Culture et identité

Dans l’univers des femmes de Gilbert Clain

Ilet Furcy

Témoignages.re / 16 novembre 2009

Un jour, Gilbert Clain décide de sculpter. Une pulsion. Et cela dure depuis 35 ans. Il expose à travers le monde et, jusqu’à la fin de ce mois, à l’Ilet Furcy. L’occasion de pénétrer dans l’univers des femmes du sculpteur de La Rivière. Un univers de tendresse, de douceur, de souplesse.

Dans le Jardin des sculptures de l’Ilet à Furcy, les femmes monumentales de Gilbert Clain se chauffent au soleil. Entre quelques pieds de bananes, de papayes et de bougainvilliers, au pied du rempart, elles offrent leur lascivité, leur sensualité, leurs formes arrondies.
Une rencontre avec le sculpteur de La Rivière Saint-Louis, c’est toujours un plongeon dans la spontanéité. En 1975, cet ancien tailleur de pierres, alors homme à tout faire dans un commerce de Saint-Denis, a l’idée de sculpter une tête de femme. Il n’a pas le temps de la terminer que deux heures après avoir commencé, un homme la lui achète.
Une semaine après, il décide de faire de la sculpture son métier. Au grand étonnement de son entourage et particulièrement d’Hélène, son épouse, toujours présente à ses côtés. Pendant trois mois, il crée une sculpture par jour. Son épouse lâche elle aussi son travail en lui disant : « Kan nou nora pi manzé, nou sa va manz ros ».
Au début, Gilbert Clain vend ses œuvres dans les Salons artisanaux. Cependant, après trois années d’exercice, il est sélectionné avec d’autres plasticiens, lors de l’ouverture du musée de Saint-Maur-des-Fossés, en région parisienne. Le soir même de l’inauguration, le conservateur du musée lui annonce que le musée achète les deux sculptures qu’il expose.

Le goût de transmettre

Le sculpteur de La Rivière est alors reconnu dans son île avec une première exposition au musée Léon Dierx, en duo avec le peintre Jean-Paul Barbier. A partir de là, tout va très vite. Il enchaîne les expositions qui le conduisent au Grand Palais à Paris, à Bruxelles, à Johannesburg en Afrique du Sud, avec Marcel Tavé, alors directeur du Fonds régional d’art contemporain (Frac), et le peintre Pado. Il y présente une œuvre engagée qui représente trois enfants à la recherche d’un monde en paix. Une sculpture inspirée par la répression contre les enfants de Soweto qui refusaient l’apprentissage de l’afrikaner.
C’est un très bon souvenir. Mais l’exposition la plus marquante pour lui reste celle à laquelle il a participé à Angoulême, au début des années quatre-vingt-dix, après une résidence d’artiste.
« Il y avait beaucoup d’exposants. J’ai été porté par tout le monde. Des gens sensibles à l’art. J’étais accompagné par une Irakienne. J’ai eu de très nombreux contacts avec les médias. D’ailleurs, j’ai été fait Citoyen d’honneur de la ville », raconte-t-il avec une pointe d’excitation, lui toujours si placide.
Les Prix et les distinctions s’accumulent : Prix Louis Desmoulins, Prix Odilon Lesur, Prix Rubens-Bruxelles… Le Riviérois voyage beaucoup. Mais toujours, il sculpte : « Je travaille beaucoup », dit-il. Un euphémisme. En réalité, Gilbert Clain est un véritable stakhanoviste de la sculpture.
Et puis il a le goût de transmettre son art. « J’ai reçu quelque chose. Je dois le transmettre aux autres et particulièrement aux enfants », dit-il. On lui à bien proposé d’être professeur. Mais il préfère travailler ponctuellement et bénévolement avec le Rectorat. Ainsi, pendant la durée de l’exposition, il se propose d’initier à la sculpture celles et ceux qui le désirent.
Il faut aller à l’Ilet Furcy. C’est un village qui semble être au bout de nul part. Mais la vie est là, bien présente. Comme les femmes de Gilbert Clain.

YVDE


Une exposition à trois voix

L’espace de l’Ilet à Furcy que Gilbert Clain a construit de ses mains accueille actuellement une exposition à trois voix. Le sculpteur a en effet invité deux peintres : Véronique Boniel et Dominique Soubiran. La première montre des toiles abstraites en noir et blanc. Des toiles qui évitent l’écueil de la tristesse grâce au mouvement qui les anime. La seconde, dans le même registre, a opté pour la couleur.
A côté des toiles de Véronique Boniel et Dominique Soubiran, Gilbert Clain montre de très nombreuses pièces de son œuvre. Les femmes de Gilbert Clain sont tendres, douces, souples, lascives, sensuelles, contorsionnistes, expressives. L’œuvre de Gilbert Clain est un hymne à la femme.
Le Riviérois a souvent travaillé le corail, ou plus exactement la “patate” du corail mort. Mais la ressource s’amenuise. De toutes façons, le sculpteur a considérablement diversifié les matériaux qu’il travaille : le basalte noir ou blanc, le tamarin, le jacquier, le letchi, la pierre calcaire tirée de France — une découverte qu’il a faite quand il était en résidence à Epernay ; dans le Jardin des sculptures, on trouve même un bronze, réplique de l’une de ses statues, qu’il a fait couler lors de l’un des ses séjours en Afrique.
Mais que l’on ne s’y trompe pas. Gilbert Clain ne sculpte pas seulement des femmes, même s’il s’agit de son inspiration principale. Sa chaise à porteur en bois de letchi est une œuvre très réaliste ; un pan d’histoire puisque c’est de l’auberge de son grand-père que partaient les chaises à porteur emmenant les curistes aux thermes de Cilaos.
Et la salle réservée aux sculptures monumentales, pour l’essentiel en bois, réserve quelques surprises.
Les enfants sont également présents dans l’œuvre du Riviérois. Comme dans ce tourbillon de poussière qui, en se dissipant, laisse apparaître les enfants, ou dans cette montée de Cilaos, le petit bœuf qui transporte une famille.
L’exposition est à voir jusqu’au 30 novembre 2009 à l’Ilet Furcy. Cela vaut le déplacement, et puis, même si Gilbert Clain l’affirme, « ce n’est pas le bout du monde ». Simplement un petit quartier à l’écart de la route Cilaos.


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