Culture et identité

Commémoration du 10 mai avec MCUR-RCA

Tous au Parc Boisé du Port dimanche à 9 heures

Témoignages.re / 7 mai 2010

À l’occasion d’une conférence de presse, l’Association MCUR-Recherche, culture, action, a appelé au rassemblement au Parc Boisé (Le Port), dimanche 9 mai de 9h à 12h30 pour célébrer le 10 mai, journée nationale de commémoration de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions. Ce jour représente la reconnaissance par la loi par une ancienne puissance esclavagiste, la France, de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. C’est une première mondiale qui est le résultat d’une initiative venant des régions de la République qui ont eu à vivre sous le régime de l’esclavage pendant des siècles. Comme tous les ans depuis 2006, ce 10 mai sera célébré grâce au travail de l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.

La cérémonie organisée dimanche réunira de nombreux artistes (conteurs, maloyeurs, moringueurs, slameurs, danseur,...) et des volontaires qui liront les portraits d’hommes et de femmes, qui « ont défendu les idéaux de liberté et d’égalité », afin de rendre un « hommage à ces combattants de la liberté ».
Le 10 mai est la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage, et de son caractère de crime contre l’humanité. Cette célébration fait suite à la proposition des élus PCR, Élie Hoarau, Claude Hoarau et Huguette Bello, en 1998. Le texte a été repris par la député PS Christine Taubira, qui propose la loi à l’Assemblée national et au Sénat. Les deux institutions votent à l’unanimité la loi Taubira, le 25 mai 2001.
Cette loi Taubira "reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité". Sur proposition du Comité pour la mémoire de l’Esclavage créé par cette loi, l’État a institué la date du 10 mai comme Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et des abolitions.
La date du 10 mai a été choisi parce qu’elle ne renvoie à aucune autre commémoration. Selon le rapport 2005, du Comité pour la mémoire de l’esclavage, intitulé "Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions" rappelle les avantages de cette date du 10 mai. Il s’agit d’une "prise en compte de la globalité du fait esclavagiste ; de l’aboutissement d’un mouvement et d’une réflexion large et internationale sur les effets de la traite et de l’esclavage. Elle permet plusieurs entrées dans la mémoire de l’esclavage par le présent des discriminations raciales, par le présent d’une réflexion sur l’Afrique, par le lien fait avec les luttes des Africains-Américains, des Caribéens, des Brésiliens, des Africains pour une reconnaissance de cette première globalisation du monde opérée par la traite et l’esclavage".
Le rapport ajoute que le 10 mai "offre une large palette d’approches et de points de vue. Chronologie sur quatre siècles, focus sur des régions (Afrique, Antilles, océan Indien, Europe), leurs spécificités, leurs liens complexes, sur l’histoire singulière de Haïti, sur des personnages (Saint-George, Solitude, Delgrès, Olympe de Gouges, Toussaint Louverture, Schoelcher, Rosa Parks...) ou des épisodes historiques (reconstitution du trajet d’un navire négrier ayant existé, rétablissement de l’esclavage en 1802...)".

Reconnaissance d’un crime contre l’humanité

Carpanin Marimoutou a rappelé hier les deux dates fondamentales pour l’Histoire de La Réunion, et de France. « Le 20 décembre (Fête réunionnaise de la Liberté, NDLR) est une fête réunionnaise, qui célébré l’abolition de l’esclavage. Le 10 mai est une reconnaissance de la part de l’État français pour le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage ». « La France est la première nation a avoir reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité, par la suite des pays comme les États-Unis, le Sénagal, ont suivi le mouvement et voté une loi indiquant l’esclavage comme crime », a ajouté Carpanin Marimoutou.
Les membres de la MCUR-RCA ont rappelé les actions menées autour de cette date par le Comité pour la mémoire de l’esclavage auprès du gouvernement. Parmi elles, le Comité est parvenu à mettre en place "Le prix de thèse du CPME", qui offre une enveloppe de 7.000 euros au travail de recherche relatif à la traite, l’esclavage et leurs abolitions. Concernant l’enseignement de l’esclavage dans les établissements scolaires et universitaires, et la publication d’ouvrages pédagogiques relatant l’esclavage, ces deux axes ont été lancés par le gouvernement et acquièrent progressivement leur place dans les manuels scolaires. Le Comité est également parvenu à la création en 2008, d’un centre de recherche sur l’esclavage affilié au CNRS, appelé "Centre international de recherches sur les esclavages CIRESC (GDRI du CNRS)". En 2005, le comité a demandé à la direction des musées de France, la réalisation d’un inventaire des objets relatifs à la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions.

