Culture et identité

Il était une fois : Edmond Albius… Zarboutan nout kiltir

Inventée par un Réunionnais qui n’avait pas le statut d’être humain, la fécondation de la vanille est diffusée dans le monde entier

Témoignages.re / 8 août 2009

Il est parfois des inventions simples et géniales, nées du hasard, ou de l’observation attentive des choses qui révolutionnent une activité. Il en est ainsi de la découverte de la fécondation artificielle de la vanille à Bourbon en 1841 par un jeune enfant de douze ans, esclave sur une propriété de Sainte- Suzanne. D’une plante importée du Mexique, il a su faire une culture réunionnaise.

G. Gauvin 

Un orphelin appelé Edmond

• Il naît en 1829 sur la propriété de Ferréol Beaumont-Bellier, esclave puisque sa mère l’était. Celle-ci meurt en couches et le voilà orphelin... On l’appelait Edmond, son prénom de baptême, car les esclaves n’avaient pas de nom de famille. Les gens de ma génération ont appris la géographie de La Réunion dans un livre de Paul Hermann, un instituteur, et je me souviens de la reproduction d’un portrait d’Edmond, fait par Roussin et qui semble exprimer une certaine fierté. C’est vrai qu’il pouvait avoir, au fond de lui-même des raisons d’être fier.



La vanille : une plante d’ornement à Bourbon

• À l’époque, la vanille était à Bourbon une plante d’ornement. La colonie en avait reçu des boutures à trois reprises entre 1819 et 1822. Une jolie liane et sa fleur ne manque ni de fraicheur, ni d’éclat.

Au Mexique, toutefois, la liane donnait des gousses qui une fois muries servait à parfumer des boissons. Mais là-bas, il y avait une guêpe qui fécondait la vanille alors qu’à Bourbon et dans d’autres régions tropicales, cet insecte n’existait pas. Alors pourquoi pas la fécondation artificielle ?
Le problème, c’est que personne n’arrivait à élaborer un procédé simple pouvant se répéter à la chaîne. En effet, la fleur comporte à la fois, les organes mâle et femelle mais ils sont séparés par une membrane qui empêche le contact entre eux, donc la fécondation naturelle spontanée.



Il a inventé la fécondation artificielle de la vanille

• Le petit Edmond accompagnait souvent son maître féru de botanique et celui-ci ne manquait pas de lui communiquer une part de son savoir. Bien sûr, à l’époque on pratiquait la fécondation artificielle de la citrouille mais avec la vanille c’était une autre affaire. Le génie d’Edmond vient de ce qu’il comprit qu’en violentant la fleur d’une certaine façon, il pouvait réussir la fécondation de la vanille et qu’en reproduisant l’opération, exactement de la même façon, il pouvait obtenir le même résultat.
 Un jour, au cours d’une promenade, le maître s’aperçoit qu’il y a des gousses de vanille, sur une liane, puis sur une autre. Il s’écrie nous dit-on : « Qui a fait cela ? ». Le jeune esclave se met à genoux et s’excuse auprès de son maître car il a le sentiment d’avoir commis une faute. Mais Edmond vient de découvrir, impensable pour l’époque, un procédé simple, efficace de fécondation artificielle de la vanille, qui ouvre la voie à une production de masse.


Edmond en démonstration
• Sitôt la découverte connue, des propriétaires se rendent chez Bellier et lui demandent d’envoyer “son petit Noir” enseigner son procédé de fécondation artificielle de la vanille. Le maître l’accepte de bonne grâce, et l’on voit, un peu partout dans les plantations de l’Est de l’île, le jeune esclave dispenser aux “Blancs” son enseignement... Sa découverte n’était d’ailleurs pas prise trop au sérieux au plan économique, mais elle prendra toute son importance lorsque Loupy, un planteur de Saint-André, aura mis au point son système de préparation de la vanille permettant de donner à celle-ci le parfum que l’on sait.



