Culture et identité

Histoire du "Maronaz"

Témoignages.re / 16 décembre 2009

"Témoignages" retrace quelques propos sur l’histoire de La Réunion et du marronage tenus lors de la conférence d’hier sur "le Maronaz" réunissant Aline Murin-Hoarau et Lucien Biedinger du Cercle philosophique réunionnais.

L’histoire du marronnage est bien sûr liée à celle de l’esclavage. Or, nous savons tous que l’insuffisance des sources rendent difficiles le travail de l’historien. A partir de ce postulat, il nous est pas non plus autorisé d’inventer notre histoire ou de l’instrumentaliser.

I - Le marronnage dans notre histoire

Le mot marron (cimarron) désigne les esclaves fugitifs, se cachant, vivant et, parfois se regroupant, dans des régions isolées restées à l’état plus ou moins naturel.
Certains auteurs ont écrit que le premier marronnage avait eu lieu dès le début du peuplement définitif de Bourbon entre 1663 et 1665. Le groupe de douze personnes, deux Français et dix Malgaches dont trois très jeunes filles se sépare sur des critères ethniques ; les Malgaches se réfugient sur les premières pentes de Saint-Paul, les deux Français s’installant dans la plaine.
Mais dans ce groupe, personne n’est alors esclave.

1715-1767 : la grande époque du marronnage
La découverte de caféiers sauvages sur l’île montre que cette plante peut y réussir. Bourbon vient de trouver une culture de plantation. La Compagnie qui va, au nom du Roi, administrer Bourbon jusqu’en 1767, oblige les colons à consacrer au minimum 1/5 de leurs terres aux caféiers.
Les besoins de main-d’œuvre entraînent un important accroissement de la traite négrière.
En 1723 les Lettres patentes (Code noir des Mascareignes) officialisent un véritable système esclavagiste de plantation à Bourbon.
L’administration royale directe qui débute en 1767 voit le marronnage décliner constamment et devenir rare en fin de période révolutionnaire.

II - La pratique du marronnage à Bourbon

On distingue plusieurs formes marronnage.
La première, simple fuite temporaire d’un ou deux esclaves, s’apparente au vagabondage. Souvent le ou les fuyards rejoignent vite l’habitation.
Le grand marronnage est en général soigneusement préparé.
Commence alors dans les montagnes une nouvelle organisation sociétale, difficile et périlleuse. Cette soif de liberté impose un retour à une existence naturelle. Souvent on renoue avec ses pratiques religieuses et coutumes ancestrales.
Le fort isolement imposé pousse les grands marrons à tenter des descentes dans les Bas, pour se procurer des vivres, des outils, éventuellement des armes et principalement des femmes.

Les causes du marronnage sont multiples
Les cas de petit marronnage, le plus souvent, découlent du sort de l’esclave sur l’habitation :

- La crainte d’une punition injustifiée ou pensée très sévère, les mauvais traitements, la dureté du travail pousse, dans un premier temps l’esclave, à fuir pour y échapper.
Le grand marronnage, préparé, puis organisé, est une forme authentique de résistance au système esclavagiste. La soif de liberté, qui selon la philosophie des Lumières, est un besoin et un droit naturel de tout être humain, ne peut que pousser certains de ceux qui en sont privés par un système injuste, à refuser cette privation et leur donner droit à la révolte.
A partir de 1725, toute une série de mesures vont être prises par les autorités pour réduire le marronnage.
Durant toute la période1725/1735, des détachements conduits par des chasseurs professionnels comme Dugain et Mussard se spécialisent dans la chasse aux marrons.
La vigueur et la brutalité de cette chasse a fait reculer fortement le marronnage, sans y mettre fin. Le bilan de cette période, qualifié parfois de temps des "guerres marronnes", donne une idée de l’importance, mais aussi des limites du grand marronnage sur l’île Bourbon, un relief favorable à cette forme de résistance, mais une exiguïté territoriale qui le confine à de petits camps.

III- La place du marronnage dans les combats pour la liberté à Bourbon

L’interdiction de la traite de 1817 s’applique à Bourbon. Elle apparaît comme les prémices d’une abolition prochaine.
Elle est la cause essentielle de la quasi-extinction du grand marronnage entre 1815 et 1848.
Contrairement aux assertions simplistes de certains, les idées des Lumières ont été connues dans l’île, y compris d’ailleurs par des partisans de l’esclavage. Les hommes présents dans l’île comme (Dayot, Vinson), les autres, pour diverses raisons vivant en France (Leconte de Lisle, Lacaussade, Houat) défendent les esclaves et sont des acteurs du combat abolitionniste.

Conclusion :
Le marronnage marque la révolte, la lutte, l’héroïsme.
Le marronnage est un patrimoine politique, à mon sens juste, humain transparent, généreux, courageux que le politique (homme et femme) doit garder et appliquer dans le présent et l’avenir pour construire des projets réunionnais avec tous le Réunionnais vivant dans une île où le métissage signe cette diversité qui se conjugue dans l’unité.


Enquête publique sur la MCUR

Où, quand et comment apporter votre soutien
à ce grand projet réunionnais ?

La nouvelle enquête publique concernant la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) a lieu du 7 décembre au 7 janvier à la mairie de Saint-Paul.

Il est évidemment essentiel que toutes celles et tous ceux qui sont convaincus de la nécessité de cet équipement de service public pour les Réunionnais s’expriment à cette occasion. C’est le moment où jamais.

Cette enquête porte sur :

- l’utilité publique des acquisitions et travaux relatifs à la réalisation de la MCUR

- sur la compatibilité du POS

- sur la cessibilité des terrains nécessaires au projet.

Un registre est ouvert pour chaque thématique.

Il y a plusieurs manières de manifester votre soutien :

- par courrier adressé au président de la commission d’enquête, M. Claude Derbois, Hôtel de Ville, 97460 Saint-Paul ;

- en se rendant sur place et en écrivant vos remarques sur un des 3 registres en fonction de ce que vous avez à dire (argument concernant l’utilité publique ou argument concernant le POS ou encore la cessibilité des terrains) ;

- vous pouvez aussi vous entretenir avec le commissaire enquêteur. Le commissaire enquêteur est présent aux jours et heures suivants :

• à la Mairie de Saint-Paul :


- Lundi 14 décembre 2009 de 13h à 16h

- Lundi 21 décembre 2009 de 9h à 12h

- Lundi 28 décembre 2009 de 13h à 16h

- Jeudi 7 janvier 2010 de 9h à 12h et de 13h à 16h

• à la Mairie annexe de Plateau Caillou :


- Mardi 15 décembre 2009 de 13h à 16h

- Mardi 29 décembre 2009 de 9h à 12h


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