Culture et identité

Daniel Singaïny, prètre et militant : un Réunionnais debout

Un hommage à l’unité réunionnaise

Témoignages.re / 3 mai 2010

Hier à Saint-Paul a eu lieu la présentation publique de l’ouvrage de Daniel Singaïny, "Moin lé mizèr, moin lé en langouti, mé moin lé un résistant, moin lé dobout” !

Accompagné de sa famille, c’est devant ceux qu’il nomme avec émotion ses “camarades” que Daniel Singaïny a présenté son dernier ouvrage. Des camarades issus de tous les horizons sociaux et politiques : dans l’assemblée, on voit Pierre Vergès, Ary Yee Chong Tchi Kan, mais aussi Christian Barat, Cyrille Melchior, Lucien Biedinger...
"Moin lé mizèr, moin lé en langouti, mé moin lé un résistant, moin lé dobout” !:un ouvrage autobiographique, dont le titre balise l’itinéraire d’un homme.

Debout contre les injustices sociales

L’année 1968 est celle où les damnés de la terre de Villèle relèvent la tête : sur une terre qui n’a jamais cessé d’être un domaine, où sonne encore chaque jour la cloche héritée des temps esclavagistes, Daniel Singaïny, militant PCR depuis 1966, brave l’interdit colonial. Après avoir organisé une marche sur le feu, il édifie une chapelle sur la propriété même en compagnie des jeunes et des militants de Camp-Villèle, malgré l’interdiction du possédant : la Sapèl la Mizèr est née. Insurgé contre l’ordre colonial qui régit la société de plantation, Daniel Singaïny incarne aussi la révolte contre les injustices dans le domaine religieux.

...et pour une religion réunionnaise

Luttant contre l’embourgeoisement spirituel, il milite pour une pratique religieuse à contenu égalitaire, dont l’Homme réunionnais est le centre de gravité. Un combat mené aux côtés d’hommes et de femmes de toutes croyance. A l’encontre d’un certain traditionnalisme, il organise la marche sur le feu de son épouse, fait inédit à La Réunion ; sous le feu des critiques, la Sapèl la Mizèr est la première à célébrer le Jour de l’An Tamoul.
Aujourd’hui, Daniel Singaïny n’écrit pas dans la veine nostalgique : son ouvrage est une invitation à continuer le combat contre l‘injustice qui demeure enracinée dans la terre réunionnaise : « n’attendons pas qu’un élu ou que l’Etat fasse ce travail, car la déception et l’amertume seront au rendez-vous. Rassemblons-nous et faisons tout ce qui nous est possible de faire pour aller de l’avant, pour préparer un avenir meilleur pour nos enfants et pour notre pays ».

Geoffroy Géraud-Legros


Il y a plus de 40 ans, naissance de la Sapèl la Mizèr

« Kamarad, zot i rappel avril 1968, ce zour la nou la ozé désobéy aux De Villèle, nou la fé nout premièr sérémoni dann la Sapèl La Mizèr.
Les De Villèle la toujours mépriz anou. Pou zot, nou lété une band’ de kaf é de malbars, touzis bon po travay. Mé respekt nout relizyon, respekt nout ras, respekt nout langaz, sa se bann groblan-la la zamé été kapab. Navé pwin ke lespri de Villèle ke lété kont nou. Navé osi sèt ékip de prèt’ malbar ke lé racis, ki méprizé amwin paske mwin lé in batar kaf. Zot i ramp devan le mounn lé ris. Anou nou vé in rélizyon vréman pir, ou na pu racism,’ ou lé vréman démokratik. »
Propos recueillis par « Témoignages Chrétien de La Réunion (TCR), 1973


“Une religion à contenu révolutionnaire”

« J’ai imaginé la sapèl la mizèr comme un espace de prière mais aussi comme un instrument de revendication qui réclame l’abolition de toutes formes de discriminations d’inégalités, d’injustice au sein de la religion hindoue à La Réunion. Kan ou rent dan la kour la sapèl, ou lèssan déor out position social, out larzan. Tout domoune lé égal danla sapèl tout domoun’ lé frèr.
La Sapèl la Mizèr tient aujourd’hui sa place au sein de la vie cultuelle et culturelle réunionnaise. Elle s’est rapidement imposée comme un symbole d’unité avec une capacité de rassembler les différentes couches de la société réunionnaise. Ma vision a toujours été celle de la pratique d’une religion populaire avec un contenu révolutionnaire que nous lui avons donné avec les fidèles.
Puisons-y et que cela constitue un ciment pour mobiliser le peuple pour sa propre libération, par lui-même, et ne plus vivre en “assimilé “ dans cette société postcoloniale » (P.29)


Le combat doit continuer

« Pour moi, l’Abolition de l’Esclavage, ce n’est pas une fête où l’on doit apprendre aux Réunionnais à faire des grillades, à se saoûler, ou encore à applaudir le Maire parce qu’il a fait monter un podium pour y faire jouer des groupes de musique en gaspillant l’argent public (...)
Certains pensent que nous sommes encore colonisés dans notre tête et se permettent de se comporter en colonisateurs avec nous. Il faut que la population réunionnaise, que le peuple réunionnais montre à ces personnes-là que les descendants d’esclaves et-ou d’engagés ne sont pas des moins que rien. Cette fête devrait être un rappel de notre histoire et de notre souffrance, de celle de nos ancêtres. Cette fête devrait aussi être un appel à tous les Réunionnais pour toujours condamner l’esclavage et l’engagisme, mais aussi à combattre la domination, l’humiliation, le racisme la violence et la division du peuple réunionnais.
(p.40)


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