Culture et identité

"Ferrat, nou sant, nou di"

Un grand spectacle musical ce samedi au Théâtre sous les Arbres du Port

Témoignages.re / 10 juin 2011

Ce samedi 11 juin à 20 heures 30, tous les Réunionnais sont invités à vivre un événement qui s’annonce d’ores et déjà très émouvant : il s’agit d’un spectacle musical créé par le groupe Oté Pirates pour rendre hommage à un grand chanteur français, Jean Ferrat, décédé il y a un peu plus d’un an, le 13 mars 2010. Ce groupe d’artistes très apprécié est composé des frères Patrick et René Sida et de Didier Delezay.
Ce spectacle, fortement attendu par les admirateurs de Jean Ferrat et de ces artistes réunionnais, sera donné à un endroit très symbolique : au Théâtre sous les Arbres de la ville du Port, en face de l’église Sainte Jeanne d’Arc. En effet, cet événement se déroule au moment où les Portoises et les Portois célèbrent le 40ème anniversaire de la victoire de Paul Vergès avec ses ami(e)s aux élections municipales de mars 71. Une victoire qui a ouvert la voie à de nombreux changements et événements historiques dans la cité maritime.
Parmi ces événements, il y a eu la rencontre entre le maire du Port et Jean Ferrat lors de la venue de ce dernier à La Réunion pour un concert en 1973. À cette occasion, Paul Vergès a invité le grand artiste militant à visiter le quartier du Cœur-Saignant, qui était à l’époque le plus grand bidonville de La Réunion, afin de montrer au chanteur de "Nuit et brouillard" un des grands défis à relever pour changer notre société. Durant cette visite, des jeunes Portoises et Portois comme Michèle Picardo et Claudine Brennus ont dansé le maloya avec Jean Ferrat pour lui faire connaître cette richesse du patrimoine culturel réunionnais.
"Témoignages" invite ses lecteurs à participer nombreux à cette soirée. En voici la présentation par les organisateurs eux-mêmes de ce projet.

"Ferrat, nou sant, nou di", c’est l’histoire d’une amitié née à La Réunion au début des années soixante dix, entre Jean Ferrat, un chanteur qui n’a jamais retourné sa guitare, un artiste à hauteur d’homme, et Nicaise, une forte personnalité du bidonville Cœur Saignant au Port. Bidonville aujourd’hui disparu, mais à l’époque le plus peuplé de l’île. Jean Ferrat en voyage avec son producteur avait visité Cœur Saignant à l’invitation de Paul Vergès.
Au crépuscule de leur vie de citoyens vigilants, les deux amis échangent l’un en français l’autre en créole. Ces réflexions sur l’enfance, la déportation et l’esclavagisme, l’engagement citoyen, l’amour, la fraternité, la mort... sont illustrées par dix sept chansons de Jean Ferrat, des très connues, des chansons à découvrir, certaines sont créolisées avec respect du sens et du poids des mots.
Patrick Sida, guitariste, concertiste classique, apporte au trio Oté Pirates, sa sensibilité et sa virtuosité. Son frère René Sida, également guitariste, a peaufiné la partie du texte en créole, à son image, c’est émouvant et chaleureux, il converse et chante avec Jean Ferrat, esquissé par Didier Delezay, dit Pirate, chanteur et auteur du livret.

"La Montagne" en créole…

Pour le trio Oté Pirates, le choix des chansons c’est avéré déchirant, tant les mélodies sont belles et les paroles brûlantes d’actualité. Ferrat était un manifestant en chansons, en poèmes, en actions, il avait tout abordé, souvent avant l’heure, les pauvres de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches, le retour des privilèges, la confiscation des pouvoirs par quelques castes, l’arrogance et le cynisme des nantis et des décideurs, la prédominance de l’économique sur le politique, la Justice à deux vitesses, l’abrutissement des masses par la publicité, les jeux de hasard, le sport business, la télévision racoleuse, la montée des intégrismes de tous bords, la jeunesse exclue du monde du travail et qui finira par inventer son avenir.
Ferrat chantait à merveille l’amour, mais aussi fustigeait les aberrations du capitalisme. Ferrat c’était la force de la conviction et la tendresse des relations. Le trio Oté Pirates a su remarquablement créer ce parcours musical dans les pas de l’homme qui ne trichait pas.
Oté Pirates interprète une version en partie créolisée et toute personnelle de "La Montagne", chanson emblématique d’un poète droit, authentique, sincère, d’un humaniste farouche, qui nous a quittés il y a un an et restera dans la mémoire collective du peuple.
Une heure et demie de parcours musical intimiste dans la vie et l’œuvre de Jean Ferrat, c’est ce samedi 11 juin, au Théâtre sous les Arbres, lieu animé avec passion par le comédien metteur en scène Michel Brès ; il est préférable de réserver (0262.43.90.10). On peut également voir et écouter des chansons sur le site : http://chansonsetpiments.com


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