Culture et identité

Hommage aux marrons et défilé populaire avec KAIASSE

Journée du 20 décembre à Sainte-Suzanne

Témoignages.re / 23 décembre 2010

Aucune facette de notre Histoire n’a été oubliée en ce jour (ndlr : lundi 20/12/2010) de commémoration. L’OMS a organisé son traditionnel relais des marrons et l’association KAIASSE a permis à plus de 400 personnes de « libérer la joie dans leurs cœurs » en pensant à tous nos ancêtres qui, il y a 162 ans, sortaient du joug de ce crime contre l’humanité.

De cette course, désormais mythique, organisée par l’OMS et qui a rassemblé plus de 400 personnes, soit 329 relayeurs, 100 signaleurs, 20 membres du staff technique, les équipes masculine et féminine de Vacoas Phénix, « nos jumeaux mauriciens », qui inscrivent leur nom au palmarès 2010, le vibrant discours du président de l’Office municipal des sports a marqué les esprits.

En classant les cirques, les pitons, les remparts au patrimoine mondial de l’humanité, l’UNESCO grave à tout jamais les marrons dans le patrimoine du monde

Yolande Pausé, le maire de la commune, devant la stèle d’Edmond Albius, à Bellevue, quartier qui a vu naître ce grand Homme réunionnais qui découvrit, au nez et à la barbe des plus grands botanistes du monde entier, le procédé de fécondation de la vanille, a tenu à rappeler tout d’abord le combat qu’a mené un autre grand Homme réunionnais, Lucet Langenier, maire de la commune de Sainte-Suzanne de 1980 à 1993, pour que notre population s’approprie son Histoire et en soit fier.

C’est lui qui fut à l’initiative de faire revivre, l’espace de cette journée de commémoration, la mémoire de ceux qui se sont dits un jour : « Assez, assez Frères, assez d’être asservis », ceux que l’Histoire retiendra comme les marrons, ceux qui ont brisé leurs chaînes et pris le chemin de l’exil.

Citant Louis Timagène Houat (1), extrait de son livre “Les Marrons” de 1844 : “Ah frères, on n’est pas seulement le bœuf qui traîne la charrette… Malgré tout, il vous reste encore, quoi que esclave, un sentiment, un instinct d’homme… et cet instinct s’est réveillé chez moi avec un redoublement de cris que je ne puis rendre mais que chaque coup de la lutte n’a fait qu’augmenter… et voilà qu’au lieu de m’être assoupli, dompté, je suis devenu un véritable caïman”, le président de l’OMS rappelle combien : « Ces hommes et ces femmes, qui ont conquis le cœur de notre île, la partie la plus inhospitalière de l’époque pour en faire leurs lieux de survie et échapper ainsi à l’asservissement, doivent rester à tout jamais gravés dans le cœur de tous les Réunionnais pour l’héritage et les valeurs morales qu’ils nous laissent ».

Les hauts lieux du marronnage que sont les cirques, les pitons et les remparts : Mafate, Cilaos, Salazie, Îlet Marron, Îlet du commandeur, Piton d’Anchaing, Crête de la Marianne, Piton Rouge, Dimitile, Cimendef, Plaines des Cafres, les cavernes et les grottes et à Sainte-Suzanne, Decotte et bien d’autres sites encore, sont aujourd’hui classés au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO tout comme le maloya.

Leur lieu de vie, leur musique est aujourd’hui au panthéon des merveilles que le Monde doit préserver pour les générations à venir et nous, peuple réunionnais, devons tout faire pour nous en montrer dignes.

Pouvait-on rêver meilleure consécration et plus grand motif de fierté ?

KAIASSE fait vivre à la Ville un moment fort de partage, de joie et de communion pour la célébration de la liberté retrouvée

Aux alentours de 17h, tous les membres et sympathisants de cette association, qui milite depuis toujours en faveur de la culture et de la jeunesse (1 école de moringue de près de 100 licenciés, 1 club d’arts martiaux de près de 70 licenciés et de nombreuses actions le long de l’année), s’étaient donnés rendez-vous sur le parvis du lycée de Bel Air.

Une marée rouge et blanche a ensuite envahi la rue, emboîtant le pas aux 50 jeunes percussionnistes qui ont rythmé le défilé dan’ somin de la population présente.

Cé kom sa ke nout listwar, jamé li va mor

« Je suis fier d’être parmi vous ce soir, de partager ce moment avec vous, empreint d’une grande solennité, d’une grande simplicité et surtout d’une grande profondeur », synthétisa Daniel Alamélou, conseiller général et 1er adjoint de la commune de Sainte-Suzanne. « Votre dynamisme, votre combat pour la défense de notre culture et de nos traditions sont exemplaires et je me réjouis de cette adhésion populaire plus grande chaque année ».

Plus de 400 personnes se sont retrouvées, après un défilé autour de la ZAC entrée de Ville et de la Médiathèque Aimé Césaire, autour d’un riz-poulet grillé-rougail tomate, pour un repas partage au son du maloya avec la participation de Roger Valiamée, conteur et « passeur de mémoire », que les enfants ont accompagné avec brio jusque tard dans la nuit.

« Cé sa ke mi veu vwar toultan : no zansyin i transmet, no zenfan i reswa. Domin sora zot tour pou transmet. Cé kom sa ke nout listwar, jamé li va mor », tels sont les mots de Jean Claude Calimoutou, maître d’œuvre de cette soirée qui restera longtemps gravée dans le cœur de ceux qui y étaient.

1) Écrivain né à Saint-Denis en 1809, qui fut expulsé de La Réunion en 1838 pour son engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage.


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