Culture et identité

Des jeunes au soutien des projets de développement pour La Réunion

Association "Pour la célébration du 19 mars 1946"

Témoignages.re / 10 décembre 2009

Les jeunes de l’association "Pour la célébration du 19 mars 1946" expriment leur soutien aux projets de la MCUR et du Tram Train.

Emilie Assati, Béatrice Leperlier, Julie Pontalba, Naren Mayandi et Geoffroy Géraud-Legros ont tour à tour mis en perspective les raisons pour lesquels les jeunes regroupés dans l’association pour la célébration du 19 Mars 1946.

Naren Mayandi a présenté les buts et la démarche de l’association.
Emilie Assati, présidente de l’association, est revenue sur le tournant historique qui caractérise la période actuelle, afin de mettre en perspective l’importance des grands chantiers de développement.
Béatrice Leperlier a rappelé l’importance du Tram-train pour les jeunes.
Julie Pontalba a présenté le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), ainsi que la pétition en soutien à sa construction.
Geoffroy Géraud-Legros a évoqué certaines constantes historiques dans les résistances à la transformation des rapports sociaux dans notre pays.

G.A.

Emilie Assati « L’héritage ne vaut pour autant qu’il nourrit un projet ».

« Le 19 mars 1946, c’est la loi qui a mis fin au statut colonial
Ce qui nous intéresse dans cette date c’est de comprendre comment, en 1946, ce changement fondamental a été rendu possible. Nous étions alors une colonie, et alors que certains propriétaires fonciers prônaient le statut quo colonial, d’autres Réunionnais se sont mobilisés pour rendre possible la fin de la colonisation. Les députés de l’époque sont partis en bateau (un voyage qui durait plus de 6 mois) défendre cette loi à l’Assemblée constituante, avec les députés Antillais de l’époque…

1946 a donc représenté une rupture importante !

Aujourd’hui, la situation de crise qui est la nôtre doit nous amener aussi à un renouveau. Nous vivons dans une société où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, 100.000 illettrés, plus de 50% de chômage chez les jeunes, diplômés comme non diplômés, grossesses précoces, délinquance, alcoolisme, inceste, obésité, violences intrafamiliales… Notre société est malade. Notre société présente tous les symptômes d’un système qui s’essouffle… et aujourd’hui, comme en 1946, un renouveau s’impose.

En militant pour le 19 mars 1946, non seulement nous nous saisissons des questions identitaires, mais nous faisons aussi référence à la rupture que cette date a représenté en disant qu’aujourd’hui aussi la rupture est nécessaire.

Le philosophe Emmanuel Levinas fait bien le pont entre nos deux idées phares que sont la reconquête identitaire et l’exigence de renouveau lorsqu’il dit : « l’héritage ne vaut pour autant qu’il nourrit un projet ». Il n’y pas de projet possible sans identité, et le renouveau réunionnais passe par la reconquête identitaire.
Ce n’est donc pas de l’histoire pour de l’histoire, mais de l’histoire qui s’adresse à un projet.

D’où notre soutien aux projets de Tram Train et de MCUR qui sont des grands projets de développement pour La Réunion. »

• Julie PONTALABA, « la MCUR, un projet d’unité »

Elle a rappelé que l’éclairage du passé doit nous permettre de comprendre le présent et nous aider à prendre les décisions pour l’avenir. Selon elle, ce passé (qui nous a été caché) nous apprend que la population Réunionnaise a été, depuis le début de son peuplement, coupée en deux.
Avant 1848, l’île a connu la division raciale. « Après l’abolition de l’esclave, les inégalités n’ont pas disparu et se sont même amplifiées (les "ptit blan" ayant rejoint le camp des anciens esclaves). Cette division a perduré malgré la loi du 19 mars 1946, qui était sensé apporté l’égalité sur tout le territoire. Cette année nous avons assisté à la matérialisation du mal être, du mal de vivre de nos sociétés Domienne. C’est pourquoi, nous jeunes responsables, de ce pays nous soutenir ce projet d’UNITE. Car selon nous la MCUR a vocation à valoriser toutes les civilisations qui ont peuplé La Réunion et donc elle apporte une solution aux inégalités vécues et ressenties »
Elle a, par ailleurs insisté sur le fait, qu’aujourd’hui, notre histoire commence à peine à s’étudier dans nos écoles et université. Ce sont les enfants, qui aujourd’hui, apprennent à leurs parents cette histoire vieille de 350ans. Notre histoire est surtout orale, nous nous devons de nous manifester pour avoir ce lieu ou notre civilisation sera matérialisée.
Enfin, elle a annoncé que l’association allait faire signer une pétition et apporter, et que les jeunes allaient apporter leur contribution à l’enquête publique.

• Béatrice Leperlier : « Le tram-train est l’allié de la jeunesse ».

« 1 jeune sur 2 est au chômage ; 4.300 jeunes supplémentaires, soit 22.500 actifs supplémentaires en cinq ans ! Les transports pèsent lourd sur la recherche d’emploi. D’autre part, les problèmes que nous rencontrons à La Réunion notamment en matière d’embouteillages vont s’aggraver avec la croissance démographique (…). Le Tram-train apporte donc plusieurs réponses aux difficultés que nous rencontrons. En premier lieu, il permet la création d’emplois et pose des conditions favorables à l’émancipation des jeunes via des projets de vie choisis. Il permettra aux jeunes de s’autodéterminer sans être dépendant du rapport à l’automobile. Enfin, à l’heure des défis environnementaux, la valorisation des transports non polluants est ici, soulignée par un projet qui répond également au caractère insulaire de la Réunion qui nécessite une gestion réfléchie du territoire. Dans le sens où il s’inscrit dans une dynamique de développement prenant en considération les défis actuels et futurs, le Tram-train est allié de la jeunesse.

