Culture et identité

Faire du 31 octobre la journée du souvenir de nos ancêtres morts sans sépulture

Inauguration d’une plaque commémorative devant la stèle d’Edmond Albius au Bocage

Témoignages.re / 2 novembre 2012

C’est un jalon que la municipalité de Sainte-Suzanne souhaite poser dans le cours de l’Histoire de La Réunion, faire de la date du 31 octobre celle de la souvenance des esclaves dont la dignité d’êtres humains a été niée de leur vivant et, au-delà, après leur mort. Une plaque commémorative a été inaugurée par le maire Maurice Gironcel devant la stèle d’Edmond Albius. Cette cérémonie et l’installation d’une stèle veulent rendre un hommage durable au martyr de nos ancêtres esclaves et faire connaître leur héroïsme.

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Cet acte s’inscrit dans une volonté de réhabiliter la mémoire et l’histoire des Réunionnais «  invisibles  »  : esclaves, engagés, «  petits  » créoles… Pour certains militants culturels, l’hommage aux ancêtres morts sans sépulture incorpore aussi une dimension de réparation symbolique vis-à-vis des Réunionnais qui ont vécu sous le joug de l’engagisme et de l’esclavagisme, a précisé Maurice Gironcel.

Le maire de la Commune de Sainte-Suzanne a rajouté également que « cette plaque est ainsi dédiée à la mémoire de ces milliers de femmes, d’hommes qui ont été enterrés dans les champs des propriétaires, sans respect de leurs rites funéraires, qui ont succombé dans les cales et été jetés à la mer pendant le voyage de l’infamie, qui ont été tués par les chasseurs de marrons, qui ont connu pendant des siècles la fuite ou la résistance dans nos cirques et dont les restes ont disparu parce qu’on les a privés de sépulture » .

Celle qui a été posée mercredi, c’était la sépulture de toutes ces « âmes errantes » , si familières à la tradition réunionnaise, les âmes de toutes celles et de tous ceux qu’on a voulu priver de caractère humain, à travers “le Code noir”. C’est là que nous invitons tous ceux qui veulent honorer la mémoire de leurs Ancêtres, à la veille de la Toussaint, à venir en pèlerinage parce que, si on nous a privés matériellement des ossements, l’âme de nos ancêtres est là et nous appelle à résister, à les honorer et à faire en sorte que leur vie n’ait pas été perdue, même si on a tout fait pour les faire oublier ».

C’est aussi et surtout une nouvelle page de l’Histoire de La Réunion qui s’écrit, non pas par le prisme des « vainqueurs et des Dominants », mais en réhabilitant le souvenir des martyrs et des opprimés.

« Nos ancêtres ont, depuis longtemps, rejoint là-haut. Et, tous ensemble, ils nous regardent et nous guident. Et je sens qu’ils partagent cet espoir : que ce récit sur notre peuple contribue à rendre un peu moins pesant le fait que l’Histoire, le plus généralement, est écrite par les vainqueurs » , Alex Haley, auteur américain de “Racines”.

Loin de vouloir rouvrir des blessures et des rancœurs qui appartiennent au passé, a souligné le maire, nous voulons surtout et avant tout poser un jalon, une marque de notre Reconnaissance et que chaque Réunionnais prenne pleinement conscience que nos ancêtres ont vécu un martyr de près de 2 siècles, de leur vivant et même le moment venu de leur mort.

C’est pour cela qu’à travers ce lieu de mémoire, il invite tous les Réunionnais à considérer que « nous ne sommes qu’au début de toute une appropriation de notre histoire ». « Notre responsabilité politique, notre responsabilité humaine, notre responsabilité de Réunionnais est de rendre hommage à nos ancêtres et faire connaître leur vie héroïque (…) de poursuivre leur rêve d’un pays qui leur appartienne et où chaque être humain peut s’épanouir sur tous les plans ».

Maurice Gironcel a conclu son discours en soulignant que c’est à nous maintenant d’écrire ces pages de réappropriation de notre Histoire. « La lutte pour notre Identité continue et elle passe aujourd’hui par Sainte-Suzanne » , a-t-il dit.

Une grande émotion

Nous avons assisté à une cérémonie d’une grande teneur émotionnelle, renforcée par la présence des très jeunes moringueurs de l’association KAIASSE, dont le militantisme pour préserver l’héritage des ancêtres n’est plus à démontrer. Les membres du groupe Zanaka Maloya, tous mineurs (le plus âgé, Gaétan, a 15 ans) ont offert une sublime prestation, accompagnés, une fois n’est pas coutume, par les tambouyés de la Chapelle du Front de mer, chère à M. Vel Mounigan.

Le passage de témoin est donc assuré, et M. Roger Valiamee, 77 ans, qui a clôturé les hommages par un maloya traditionnel, ainsi que les nombreuses personnes venues célébrer ce moment solennel peuvent être fiers de ces descendants.
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