Céline Tabou


L’action de MCUR-RCA

L’Association MCUR-Recherche, culture, action, créée après la décision du nouveau président de la Région Réunion, Didier Robert, de dissoudre la Maison des civilisations et de l’unité Réunionnaise, a décidé de poursuivre les actions menées depuis 2006 concernant le 10 mai. « L’objectif est que les Réunionnais, et Réunionnaises se réapproprient le projet, et célèbrent le 10 mai », a indiqué Carpanin Marimoutou, président de l’Association MCUR-RCA.
« L’esclavage ne concerne pas que La Réunion, ni même seulement l’Outre-mer, mais une nation toute entière. Et même l’humanité toute entière ! Il nous faut construire une mémoire partagée », a expliqué le président de la MCUR-RCA.
Les 100 fiches biographiques établies par l’aquipe scientifique et culturelle de la MCUR rendent hommage aux hommes et aux femmes (esclaves, politiciens, penseurs, colons…) qui ont défendu la liberté dans le monde entier, et se sont élevés contre la traite négrière et pour l’abolition de l’esclavage.
Le décision de la nouvelle direction de la Région a donné une nouvelle orientation au projet MCUR. L’association MCUR-RCA a en effet demandé à la collectivité un transfert de maîtrise d’ouvrage afin que d’autres collectivités intéressées puissent faire aboutir le projet.


Le Comité pour la mémoire de l’esclavage

Le Comité pour la mémoire de l’esclavage (CPME) a été fondé par le décret du 5 janvier 2004, en application de l’art. 4 de la loi du 10 mai 2001, tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. Le CPME réunit des "personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants d’associations défendant la mémoire des esclaves, chargé de proposer, sur l’ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations".
Le CPME est a pour mission d’informer le Gouvernement sur des "questions relatives à la recherche, l’enseignement, la conservation, la diffusion ou la transmission de l’histoire et des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition". Le comité propose également des commémorations ; des événements nationaux ou internationaux liés à l’histoire de la traite, de l’esclavage et de leur abolition ; une identification des lieux de mémoire, des institutions, des musées, des centres d’interprétation et des structures de recherche relatifs à ces thèmes ainsi que leur mise en réseau, y compris avec leurs homologues étrangers ; des actions de sensibilisation et de diffusion et les ressources documentaires pour mieux faire connaître l’histoire de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, leur patrimoine archivistique et muséal, leur héritage, auprès du public le plus large, en particulier du public scolaire ; des initiatives communes aux États de l’Union européenne, et aux autres États concernés par la traite et l’esclavage, afin de favoriser les recherches, leur vulgarisation, et des commémorations partagées ; et un recueil d’éléments et les travaux de toute nature liés à la mémoire de la traite et de l’esclavage.
En 2009, le CPME devient le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage. Il est présidé par Françoise Vergès. http://www.cpmhe.fr/


Les précédents 10 mai à La Réunion

C’est en janvier 2006 que la décision de faire du 10 mai la Journée nationale de commémoration de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions.
Depuis 2006, la MCUR a organisé le 10 mai différentes animations visant à honorer les ancêtres esclaves, et défenseurs de l’abolition de l’esclavage. En 2006, une conférence s’est tenue à la Région le 17 mai de la même année par Françoise Vergès, alors vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage. Des lycéennes et lycéens faisaient partie du public.
En 2007, la MCUR et Sudel FUMA, chaire de l’UNESCO rendent hommage à la "Route de l’esclave", et à cent combattants de la liberté, avec des élèves des écoles.
En 2008, en partenariat avec le Rectorat, le Conservatoire botanique national de mascarin, et la SR21, la MCUR a organisé une célébration, durant laquelle des élèves de 50 écoles, ont planté un arbre de la liberté. Ceux-ci sont accompagnés d’une plaque commémorative portant l’un des noms des cents combattants de la liberté, ainsi qu’un court texte écrit par les élèves et les caractéristiques culturels de l’arbre.
L’année dernière, la Journée d’animation et de transmission à partir du travail des partenaires (établissements scolaires, associations, médiathèques…) s’était déroulée au Parc Boisé du Port.


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