Culture et identité

Dans la peau de mille dieux et maharadjas

Nalgon, le bal tamoul à La Réunion

Témoignages.re / 14 novembre 2009

Jean-Régis Ramsamy, journaliste et doctorant en Histoire, publie son quatrième livre “Nalgom – Le bal tamoul à La Réunion” aux éditions Azalées. Un ouvrage entièrement consacré à une tradition qui a traversé l’océan Indien, pour continuer à vivre sur l’île de La Réunion : le bal tamoul, communément appelé “Nalgon” en créole (du tamoul “Nadegom”). Une sorte de théâtre chanté populaire originaire du Tamil Nadu, région du Sud de l’Inde.

Plus de 160 pages, des photos, des portraits de vatial (maîtres du bal) vivants ou disparus, des recherches à travers les archives. Un livre « entre histoire et culture », c’est ainsi que Jean-Régis Ramsamy définit son quatrième ouvrage. « Non pas un travail universitaire, mais un état des lieux de cette tradition réalisé sur l’ensemble de l’île, et surtout à Saint-Louis, Saint-André, Saint-Benoît... », complète l’auteur.
En quoi consiste cette tradition enveloppée de sacré et de mystère ? Comment s’est imposé le bal tamoul ? Comment s’est-il perpétué ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? C’est tout cela que Jean-Régis Ramsamy a tenté de rendre visible, lui qui se compare volontiers à un peintre représentant une facette de l’univers indien réunionnais.

Avant l’abolition de l’esclavage

Les traces de la pratique du Nalgon remontent bien avant l’abolition de l’esclavage, en 1848. Une plainte déposée par un maire l’atteste. Et la première expérience d’importation de travailleurs indiens date de 1828. Ces Coolies ne sont pas venus sans rien. Ils ont apporté avec eux leur culture. Ce qu’ils avaient de plus précieux pour ne pas oublier leur pays, leurs racines. « Toutes les cultures se valent, mais l’expression indienne se manifeste ici avec une puissance inouïe. Le choc culturel fut tel que certains réclamaient qu’on stoppe le bal tamoul qui, à notre avis, existait avant l’abolition de l’esclavage, ce qui semble là encore un miracle. La Réunion n’avait jamais connu de culture aussi ancienne et complète, le bal tamoul, ou le Nalgon comme on l’appelle, s’ajoute au Karmon, dans le domaine religieux au Pongol, aux marche sur le feu... », raconte Jean-Régis Ramsamy.
Les Indiens imposent leur culture : sans pratiques cultuelles et culturelles, pas d’usines qui tournent. Malgré les rapports de force avec l’Eglise, les municipalités pour faire cesser ces pratiques, la bourgeoisie locale est contrainte de s’accommoder à la « révolution culturelle ».

Une résistance dans une société cloisonnée

La bal tamoul est un espace de liberté, il se pratique la nuit après une journée de travail ou une cérémonie. Un moment de détente qui lui permet de résister au labeur et à l’oppression. Et c’est même beaucoup plus. Les vatial, comédiens, musiciens, danseurs et le public se sentent munis de la puissance des dieux.
« Les grandes familles réunionnaises possédaient leurs particules, les Indiens s’entouraient de mille dieux et des maharadjas pour résister, souligne Jean-Régis Ramsamy. A la fin d’un bal tamoul, l’Indien incorporait la personnalité du héros, à l’instar de ce roi Harishandrin, le chantre de la vertu, qui a du subir les pires outrages, mais qui préserva l’honneur de sa famille ».

Marimoutou Cadivel, David Tolsy, Patrick Kichenama, Maxime Sangara-Goumane, ou encore Alexis Marimoutou et Anacari Monneyen, les Zaboutan nout kiltir 2009, et bien d’autres ont perpétué la tradition du bal tamoul. Aujourd’hui, on compte environ 5 troupes dans l’île, portées par des associations, en quête de textes et de costumes. Encore loin du succès bollywoodien.

Edith Poulbassia


Rencontre avec l’auteur

A l’Hôtel de Ville de Saint-Pierre, à 17h30 le 28 novembre.
Au Salon du Livre le 12 décembre à 17h30.


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