Geoffroy Géraud-Legros : « Le refus du développement est une constante historique ».

« A chaque étape du développement de notre île, il y eut des Réunionnais pour tenter d’enrayer la marche vers le progrès. Différentes selon les enjeux des différentes périodes, ces réactions ne sont pas identiques dans leur forme. Néanmoins, elles entretiennent au fond des rapports d’homologie : à chaque fois, ceux qui avaient à perdre à la transformation sociale et technique ont essayé de s’y opposer. On pense à la première Abolition, ou à la période qui a précédé 1848, ou ceux qui avaient à perdre à la transformation des rapports sociaux se sont élevés contre les réformes. Plus près de nous, en 1946, la société de plantation s’est opposée à la transformation des rapports sociaux portés par la loi du 19 Mars.
Un parallèle intéressant avec la situation contemporaine : l’action de ceux qui refusent le changement a toujours été marquée par la tentative d’instrumentaliser les autorités centrales -la Métropole- dans leur démarche conservatrice. Cela a particulièrement bien fonctionné après 1946, ou les conservateurs ont persuadé les autorités centrales d’un risque d’indépendance imminent. Aujourd’hui, on assiste, sur un autre mode, mais dans une démarche comparable, à une instrumentalisation du pouvoir parisien par les adversaires du Tram-train et de la MCUR. »

•Naren Mayandi :
« Nous invitons les Réunionnais à choisir l’évolution »

« Le but premier de notre association étant de militer pour une restitution de leur histoire aux Réunionnais afin de rendre possible leur "vouloir vivre ensemble", nous tenons à exprimer clairement les tenants et les aboutissants de notre soutien au projet de MCUR au sein d’une société où la cohésion sociale est gravement menacée.
Enfin, sur un territoire où seul le quart de la superficie est aménageable et qui comptera bientôt un million d’habitants et en tant que jeunes soucieux de pouvoir nous déplacer à un moindre coût, nous ne pouvons rester muets sur le projet de Tram Train qui est une étape majeure de progrès pour l’île. Comme avant 1946, nous invitons les Réunionnais à choisir l’évolution.
L’on a coutume de dire que les jeunes ne se sentent pas concernés par les grands enjeux de notre société. Nous, jeunes Réunionnais, voulons entendre notre voix au milieu des débats contemporains. Nous rappelons que notre association a été créée en juin 2009 et que, depuis, nos actions ont été diverses :

- Nous avons recueilli, dans le cadre d’une pétition, le nombre symbolique de 1946 signatures d’hommes et de femmes qui ont marqué l’histoire de notre île.

- Nous avons déposé notre revendication de célébration/reconnaissance officielle du 19 mars 1946 aux Etats Généraux au sein de l’atelier "identité et culture".

- Nous avons présenté notre requête au conseiller politique de François Fillon lors de sa venue en juillet dernier.

- Nous sensibilisons l’opinion publique à ce combat fondamental par la tenue de conférences publiques sur l’histoire de La Réunion, notamment sur le thème Comment les élections du 21 octobre 1945 ont-elles ouvert la voie au 19 mars 1946 ? »


Pétition pour la MCUR

Aujourd’hui, six décennies après le vote de la loi du 19 mars 1946, notre histoire commence à peine à être étudiée dans nos écoles et université. Ce sont les enfants, qui aujourd’hui, apprennent à leurs parents cette histoire vieille de 350 ans.

Nous sommes les habitants d’un territoire dont les ancêtres sont issus des peuples du monde entier. Nous sommes un peuple né d’un crime contre l’Humanité. En 2001, la République Française est le premier pays européen à reconnaître que l’Esclavage est un crime contre l’Humanité. Nous devons mieux connaître notre histoire pour vider les rancoeurs issus du passé et exalter la beauté de notre génie créateur car nous avons décidé de vivre ensemble.

Dans ces conditions inhumaines, comment avons-nous apprivoisé ensemble ce grain de sable dans l’Océan Indien ? Comment nous nous sommes, nous-mêmes apprivoisés ? Comment avons-nous su partager un savoir vivre ensemble unique au monde ? Quels étaient nos rêves, nos espoirs mais, également, nos luttes et victoires pour que viennent La Liberté, l’Egalité et la Fraternité ? Quelles sont les erreurs que nous avons commis ? Nous ne le savons pas.

Nous fondons beaucoup d’espoir sur La Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise qui a vocation à matérialiser notre histoire et notre culture. La jeunesse Réunionnaise n’acceptera pas plus longtemps que l’on nous cache la vérité. La réparation d’un crime contre l’Humanité ne résiste pas à l’argument du prix et de la surface d’un bâtiment dédié. Des exemples existent dans le monde entier. Nou lé pa plus, nou lé pa moins, arrêtez de nous mépriser ! Ce projet est soutenu mondialement. L’enquête publique doit épouser le mouvement positif.

Aussi, pour nous-mêmes, pour nos parents et grands-parents, et pour nos futurs enfants,

Nous disons OUI à la valorisation de notre culture,
Nous disons OUI à la connaissance de notre histoire,
Nous disons OUI à l’exposition de notre patrimoine,
Nous disons OUI au partage des valeurs Réunionnaises acquis pas à pas,
Nous disons OUI au lien intergénérationnel,
Nous disons OUI La Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise,
Nous disons OUI à la MCUR !


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