Culture et identité

De l’art au service du peuple réunionnais

Inauguration de la Galerie de Lisle à La Possession

Témoignages.re / 26 décembre 2013

L’association "Craie & Suie", avec son président Alain Noël et son vice-président Élie Maillot, a organisé ce 20 décembre le vernissage de son exposition intitulée "Le monde dort".



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Parmi les œuvres présentées à l’exposition, ce tableau de Caty Jams…

Il s’agit d’œuvres de l’Association des Artistes Libres et Indépendants de La Possession et d’Ailleurs (ALIPA), dont voici la liste : Catherine Boyer, Jack Jams, Sophie Martial, Sully Alméry, Daniel Langrome, Maillot Élie, René Paul Mellon, Alain Noël, Maillot Jean-Claude, Eva Bataille, Genathena, Reynald Alaguiry, Florans Feliks, Natacha Duchemann, François Giraud, Pascal Arlandon, Marie-Christine Écormier, Sandra Négouai, Caty Jams, Henri-Paul Grondin.

À cette occasion, "Craie et Suie" a également procédé à l’inauguration de la Galerie de Lisle, qui est la première galerie d’art de La Possession entièrement gérée par une association indépendante. Elle est située au 22 rue Victor Hugo - Résidence Indiana – au centre-ville de La Possession. L’inauguration s’est déroulée avec la participation de Danyèl Waro et Nathalie Nathiembé dans une ambiance chaleureuse de kabar maloya.

À signaler aussi que l’exposition "Le monde dort", parrainée par les artistes Éric Pongérard, Alain Padeau, Wilhiam Zitte, Jack Beng Thi et Gilbert Clain, est ouverte jusqu’au 17 janvier 2014, du lundi au dimanche de 10h à 18h. Pour plus d’informations, contact : 0692 21 13 62 / 0693 70 41 57 - noel.color@yahoo.fr Voici la présentation du sens de cette galerie par son président sous le titre : « L’art de penser et de créer ».

« L’art de penser et de créer »


Nous ne sommes jamais ni totalement dépendants, ni totalement indépendants ou libres. Il y a toujours en chacun d’entre nous une part d’esclavage et une part de liberté, on pourrait dire une part de morale codée et une part de dépaysement éthique. Pour Frantz Fanon, « ce qui est universel, c’est qu’aucune culture ne constitue un absolu et qu’elles ont besoin les unes des autres pour pouvoir progresser ».

Il est vrai que les Départements d’Outre-Mer sont encore aujourd’hui dans une situation de dépendance coloniale déguisée ou à peine déguisée. Les derniers événements survenus en particulier au cours des manifestations de violence en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, le prouvent. Mais les luttes pour l’indépendance n’ont conduit nulle part à une amélioration de la situation socio-économique des peuples, sauf à de très rares exceptions. Elles demeurent néanmoins légitimes.

À la tentation identitaire, l’ex-président Sarkozy répondait par la possibilité de revoir la Constitution, autrement dit, le statut des DOM et TOM français. Dans la situation actuelle, qui enserre les personnes dans une double prise — celle des identités individuelles ou collectives et celle d’une terrible massification médiatique — il ne reste guère qu’une "culture" de la résistance.

Organiser la survie de l’homme réunionnais par rapport à la colonisation : cela peuple tous les ouvrages d’histoire de La Réunion. S’en tenir à la définition de l’origine de la culture réunionnaise et de l’identité réunionnaise, en prenant en considération les enjeux de pouvoirs politiques ou économiques qui ont considérablement influé sur la manière dont celle-ci s’est construite au cours de l’histoire, est légitime, mais ce n’est pas résister. C’est déjà s’avouer vaincu. La culture de la résistance ne prend pas sa source uniquement dans l’histoire même de La Réunion fossilisée de "l’homo-rényonus" (expression de Laurent Segelstein, chroniqueur du journal "Témoignages" du 9 juillet 1993, p. 8).

Nous sommes nécessairement emportés par des processus économiques et idéologiques qui nous dépassent, mais face auxquels nous pouvons aujourd’hui résister par une stylisation de notre existence, par un art de penser et de créer qui force à tout recommencer, à commencer autrement. Et cela demande une sorte de courage.


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