Culture et identité

Créé en 2002, l’Établissement public foncier (E.P.F.) de La Réunion a aujourd’hui dix ans.
Pour ma part, je me souviens…

Témoignages.re / 27 septembre 2012

Les quelque 34 mois que, de juin 2007 à mars 2010, j’ai passés à la présidence de l’EPF de La Réunion me permettent de dire que nous disposons ici d’un bel outil, sans doute le plus performant de tout l’hexagone. Je l’affirme parce que, par delà un bilan qui montre que cet établissement a toujours joué pleinement son rôle, lors des rencontres de travail que Jean-Louis Grandvaux et moi-même nous avons eu avec nos pairs à Chambéry, Strasbourg ou Paris, ces derniers reconnaissaient volontiers que nos résultats dépassaient largement ce qui se faisait de mieux en métropole.

Non sans fierté, j’ai pu mesurer, dans nos bureaux de la Mare ou lors de nos contacts et réunions de travail avec les élus locaux, qu’autour de Jean-Louis, le Directeur, nous disposions à l’EPF de La Réunion d’une équipe de qualité. Et j’aimerai ici saluer avec respect et émotion Bruno, Jacques et Joëlle, Laetitia, Marie-Reine, Martine et Nafisa, Nicolas, Patricia, Stéphanie et Willy.

J’ai eu également le privilège d’être étroitement associé à la sensibilisation des EPF de France et surtout des Parlementaires de la majorité et de l’opposition d’alors sur une mesure législative qui se préparait en catimini. Cette mesure disait, dans des « dispositions applicables au droit de préemption urbain » que, je cite, « l’acquisition de l’immeuble ou des droits immobiliers intervient au prix mentionné dans la déclaration d’intention d’aliéner (DIA) ou, au cas d’adjudication, au prix de la dernière enchère ou de la surenchère ». Si cette réforme était passée, c’était ni plus ni moins que la mise à l’écart de l’élément modérateur, je dirais même vertueux, qu’est le « Service des Domaines » à laquelle on aurait assisté. Nous savons tous que le Service des Domaines protège les intérêts publics face aux spéculateurs patentés qui s’activent à se plaindre de son intransigeante sévérité quand il s’agit de fixer le juste prix de biens qui permettent à certains de se faire de trop faciles fortunes.

Avec Jean-Louis Grandvaux, nous avons eu l’honneur de monter au créneau à Strasbourg dans un premier temps et surtout, dans un deuxième temps, à Paris en novembre 2009, lors du Congrès de l’Association des Maires. Notre surprise fut de constater que les parlementaires présents ont découvert ce jour-là l’existence de ce projet de loi. Or, plusieurs de ces derniers étaient membres de la majorité d’alors et appartenaient donc au même parti politique que le député qui préparait ledit projet.

Quelques jours plus tard, lors d’une réunion de la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, un élu pouvait attirer l’attention de ses collègues sur ce qui se passerait si le fameux projet était adopté. Il devait souligner notamment qu’« il (y) règne un certain flou qu’il convient de dissiper ». Ce qui amena le Député Jean-Pierre Schosteck, membre de la majorité d’alors, à intervenir à son tour : « … La référence au prix du marché ne me dérange pas, car on arrive à le connaître assez facilement. J’en tiens déjà compte lorsqu’il faut réaliser des opérations dans ma commune. Il y aurait en revanche un problème si l’on prenait la DIA comme seule référence : chacun sait qu’elle peut faire l’objet de certains arrangements » . Cette position rejoignait celle que nous avait auparavant fait parvenir David Lorion, adjoint au maire et chargé des problèmes d’urbanisme à la Saint-Pierre : « Cette proposition de loi sert délibérément les intérêts privés au détriment de l’intérêt public ». Venant de cet élu, vous pensez bien que la remarque ne pouvait que me réconforter.

Une belle bataille était engagée qui montrait que l’EPF de La Réunion ne se contente pas de gérer au mieux les choses de l’immédiat. Car lever notre regard pour voir beaucoup plus loin est aussi de notre devoir…

Bon vent au président Robert Nativel et à toute l’équipe actuelle.

Raymond Lauret


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