, 68 hectares seulement, qui protège une forêt humide de basse altitude et n’héberge pas les espèces citées ci-dessus. En 1999, la Réserve naturelle de la Roche Ecrite, 3.635 hectares, a été mise en place pour couvrir l’essentiel (plus de 90% de la population relictuelle de l’Echenilleur de La Réunion — moins de 26 couples en 2006). Depuis, la Réserve marine des lagons de La Réunion et la Réserve naturelle de l’Etang de Saint-Paul (plus de 400 hectares) ont été créées en 2007 et 2008, mais ne concernent que ponctuellement les espèces menacées au niveau international.
En mars 2007 a été créé le Parc national de La Réunion, qui s’étend sur 30% de la surface totale de l’île et sur une majorité des habitats primaires réunionnais. Le Parc national contient 100% de la population d’Echenilleur, 100% des colonies de reproduction des Pétrels de Barau (qui survolent quotidiennement des zones non protégées pour regagner l’océan), peut-être les sites de nidification du Pétrel noir de Bourbon (sites inconnus actuellement) et environ 40% de la population nicheuse du Busard de Maillard. Plusieurs sites permettent de voir les oiseaux dans leur milieu naturel à La Réunion.

Où voir ces oiseaux

Toutes ces espèces sont visibles dans la Réserve de la Roche Ecrite. Avec un peu de patience, seront au rendez-vous : Oiseau-lunettes blanc, Oiseau-lunettes vert, Bulbul de La Réunion, Tarier de La Réunion, Terpsiphone de Bourbon, et même le très rare Echenilleur de La Réunion dit Tuit-tuit !
Le Grand Etang, dans les Hauts de Saint-Benoît, est un autre site très intéressant pour l’observation des oiseaux forestiers. Vous aurez sans doute la chance d’apercevoir les oiseaux cités ci-dessus (sauf le Tuit-tuit, endémique de la forêt de la Roche Ecrite). Le Papangue est souvent au rendez-vous…
Pour observer les oiseaux d’eau comme la Poule d’eau, le Héron strié, et des espèces de passage, les limicoles migrateurs (principalement entre août et janvier), rendez-vous à l’étang du Gol, avec plusieurs points d’observation.
Vous pourrez également voir de nombreuses espèces introduites à La Réunion comme le Foudi de Madagascar, le Tisserin gendarme, le Moineau domestique, l’Astrild ondulée, le Capucin damier, le Bulbul orphée, le Martin triste, la Tourterelle striée et la Veuve dominicaine. Bien que plus difficiles à observer, vous pourrez rencontrer l’Hémipode de Madagascar, la Tourterelle malgache ou encore la Caille de Chine. En fin de journée, l’embouchure est, de septembre à mars, un site idéal pour voir les Pétrels de Barau regagner les sommets de l’île : ils se rassemblent au large et prennent de l’altitude.
Pour voir des oiseaux marins (Noddi brun, Paille en queue, Pétrel et Puffin), rendez-vous à Petite-Île et sur la côte Sud de l’île. Le rocher de Petite-Île héberge la plus grande colonie de reproduction de Noddi brun. Munissez-vous de jumelles et préférez la fin de journée pour observer ces oiseaux.
Entre octobre et mars, vous pouvez observer, en fin de journée, les Pétrels et Puffins qui se rapprochent des côtes. Après une journée de pêche en pleine mer, ces oiseaux rejoignent leur terrier dans les falaises et sommets de l’île pour nourrir leurs petits. Ils attendent la tombée de la nuit pour remonter dans les ravines de l’île. On peut voir, avant le coucher du soleil : Pétrels de Barau, Puffins de Baillon et Puffins du Pacifique voler au ras des vagues.

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