Culture et identité

Huguette Bello : « La liberté, l’horizon de l’Homme »

Célébration de "2011, l’année d’Élie, un combattant réunionnais de la liberté"

Témoignages.re / 18 février 2011

Lundi dernier, "Témoignages" a publié un compte-rendu de la "Rando-vélo-mémoire" organisée la veille par l’association Trans’Port Vélo Ville avec d’autres partenaires comme le Kolèktif Lané Élie (KLÉ) depuis Le Port jusqu’à la ravine du Trou à Saint-Leu, dans le cadre de la célébration du 200ème anniversaire de la plus grande révolte des esclaves à La Réunion. Nous avons en particulier évoqué le discours prononcé par la députée-maire de Saint-Paul sur le square des esclaves exécutés dans cette ville, où elle a accueilli avec d’autres élues saint-pauloises les participants à cette randonnée. Comme promis, nous publions ci-après un premier extrait de cette intervention d’Huguette Bello, où elle s’adressait notamment à Sudel Fuma, le porte-parole du KLÉ, aux responsables d’associations culturelles et aux randonneurs. Les inter-titres sont de "Témoignages".

La municipalité de Saint-Paul est heureuse de s’associer à cet hommage aux esclaves réunionnais, et plus précisément à ceux qui ont été condamnés à mort puis exécutés pour avoir participé à la révolte pour la liberté à Saint-Leu en 1811.
L’année 2011 sera dédiée à Élie, esclave et héros de la révolte de Saint-Leu.
Je vous félicite d’avoir pris cette initiative de ramener à la lumière ceux que l’histoire officielle a laissés dans l’obscurité : nos ancêtres anonymes, esclaves et marrons, encore méconnus de notre peuple dont ils sont pourtant les seuls héros.
Cimendef, Héva, Mafate, Élie... C’est l’histoire des marrons, c’est l’histoire des esclaves. C’est notre « guerre de Cent Ans », comme a dit le Docteur Mac Auliffe.

Jetés dans les fosses communes de l’oubli

Élie, qui défie par son seul courage l’ordre esclavagiste et encourt la peine de mort pour le triomphe de la justice et de la liberté de ses semblables, s’inscrit dans la lignée des grands héros tragiques comme Spartacus, Antigone...
Élie, héros tragique, peut nous rappeler Prométhée... Élie, esclave réunionnais, est inscrit dans la réalité historique, l’autre dans la mythologie.
Notre peuple ne connaît pas Élie.
L’étouffement de l’épopée de l’histoire des esclaves rebelles a participé à l’oppression esclavagiste.
Il s’agissait de les jeter dans les fosses communes de l’oubli afin qu’ils ne passent pas à la postérité.

L’équilibre et du corps et de l’identité

Dans d’autres pays, le nom des leaders des révoltes d’esclaves a connu une postérité importante. Makandal, chef des insurgés à Saint-Domingue, Orookono, leader des marrons de Surinam, ou Moses Bom Saamp en Jamaïque sont autant de figures historiques.
Qu’il en soit de même pour Élie !
Je remercie les organisateurs de cette manifestation rando vélo entre Le Port, Saint-Paul et Saint-Leu de mettre ainsi la pratique sportive au service de l’Histoire. Sport, culture : des valeurs que nous défendons avec conviction à la Mairie de Saint-Paul.
Mailler ainsi le devoir de mémoire et l’effort physique pour le bon équilibre et du corps et de l’identité, c’est une bonne philosophie ! Nous avons quelques philosophes sportifs parmi les personnes présentes, n’est-ce pas ?

La liberté, aspiration suprême des humains

Votre itinéraire de la liberté part du Port, ville rebelle qui a toujours organisé la résistance contre l’injustice.
Il passe par Saint-Paul, berceau du peuplement où, dès le départ, des hommes ont refusé la servitude et ouvert le combat pour la liberté, pour la dignité.
Votre circuit se termine à Saint-Leu, lieu de la révolte des esclaves.
La liberté est l’horizon de l’Homme ; c’est l’aspiration suprême de tous les êtres humains.


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