Culture et identité

Des visiteurs émus

Derniers jours de l’exposition de photos à la Médiathèque du Port

Témoignages.re / 14 décembre 2012

Hier après-midi à la Médiathèque Benoîte Boulard du Port, plusieurs responsables du Parti communiste réunionnais, dont Élie Hoarau, ont visité l’exposition des photos d’Alain Dreneau intitulée "Femmes et enfants des quartiers de Cœur-Saignant et de La Rivière des Galets 1979-1980". Ces personnes, comme les autres visiteurs depuis un peu plus de trois semaines, ont été émues par ces photos, reflets de notre passé réunionnais. Des photos que l’on peut encore voir aujourd’hui et demain. Voici des extraits des propos tenus par Alain Dreneau lors du vernissage de l’exposition le 24 novembre dernier, pour expliquer le sens qu’il a voulu lui donner. Les intertitres sont de "Témoignages".

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« Ces images datent de la fin des années 70, au tournant de la décennie 80. Le projet audiovisuel initié par Paul Vergès consistait à donner la parole, dans les films vidéo que nous fabriquions, aux mères et pères de famille, aux personnes âgées, aux planteurs, aux travailleurs en lutte, aux jeunes, aux enfants des centres de loisirs… le tout en créole, à une époque où la langue créole était toujours interdite d’accès à la station de radio et de télévision officielle du Barachois.

Le contact avec les gens des quartiers populaires était fait de confiance et de générosité. Les photos de Cœur-Saignant et de La Rivière des Galets me semblent bien refléter cette proximité.

Mais je tiens à vous dire une chose : c’est parce que j’étais accompagné partout de camarades femmes du quartier, connues de tous les habitants, que les barrières tombaient et que ces photos existent : Mme Rita Grimoire et Michèle Picardo pour Cœur-Saignant et Ninine Michaud pour La Rivière des Galets sont en quelque sorte les marraines de ces photographies. J’ai également une pensée pour Laurence Vergès, qui m’emmenait à la rencontre des gens lors de ses reportages pour le journal “Témoignages”.

Une vie solidaire

En cheminant au fil de ces images, vous allez emprunter des ruelles, ruelles de la mémoire, qui vont vous ramener plus de 30 années dans le passé de notre chère ville du Port. Au temps des grands bidonvilles, survivances aujourd’hui en voie de disparition grâce aux efforts déployés par notre municipalité depuis 1971 jusqu’à aujourd’hui.

Au temps de l’eau à la fontaine, de l’eau au robinet tourniquet, de l’eau “charoyé” dans le seau ou l’arrosoir, ou dans le bac sur la tête, corvée des enfants du matin et du soir. Au temps où les mamans lavaient le linge “si in rosh” dans la cour, ou au lavoir du quartier… ou “dann fon la rivière”.

Au temps d’une végétation bien caractéristique de ce Port sec, jadis poussière et galets : boid’lé, leskine, zépinar, rakèt, tantan… Végétation devenue aujourd’hui marginale, au point que les enfants des écoles n’en connaissent plus les noms !

Au temps de ces cases, de ces cours, de ces sentiers, de ces espaces de vie, dedans dehors imbriqués, vie domestique, vie du voisinage, vie du quartier, vie animée, très animée, à la fois solidaire — toujours — et conflictuelle (parfois !).

Le saut d’une bonne génération

Trente ans, trente-deux, trente-trois ans même, cela représente le saut d’une bonne génération. Les petites filles de ces images âgées de 8-10 ans qui sautent à la corde ou “charoy do lo” de la fontaine, elles ont aujourd’hui la quarantaine et sont mères de famille… voire grand-mères !

Et les grands-mères de ces images, elles nous ont quittés et laissent à leurs proches un souvenir ému. C’est ce temps qui passe, ce temps qui a passé, ce temps d’ordinaire mis en sourdine au jour le jour, qui fait irruption soudain au hasard d’un visage ou d’un regard… ».

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