Culture et identité

Hommage aux morts sans sépulture

Dimanche 31 octobre au cimetière du Père Lafosse

Témoignages.re / 28 octobre 2010

À l’approche de la fête des morts, la MCUR-RCA et la mairie de Saint-Louis n’oublient pas les ancêtres morts sans sépulture, esclaves et marrons, dont les noms souvent ne nous sont pas parvenus alors que nous en sommes les héritiers. Une cérémonie est organisée au Père Lafosse ce dimanche.

L’association MCUR-RCA (Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise-recherche-culture-action) et la mairie de Saint-Louis organisent une cérémonie de recueillement dimanche 31 octobre, au cimetière du Père Lafosse afin de rendre hommage aux ancêtres morts sans sépultures. Cette démarche s’inscrit dans une continuité. L’année dernière, à l’initiative de la MCUR et en présence du président du Conseil régional Paul Vergès, une stèle avait été inaugurée. Un monument qui avait pour objectif « d’inscrire dans la pierre la présence de centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants inhumés sans que leur nom et la trace de leur présence aient été enregistrés ». La MCUR-RCA souhaite qu’à l’avenir cette cérémonie de recueillement pour les ancêtres morts sans sépultures soit organisée dans d’autres communes.
En attendant, Jean-Claude Carpanin Marimoutou, président de la MCUR-RCA, invite la population à rejoindre les artistes, les associations et toutes les composantes religieuses de l’île ce dimanche au cimetière du Père Lafosse, l’un des rares cimetières où des esclaves sont inhumés. Car si les esclaves étaient enterrés dans des fosses communes et les marrons parfois précipités du haut des remparts, ils n’ont pas eu de sépulture, soutient le président de la MCUR-RCA. « Le travail de deuil, de veillée funèbre qui inscrit les morts dans une ancestralité n’a pas été fait », explique-t-il. Cet hommage s’adresse donc à « tous ceux qui sont morts sans prière, sans lamentation ». Comme on l’a fait pour la tombe du soldat inconnu ou encore lors de l’opération Pondichéry 2010, en hommage aux engagés, pour à la fois les inscrire dans une ancestralité et célébrer ce qu’ils ont apporté à La Réunion.

Réparer un passé inhumain

Pour Émilie Assati, membre de la MCUR-RCA, cette cérémonie doit être vécue comme « une réparation pour mettre fin à une sorte de conspiration du silence ». Il s’agit de redonner une humanité aux esclaves, réparer un passé qui a été inhumain. Pour Patricia Coutandy, le public est invité à cette cérémonie car il n’y a pas qu’Halloween à fêter. D’autant plus, comme le fait remarquer Emmanuel Miguet, que « chacun se rend compte aujourd’hui qu’il est le fruit d’une histoire personnelle à travers les recherches généalogiques ». Aline Murin-Hoarau, conseillère régionale de l’Alliance, est convaincue que les Réunionnais doivent s’approprier l’histoire de leurs ancêtres « qui a forgé la détermination à résister face à l’injustice et la misère ».
Si ce mois d’octobre prend fin avec cette cérémonie d’hommage, elle s’est ouverte avec l’anniversaire du classement du maloya au patrimoine mondial, le 1er octobre. Une autre date que la MCUR-RCA voudrait inscrire dans le cœur des Réunionnais, comme le 20 Décembre. « Le maloya est l’exemple le plus net de l’apport de tous, comment les Réunionnais ont pu construire ensemble une culture », rappelle Jean-Claude Carpanin Marimoutou. La MCUR-RCA regrette cependant que le Conseil régional n’ait pas célébré cette reconnaissance du maloya de façon solennelle cette année. De son côté, la MCUR-RCA prépare un livre sur le maloya pour début 2011.

EP


Programme

Dimanche 31 octobre, de 9h30 à midi, au cimetière du Père Lafosse à Saint-Louis : chant d’hommage de Madame Baba, prise de paroles (maire de Saint-Louis, MCUR-RCA), prières et cérémonie selon les différents rites de l’île, chant d’hommage de Dédé Lansor.


« Le cimetière des âmes perdues »

Le cimetière du Gol ou du Père Lafosse à Saint-Louis appelé « cimetière des âmes perdues » date de 1775-1780. C’est l’un des rares cimetières d’esclaves identifiés par les historiens et les archéologues. Le père Lafosse, curé et maire de Saint-Louis, militant abolitionniste, y est enterré. La tombe est un lieu de pèlerinage, notamment le 20 Décembre pour commémorer l’abolition de l’esclavage. Jusque dans les années 80, les charretiers et planteurs de Bois de Nèfles Coco de l’association Moulin Maïs se rendaient en cortège avec des joueurs de rouleur jusqu’au cimetière du Père Lafosse.
La stèle installée en 2009 rappelle : « des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes ont été arrachés à leur terre natale pour être mis en esclavage sur cette île, de la fin du 17ème siècle jusqu’à l’abolition de 1848. Le Code Noir les réduisait à l’état de biens meubles. L’esclavage colonial les a privés de sépulture et a effacé toute trace de leur présence. Tout être humain a droit au souvenir. Par ce moment, nous réparons cet oubli. Nous rendons hommage à leur vie, à leur courage et à ce qu’ils nous ont légué ».


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