Culture et identité

Hommage aux enfants malgaches

Cérémonie à Sainte-Marie

Témoignages.re / 25 novembre 2009

Une émouvante cérémonie a eu lieu vendredi dernier à La Ressource (Sainte-Marie), lors du 20ème anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, en hommage aux enfants venus de Madagascar il y a environ 150 ans et dont une centaine succombèrent sur place.

Entre 1850 et 1872, plusieurs centaines d’enfants en provenance de Mayotte, Nosy Be et l’île Sainte-Marie sont arrivés aux centres de La Ressource et de Nazareth, pour y être « élevés et instruits » et « les enrichir de toutes les connaissances pratiques qu’ils auront puisées au sein d’un pays civilisé ». Une centaine d’entre eux moururent sur place et y furent enterrés sans sépulture. « Ils gisent aujourd’hui dans un terrain vague, en contrebas du cimetière jésuite, sans croix, sans nom, sans aucune inscription », selon l’ouvrage "Riana" de Pascale Moignoux (éditions Azalées).
Lors de la cérémonie de vendredi dernier, un hommage a été rendu à ces enfants. Une plaque commémorative a été installée, en présence d’une cinquantaine de personnes, à l’initiative de Christian Vittori, l’éditeur de "Riana", aidé par les associations Ny Valiha et Dia50.
La grand-mère de tous les Réunionnais est d’origine malgache, et un tel hommage est un juste retour des choses : La Réunion, dans sa diversité ethnique, cultuelle et culturelle, reconnaît ces enfants et leur donne une existence.

« S’enrichir de ses différences… »

Le Dr Alice Ranorojaona-Pélerin, co-organisatrice du projet, et qui a traversé Madagascar à pied (2.250 km en 7 mois, de juillet 2008 à février 2009), explique : « C’est ainsi que, de La Réunion, ses descendants rappellent à Madagascar la voie de son enracinement (le culte des ancêtres, le "Fihavanana", ciment de l’unité malgache) et posent la première pierre d’un édifice qui devrait l’aider à se reconstruire, en ces temps bien troubles… Afin de donner à l’évènement la portée qu’il mérite, nous avons sollicité la présence des Réunionnais de toutes origines, car La Réunion, c’est ça : s’accepter mutuellement et s’enrichir de ses différences… ».
Ils étaient tous là. Et une personne spécialement arrivée de Madagascar, mandatée par l’association AFAKA : Mme Nicole Rambelo.

Rassemblés au nom de l’amour

Beaucoup d’émotion lors de cette cérémonie non religieuse, mais en présence de M. Idriss Issop Banian, du Groupe de dialogue inter-religieux de La Réunion, qui a lu un poème.
Beaucoup d’émotion encore lorsque Mme Charlotte Rabesahala a lu une liste de noms, impressionnante par sa longueur : ceux des enfants décédés qui se trouvaient sous les pieds de tout le monde…
Beaucoup d’émotion enfin lorsque la représentante de Madagascar a versé symboliquement de la terre, du miel et du toaka-gasy (alcool artisanal malgache), et lorsqu’elle a reçu des présents… Tout ceci ponctué par les chants des groupes Ny Valiha, Dia50 et de leurs amis. Alice Pélerin avait pour l’occasion créé trois nouveaux chants, dont "Tony", qui en malgache signifie "en paix"...
Cette cérémonie se poursuivit à la lueur des torches, des bougies et d’un croissant de lune et prit fin vers 22 heures 30 seulement… Tous étaient rassemblés au nom de l’amour, universel au-delà des religions et des cultures.

Correspondant


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