Culture et identité

De la plantation de café à l’industrie du sucre

Saint-Louis et La Rivière : des jalons de notre mémoire

Témoignages.re / 15 septembre 2012

Maison-Rouge

D’abord octroyé à Paul Sicre de Fontbrune le 18 Juillet 1719, le domaine de Maison-Rouge revient après 1725 à son beau-frère, Desforges Boucher, Gouverneur de Bourbon et promoteur de la culture du café.
Le premier édifice de la maison de maître est probablement construit aux alentours de 1750. Il est transformé en 1830, lorsque Richard Henry Nairac prend possession du domaine. Influencée par le style néo-classique, très en vogue dans l’architecture coloniale du XIXe siècle, la demeure est agrémentée d’une varangue en rez-de-chaussée et d’un escalier monumental.
À fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, elle prend son aspect définitif avec l’adjonction d’un pavillon d’hôtes et d’une salle à manger.
Le domaine est entièrement classé depuis 2004. En 2008, les anciennes écuries accueillent la Maison des Arts décoratifs de l’Océan Indien (MADOI).

Usine sucrière du Gol

Créée en 1817, elle est aujourd’hui la plus importante des deux seules sucreries qui demeurent en activité. Avec l’essor de l’industrie sucrière, l’édifice prend des dimensions « colossales »- ce sont les termes de l’écrivain Théodore Pavie- sous l’égide de Fortuné Placide Chabrier, propriétaire de l’usine de 1824 à 1851. Celui-ci a pour but de centraliser l’ensemble des activités sucrières du canton. Elle fait alors l’objet d’investissements lourds, notamment dus à la technologie développée par Joseph-Martial Wetzell, en pointe au niveau mondial. Elle est reconstruite et modernisée dans les années 1870.
Sa taille double après 1905, date à laquelle elle est acquise par Robert K/Veguen. En 1920, elle passe entre les mains du groupe « Compagnie Foncière Réunion-Maurice Ltd ». Elle est reprise deux ans plus tard par Léonus Bénard, propriétaire de Pierrefonds. En 1929, elle est l’usine la plus importante de l’île…
En 1949 est créée la société anonyme Léonus Bénard. A la mort de son fondateur, en 1952, cette entreprise brasse plus de 20% des cannes de La Réunion, au Gol et à Pierrefonds. En 1975, l’usine du Gol brasse 21% des cannes de l’île et assure à elle seule 21,5% de la production de sucre.
En 1988, le groupe Quartier-Français entame les démarches pour acquérir le Gol, qui passe sous son contrôle en 1992. Après la fermeture de l’usine de Grand-Bois, elle assure seule le traitement des 950.000 tonnes de cannes issues de la zone cannière comprise entre Saint-Leu et Saint-Philippe.
En 2010, l’usine du Gol passe entre les mains de Téréos, une société multinationale qui prend le contrôle du groupe Quartier-Français. Aujourd’hui, elle est à l’ombre de l’imposante centrale thermique bagasse-charbon, installée en 1996, dont les proportions ne suffisent pourtant pas à éclipser ce haut lieu de histoire industrielle et sociale saint-louisienne.

Luttes sociales : février 1962

Dans le contexte de la guerre d’Algérie finissante et du gaullisme ascendant, La Réunion est le théâtre d’un durcissement des clivages politiques et des luttes sociales. En février, l’usine du Gol en devient l’épicentre. Le conflit entre les planteurs de La Rivière et la direction de l’usine du Gol sont à l’origine d’une explosion sociale demeurée dans les mémoires. Le 1e février, les planteurs organisent une manifestation pour protester contre le règlement insuffisant de la campagne sucrière précédente. Ils réclament en outre une avance de 400 francs CFA. La décision de retenir 6 kilogrammes de sucre par tonne de canne accroît les tensions qui opposent les travailleurs à l’usinier depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Le 5 février, les planteurs massés devant l’usine vont à la rencontre du député-maire Valère Clément.

Meurtre de Thomas Soundarom

Leurs doléances se heurtent à l’intransigeance du Préfet, exprimée par un télégramme laconique : « rien à gagner ». Les planteurs érigent alors des barricades devant l’usine. Peu après, celles-ci sont prises d’assaut par les gendarmes, qui font usage de leurs armes. Dans l’après-midi, le Préfet dépêche un peloton de CRS. Appuyés par des bulldozers, ils démantèlent les barrages. Le lendemain, les planteurs reviennent à a charge. En ville, la révolte explose, dirigée contre les intérêts du maire, accusé de complicité, et les symboles de l’Etat français. La ville est prise d’assaut à 15 heures, par des gendarmes et des CRS. C’est l’affrontement, David contre Goliath : armes à feu et grenades lacrymogènes contre galets. Un planteur, Thomas Octave Soundarom, est tué. Les blessés se comptent par dizaines. 34 manifestants sont arrêtés. Au mois d’Août, 17 seront acquittés, 14 à de la prison ferme, 3 à du sursis. Les meurtriers de Thomas Soundarom ne seront jamais inquiétés…

Les événements de Saint-Louis ont montré qu’une solidarité entre citoyens et planteurs, planteurs et ouvriers était possible. Ils ont ainsi déclenché un séisme durable dans la vie politique réunionnaise.

Le canal du Gol

Erigé en 1817, le canal du gol prend sa source dans le lit de la rivière Saint-Étienne, au lieu-dit « Gouvernail », et aboutit à la sucrerie du Gol, traversant toute la ville de Saint-Louis et franchissant la ravine du Gol au moyen d’un aqueduc.

Réalisé entre 1835 et 1840, hissée sur de hautes piles en maçonnerie, cette construction a pris la place d’une première installation, élevée un plus en aval en 1817. D’abord en bois, il est reconstruit en métal au XIXe siècle. Il fut un des axes de développement de la cité, assurant l’accès à l’eau à ses habitants de part et d’autre de la ravine du Gol.


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