Culture et identité

De nouvelles découvertes à Tromelin

Troisième campagne de fouilles

Témoignages.re / 13 décembre 2010

L’île de Tromelin n’a pas fini de dévoiler ses mystères, comme en témoignent les derniers résultats de la campagne de fouille dans cette île éparse, sur les traces des naufragés qui vécurent 15 ans dans cette île.

La troisième mission de recherche archéologique sur l’île de Tromelin dirigée par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) avec le concours de l’Institut national de la recherche archéologique préventive (INRAP) et Bako Rasoarifetra - Institut de civilisations/Musée d’art et d’archéologie de l’Université d’Antanarivo (Madagascar) vient de se terminer après un mois de fouille (8 novembre – 10 décembre 2010).
Après les deux missions précédentes, l’une en 2006 et l’autre en 2008 qui ont permis de dégager trois bâtiments construits par les naufragés, deux squelettes et un grand nombre d’objet ; la mission 2010 avait pour objectif d’essayer de mieux comprendre à la fois l’occupation de l’espace par les naufragés, leur organisation pratique et sociale, ainsi que la découverte de tombes observées en 1851 à proximité des bâtiments érigés par les naufragés.
Les résultats de cette troisième mission sont étonnants.
Alors que les résultats obtenus en 2008 faisaient penser que l’essentiel de l’habitat des esclaves avait été découvert, trois nouveaux bâtiments ont été mis au jour et les amorces des murs d’au moins trois autres décelés. Ces découvertes complétées par des sondages périphériques, ont amené les archéologues à réévaluer l’espace occupé par les naufragés, bâtiments et périphérie, évalué à environ 1800 m².
Une autre observation importante a été la mise en évidence de profonds remaniements dans les bâtiments construits, ils attestent une gestion raisonnée par les naufragés de leur espace de vie. Les causes initiales de ces remaniements ne sont pas connues, mais sont sans doute à mettre en rapport avec des évènements climatiques violents qui auraient pu détruire tout ou partie de certains bâtiments.
Une analyse fine de la stratigraphie sur tout le site a également permis de déterminer l’ordre de construction des bâtiments.
Parmi les nombreux objets mis au jour, plusieurs outils : trépied, marteau, grattoir, et surtout deux briquets ont été mis au jour. Cette dernière découverte ainsi que la mise au jour de trois fragments de pierre à feu, apporte un élément de réponse à l’importante question de savoir comment, selon les déclarations de rescapés, les naufragés avaient maintenu le feu pendant 15 ans.
Dernière sensation de cette mission, il est apparu que le troisième bâtiment découvert n’avait selon toute évidence pas été construit par les naufragés de l’Utile, mais après leur départ et avant l’installation de la station météo en 1954. Pour l’instant le mystère reste entier, s’agit-il d’un naufrage non identifié ou bien un abri construit par les bénéficiaires de concessions d’exploitation du guano délivrée par l’île Maurice ?


15 ans de naufrage

En avril 1761, l’Utile, flûte de la Compagnie française des Indes Orientales, armée à Bayonne arrive à l’Ile de France (île Maurice). Deux mois plus tard, le gouverneur l’envoie à Madagascar pour s’y procurer les vivres (boeuf et riz) dont la colonie a besoin. Malgré l’interdiction qui lui en a été faite, La Fargue le commandant de la flûte embarque en même temps des esclaves, 160 hommes et femmes dans les cales du navire. Puis, il fait route vers l’île de France. En chemin, à la suite d’une erreur de navigation, le navire fait naufrage sur une île déserte, l’Ile de Sable, aujourd’hui appelée Tromelin.
Au matin, les 122 hommes d’équipage et les 88 esclaves rescapés se retrouvent sur un îlot d’un kilomètre carré. Avec les matériaux récupérés du navire naufragé, les marins commencent à construire un petit bateau de fortune avec l’aide des esclaves. Quelques semaines plus tard, les 122 membres d’équipage s’y entassent avec des vivres. Les esclaves découvrent alors qu’aucune place n’a été prévue pour eux. On leur promet que les autorités seront alertées et qu’un autre navire viendra les chercher bientôt. Cette promesse ne fut jamais tenue. Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, après une première tentative avortée, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupérera huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois.


Les partenaires de la recherche

Tromelin est un îlot corallien de 1 km² situé à 560 kilomètres au nord ouest de la Réunion et de l’île Maurice. Il semblerait que Tromelin soit un ancien banc récifal, aujourd’hui émergé, qui s’est probablement développé sur un haut fond d’origine volcanique. Des fonds de près de 4000 mètres entourent cet îlot. Dépourvu d’eau et de ressources naturelles, il abrite actuellement une station météorologique.
Trois campagnes archéologiques ont été menées en 2006, en 2008 et en 2010 sur l’île de Tromelin par le Groupe de Recherche en Archéologie Navale (GRAN), sous la conduite de Max Guérout, avec le concours de Thomas Romon de l’INRAP pour les fouilles terrestres, de Joe Guesnon du GRAN pour les fouilles sous-marines et de Nick Marriner du CEREGE pour l’étude géomorphologique de l’île. Il faut noter la participation Bako Rasoarifetra - Institut de civilisations/Musée d’art et d’archéologie de l’Université d’Antanarivo (Madagascar).
Placée sous l’autorité du préfet, administrateur supérieur des Taaf, la mission a reçu le parrainage de l’UNESCO et du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage présidé par Françoise Vergès. Les campagnes ont été financées par l’UNESCO, le Conseil Régional et le Conseil Général de la Réunion, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) de la Réunion, la fondation d’entreprise Groupe Banque Populaire, la fondation du Patrimoine. Elles ont également bénéficié du concours des Forces Armées dans la Zone Sud de l’Océan Indien (Fazsoi) et de Météo France la Réunion.


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