Culture et identité

François Hollande, Françoise Vergès et Jean-Pierre Bel donnent une portée internationale à la célébration du 10 Mai

Commémoration à Paris de l’abolition de l’esclavage

Témoignages.re / 11 mai 2012

Hier matin, à 11 heures, dans les Jardins du Luxembourg à Paris s’est déroulée la 7ème commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, dans le cadre de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, pour célébrer en France et en Outre-mer l’anniversaire de la loi sur "La reconnaissance de l’Esclavage comme crime contre l’Humanité". En présence d’un public nombreux, Jean-Pierre Bel, président du Sénat, et Françoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire et de l’esclavage (CPMHE), ont accueilli plusieurs personnalités, dont le nouveau président de la République, François Hollande. Avec les représentants de plusieurs pays européens, qui ont également pratiqué l’esclavage, ils ont donné une dimension internationale à cette cérémonie et des perspectives liées à la transformation de nos sociétés d’aujourd’hui.

La cérémonie a été retransmise en direct en France et outre-mer par la chaîne télévisée Public Sénat. Et avant que les organisateurs reçoivent les personnalités invitées, des historiens ont été interrogés par la télévision sur le sens de cet événement.
Marcel Dorigny, ancien membre du CPMHE, a notamment souligné la « dimension planétaire de l’esclavage colonial », qui a frappé « un chiffre colossal de quelque 13 millions de personnes » déportées par la traite négrière et d’environ 60 millions d’Africains qui furent capturés dans des razzias durant les trois siècles et demi qu’a duré ce système.
François Durpaire, membre du CPMHE, a rappelé que « tous les citoyens, pas seulement les descendants d’esclaves, sont concernés par la célébration du vote de la loi du 10 mai 2001, car il ne faut pas oublier que la résistance des esclaves dans les colonies françaises est un socle fondateur de la liberté et des droits humains créés dans la République » après la Révolution de 1789.

Reconnaissance aux peuples des Outre-mers

Françoise Vergès, interrogée par les journalistes qui ont souligné « le brio » avec lequel elle préside le CPMHE, s’est félicitée que le 10 mai soit devenu « une date républicaine, comme le 8 mai » (anniversaire de la Victoire de 1945 contre les nazis), et que cette année, non seulement des représentants de l’État français mais aussi de plusieurs États européens, également colonisateurs et esclavagistes, aient répondu à son invitation. Elle a également exprimé sa satisfaction que le nouveau président de la République soit venu participer à cette cérémonie.
François Hollande a traversé le jardin aux côtés de Jean-Pierre Bel et de Françoise Vergès, avec qui il a eu une longue conversation. Il a déclaré aux journalistes qu’il est important de développer la connaissance de « l’histoire de l’esclavage qui a été trop longtemps occultée » et il a exprimé sa reconnaissance aux peuples des Outre-mers qui lui ont « donné beaucoup » lors de son élection à la présidence de la République.

« Un monde marché barbare »

Outre ces déclarations, la cérémonie a été marquée d’une part par la prestation de deux artistes, qui ont lu des textes très émouvants de plusieurs écrivains antillais : Aimé Césaire, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau. Dans ces textes, Greg Germain et Nicole Dogué ont notamment mis l’accent sur « la distance infinie de l’esclavage et de la colonisation avec la civilisation » et sur le fait que « l’on a fermé l’œil là-dessus comme sur l’hitlérisme ». En même temps, ils ont affirmé que « la mémoire des esclavages nous est précieuse » pour combattre le libéralisme économique, avec un capitalisme qui ne respecte pas la liberté des citoyens dans « un monde marché barbare ».
Un autre temps fort fut bien sûr l’allocution de Jean-Pierre Bel, qui a notamment rendu hommage au travail accompli par le CPMHE avec Françoise Vergès, qu’il a notamment félicitée pour la réussite du séminaire des "Mémoires croisées" organisé mercredi au Sénat. Il a également rappelé « la force de l’esprit de résistance » des esclaves, qui a été trop longtemps oubliée et qui reste un vide à combler. Enfin, le président du Sénat a donné une portée universelle à la commémoration de l’esclavage et il a actualisé ce devoir de mémoire en déclarant qu’il faut « lutter aujourd’hui contre toutes les formes de discriminations et d’asservissement dans le monde ».

Correspondant


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