Culture et identité

Commémoration dans toute la République

Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

Céline Tabou / 11 mai 2011

Pour la première fois depuis 2008, le chef de l’État a célébré la Journée commémorant l’abolition de l’esclavage. A un an de la Présidentielle, et en pleine Année de l’Outre-mer, Nicolas Sarkozy a décidé de présider la cérémonie à l’occasion de cette Journée nationale de l’esclavage, qui correspond également au dixième anniversaire de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Une stèle rendant hommage aux victimes de l’esclavage a été dévoilée à la fin de la cérémonie.

Cette journée est marquée par plusieurs célébrations à Paris, ou Nantes, où les manifestations ont commencé dès le week-end dernier en présence de la députée de Guyane, Christiane Taubira, rapporteuse de la loi qui a fait reconnaître par la République l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. De nombreuses manifestations ont marqué ce jour, dans la capitale, en France, et dans l’Outre-mer. Ainsi, dans chaque département devait être organisée au moins une cérémonie.

L’esclavage comme crime contre l’humanité

François Vergès, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CMPHE), a estimé que l’éducation et la médiation sont les clés « pour faire reculer le racisme, pour respecter toutes les mémoires et pour valoriser les apports de tous ceux qui ont contribué à faire vivre les principes qui fondent la démocratie et la République ». Et alors que, « depuis 10 ans, il existe une vraie soif de connaître et de comprendre », cette dernière a expliqué qu’« un seul effort collectif » pouvait réussir à « mettre fin au long silence de la Nation sur ces siècles d’histoire ».
A Paris, des centaines de personnes ont participé à une cérémonie de commémoration place du général Catroux (XVIIème arrondissement), devant un mémorial dédié au général Alexandre Dumas, père de l’écrivain, par l’Association des amis du général Dumas, la Ville de Paris, l’Ambassade des États-Unis et l’UNESCO. A Bordeaux, le maire Alain Juppé a présidé au parc Toussaint Louverture une cérémonie pour « dire la vérité » sur le passé de « port négrier » de la ville, évoquant cette « tache sur la mémoire de Bordeaux », cette histoire « honteuse, parfois occultée », a indiqué l’Agence France Presse.

Nantes, passerelle de l’esclavage

Christine Taubira a visité, en compagnie du député-maire socialiste de Nantes Jean-Marc Ayrault, le chantier du futur Mémorial de l’abolition de l’esclavage, construit au bord de la Loire, sur le quai de la Fosse, d’où partaient les bateaux du commerce « triangulaire ». « Cette histoire a existé, elle ne nous écrase pas, elle nous donne de l’empathie pour le monde d’aujourd’hui », a déclaré la députée en sortant de l’édifice, tout en longueur, à moitié enterré et prenant ses appuis dans la Loire, en béton brut et pierres sèches. De son côté, Jean-Marc Ayrault a souligné qu’il ne s’agissait « pas d’une démarche de repentance », mais d’une recherche de « la conscience de ce qui s’est passé avant nous ».
« Nantes fut la capitale de la traite négrière en France : elle organisa 43% des expéditions négrières françaises et ses navires déportèrent environ 450.000 captifs noirs vers les colonies d’Amérique », selon le dossier de presse diffusé à cette occasion. Le Mémorial doit être achevé et inauguré à la fin de 2011.

Céline Tabou


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