Culture et identité

Gilbert Annette : « Le sens, c’est la lutte pour notre liberté d’aujourd’hui »

Retour sur l’inauguration de la stèle en hommage à Géréon et Jasmin

Témoignages.re / 16 avril 2013

"Témoignages" a déjà consacré deux pages à la grande cérémonie organisée mercredi matin (10 avril) par la Mairie de Saint-Denis au Barachois pour rendre hommage à deux esclaves décapités à cet endroit après la révolte de novembre 1811 dans la région de Saint-Leu contre l’esclavage à La Réunion (voir notre édition de jeudi). Le maire de Saint-Denis, Gilbert Annette, nous a fait parvenir le discours très intéressant qu’il a prononcé lors de l’inauguration de la statue du sculpteur Henri Maillot, à l’occasion de cet hommage à Géréon et Jasmin, ces deux esclaves combattants de la liberté. Nous publions ci-après le texte intégral de cette allocution, avec des intertitres de "Témoignages".

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Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le président de l’association du Comité Élie, M. Yvrin Rosalie,

Monsieur le Directeur de la Chaire UNESCO, M. Sudel Fuma,

Monsieur le sculpteur, Henri Maillot,

Monsieur l’artiste, Jimmy Maillot "Dioxyne",

Mesdames et messieurs les présidents d’associations,

Mesdames, messieurs, chers amis.

La valeur d’un exemple

C’est un très grand honneur pour moi d’inaugurer ce monument en hommage à Géréon et Jasmin, deux figures emblématiques de notre histoire régionale et dionysienne.

Si nous sommes ici ce matin, c’est bien parce que nous tenons à honorer la mémoire de ces deux esclaves qui n’ont pas hésité à s’engager dans la voie qui leur paraissait la seule juste : revendiquer leur liberté.

Liberté, Égalité : des valeurs qui sont encore les nôtres aujourd’hui.

Leur vie a donc pour nous tous la valeur d’un exemple, auquel notre devoir nous commandait de rendre hommage aujourd’hui.

L’importance de la connaissance historique

Par l’édification de ce monument, nous souhaitons laisser une trace de ces deux héros réunionnais. Nous voulons faire connaître au plus grand nombre cette page de notre histoire régionale et locale.

Régionale car elle touche tous les Réunionnais, et locale car c’est à Saint-Denis, ici même, qu’il y a eu l’exécution capitale.

Ce devoir de mémoire et de connaissance historique est important. Je ne le répéterai jamais assez. Le label d’art et d’histoire que nous avons obtenu y participe et nous incite encore plus à les perpétuer.

Un immense héritage

Chers amis, l’histoire de Géréon et de Jasmin est une grande histoire. Que nous apprend leur lutte, leur résistance ?

Ces deux héros, ces deux indignés, ces deux révoltés victimes de la répression, exécutés sur le front de mer, nous laissent un immense héritage.

Héritage dans le sens de leur action et un héritage dans ces actes de courage.

Le sens, c’est la lutte pour la liberté, pour leur liberté, pour notre liberté d’aujourd’hui.

Hommage à tous les résistants

À travers cet hommage rendu à Géréon et Jasmin, c’est un hommage aussi que nous rendons à tous les résistants, à tous ceux qui ont lutté pour une vie meilleure, et à tous ceux qui sont morts pour leurs idéaux.

Ce mot "liberté", car c’est de cela qu’il s’agit, ce pour quoi ils ont perdu leur vie, ce mot, prononçons-le le plus souvent possible. C’est un mot magique « qui ne s’use jamais, mais qui peut disparaître si on le délaisse » , si on ne le met pas comme eux, les résistants, au début de notre pensée.

Le courage de ces héros

L’héritage que nous laissent aussi ces deux héros, c’est le courage.

Ils ont osé dire non à un système inique, alors que l’esclave dit toujours oui.

Cet acte de courage nous montre qu’au-dessus de toute autorité quelle qu’elle soit, il y a des valeurs fondamentales d’humanité, il y a notre dignité d’être humain qui doit nous guider en tout et contre tout. Que notre vigilance doit être quotidienne.

La lutte de ces résistants nous apprend aussi que le hors-la-loi d’un jour peut être le porteur de la légalité de demain. Qu’un condamné à mort peut être un héros demain.

Aller vers une communion des idées partagées

Chers amis, ceux qui ont été exécutés ici sont morts pour leur liberté, pour leur dignité. Mais ils sont morts avec une âme de vainqueur.

Pour une commune, il est important d’avoir son propre passé qui va s’inscrire dans la mémoire collective. Cet hommage rendu aux deux résistants participe à la construction de l’identité dionysienne.

Je crois que cette mémoire collective peut aider à gommer des souvenirs douloureux et peut conduire à une communion des idées partagées.

Remerciements

Je voudrais remercier le sculpteur Henri Maillot qui, par son œuvre originale, a su rendre et nous faire part de ce tragique moment de notre Histoire. À partir d’aujourd’hui, le souvenir de Géréon et de Jasmin sera inscrit dans ce noble matériau qu’est la pierre.

Quel que soit le temps, ce souvenir restera gravé dans notre mémoire. Et cette mémoire là sera éternelle et inaltérable.

Je voudrais saluer aussi la présence de Jimmy Maillot "Dioxyne", artiste qui — à sa manière, par sa prestation de slam — participe à cet hommage.

Une reconnaissance collective

Merci à toutes et à tous qui ont contribué à cette reconnaissance collective.

En espérant avoir contribué à l’édification d’un pan de notre histoire communale et régionale, je vous convie au dévoilement du monument.

Victor Hugo disait : « Le souvenir, c’est la présence invisible ». Que pour la satisfaction de tous, ce monument rende plus visible la présence de Géréon et Jasmin, chers à notre commune.

Mesdames, messieurs, je vous remercie.


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