Culture et identité

II) Les origines en Europe

Témoignages.re / 14 avril 2011

Comment une telle révolte a-t-elle pu éclater ? Pour bien comprendre cet évènement, il nous faut franchir 10.000 km dans l’espace et monter d’une vingtaine d’années dans le temps.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

Nous sommes en France le 27 août 1789, soit un peu plus d’un mois après le prise de la Bastille qui devait symboliser la fin de l’ancien régime et l’avènement de la République ; à cette date, l’Assemblée nationale constituante votait la “Déclaration des droits de l’homme et du citoyen”.
Cette “Déclaration” commençait notamment son article premier par cette phrase devenue célèbre depuis : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

C’était lancer dans le monde entier la première condamnation officielle et légale de tout régime basé sur l’asservissement de l’Homme par l’Homme.

Le décret de la Convention

Néanmoins, si la Constituante avait posé le principe de la liberté fondamentale de tout individu, elle n’avait pas été jusqu’à s’attaquer de front au système de l’esclavage.
Ce pas décisif sera franchi 5 ans plus tard, en 1794, par la “Convention nationale”, qui succéda à l’Assemblée constituante.
C’est en effet le 16 Pluviose de l’An II que la Convention prit le Décret suivant : « La Convention nationale déclare aboli l’esclavage des nègres dans toutes nos colonies : en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouissent des mêmes droits assurés par la Constitution ».

Le Senatus-Consul de Bonaparte

Mais la Convention devait succéder le Directoire, puis au Directoire le Consulat : et le Consulat, c’était Bonaparte, premier consul.

Ill) Les répercussions outre-mer

Toussaint Louverture, libérateur de Saint-Domingue

Ce Sénatus-Consulte de Bonaparte, qui constituait un retour de 6 années en arrière, allait déclencher outre-mer une série de soulèvements, c’est ainsi que la France perdit sa colonie de Saint-Domingue (l’une des Grandes-Antilles) située à côté de Cuba, dans la mer des Caraibes et aujourd’hui République indépendante sous le nom de Haïti. Les troupes du Général Leclerc n’ayant pu venir à bout des Noirs qui s’étaient révoltés sous la conduite de Toussaint Louverture.

Trois années de révolte à la Guadeloupe

Les Guadeloupéens eurent un sort soins heureux que les Haïtiens, mais la révolte dura quand même trois ans : il fallut en effet trois longues années aux troupes du Général Richepanse pour venir à bout des Noirs de la Guadeloupe, l’une des petites Antilles, située elle aussi dans la mer des Caraibes, aujourd’hui Département français d’Outre-mer, au même titre que la Martinique, la Guyane et La Réunion.

Les idées libérales du curé Lafosse

Dans l’aristocratie et la bourgeoisie à La Réunion, le Décret de la Convention allait avoir deux effets contradictoires : d’un côté, les propriétaires d’esclaves s’opposèrent violemment à l’abolition de l’esclavage décrétée le 16 Pluviose de l’An II.
L’assemblée coloniale se contenta de supprimer la “traite des noirs”, mais lorsque les commissaires de la République, Baco et Burnel, chargés de faire appliquer le Décret de la Convention, se présentèrent, en 1786, en rade de Saint-Denis, la Garde nationale fut chargée de les refouler. Il en fut de même à l’Ile Maurice.
D’un autre côté, certains esprits républicains et libéraux, tel notamment le curé Lafosse, à Saint-Leu, se mirent à propager dans la population les idées de liberté, d’égalité et de fraternité dont les révolutionnaires français de 1789 avaient fait leur mot d’ordre.
Cela ne devait pas manquer, naturellement, d’entretenir un ferment d’insoumission chez les esclaves.


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