On veut lui voler son invention
• 


Dans un premier temps, ces beaux messieurs de la colonie vont chercher à minimiser l’invention d’Edmond en disant que c’est le hasard qui l’a guidé. On dira même qu’un jour, au cours d’un accès de colère, il a pris des fleurs, les a écrasées violemment pour finalement obtenir la fécondation artificielle de la magnifique orchidée. Pourquoi ces messieurs n’ont-ils eu, avant Edmond, cet accès de colère créatif et génial ? Puis, on avance l’idée que l’invention ne peut être de lui car un Noir ne peut faire preuve d’autant de créativité et de doigté subtil. On dit même que la méthode lui a été soufflée par un jardinier botaniste de passage dans l’île, alors qu’Edmond est âgé à peine de sept ou huit ans. D’aucuns prétendent encore que le véritable découvreur n’est autre que Bellier, lui-même, malgré les dénégations de celui-ci. Vers 1913, enfin on allègue qu’Edmond n’était pas noir, mais blanc. Encore heureux que son portrait ait été fait par Roussin et qu’on l’ait pris, plus tard, en photographie.



Il n’a rien gagné de sa découverte simple et géniale
• 


Edmond n’a été affranchi que le 22 septembre 1848, soit trois mois avant l’abolition de l’esclavage. Pourquoi ? Bellier l’avait-il estimé trop jeune ? Nul ne le sait, mais ce qui est sûr, c’est que lorsqu’il est affranchi, on l’affuble du nom d’Albius (!). Lui, le Blanc, pourquoi cette moquerie, venant de son ancien maître, qui avait semble-t-il de l’amitié pour lui ? 
Il ne reçoit pas de la colonie la pension demandée par des planteurs malgré les services rendus et les fortunes accumulées à compter de 1848 par les propriétaires. Même Bellier, un très gros propriétaire, ne fera quasiment rien pour lui sauf à intervenir pour obtenir sa remise en liberté, suite à une condamnation pour une affaire de vol de bijoux.


Une vie de misère et la mort en 1880


• En 1880, il meurt dans un hôpital rural à Sainte-Suzanne, à 51 ans seulement, d’une vie passée dans le dénuement... On lui rend aujourd’hui un hommage mérité, mais comme on l’a vu ci-dessus, il s’en est fallu de peu que l’Histoire ne l’oublie au profit sans doute de quelque usurpateur.


Edmond Albius :
In ga i mérite in bon plass dann la MCUR !

Si in zour dann in brokante, sinon dann in vyé bibliotèk kék-par, zot i oi in vyé liv l’istoir-zéografi La Rényon, dann tan-lontan. In boug té i apèl Paul Hermann la ékrir sa… Alors trap sa rant zot dé min, an réspé, agard bann foto sansa bann portré. Si zot nana la shans, lo liv lé pa tro massakré épi nana toute son bann paz. Bou di kont, konm di lo patoi, si Bondyé la piss déssi z’ot tète, an tournan paz-par-paz, pétète zot va oir in kaf fyèr. Koté li nana in lyane vaniy é, mi kroi, mé moin lé pa sir, in kane i déboute an vinkèr…
Agard byin lo nom lo moun ! Lir ali byin ! Li apèl Edmond Albius : lo boug la vny-a-bou fèr gonn la vaniy, in téknik sinp, in téknik jényal pèrsone té pa kapab fé avan li. L’èr-la, li té in zènn marmay, vi k’li l’avé aryink douzan. L’èr-la, li té zésklav déssi la tèr in blan, vi k’son momon lété z’ésklav. L’èr-la, li té orfélin, vi k’son momon lé mor an akoushan é dann tan-la in papa z’ésklav, sa té i konte mèm pa pou la po patate. Agard ali avèk réspé, pars li, li la mète son péi anlèr.
Kan mi marsh dann shomin, mi rogard bann plak i mark lo nom la ru... Ala lo nom in gouvèrnèr, mé boug-la la pa mète La Rényon anlèr, sa ! Ala lo nom in marshan zésklav, in boug la fé krime kont l’imanité : i pé évité in n’afèr konmsa ! Ala, si mi tronp pa, in boug la fé la frode éléktoral : sa lé pa bon sa ! Ala ankor, lo nom in boug, mi koné mèm pa : sirman li té byin koni dan son famiy mé pa pliss ! In tan, l’avé poin in ru, poin in kaz, poin in l’imèb piblik té i porte lo nom Edmond Albius pars lo péi l’avé poin rokonéssans pou li... Koméla, lé shoz la fine shanj in pé : nana bann ru i porte son nom, nana in kolèj i porte son nom. Sinte-Sizane, banna la mète ziska in éstati pou li épi i fé in fèt pou li shak l’ané.
Lé byin é nou lé fyèr, mé kossa demoun i anpans pou vréman ? Zot na réspé pou li ? La rokonéssans pou li ? Zot i admir ali ? Mi éspèr solman, zot nana bann santiman-la, kèr klèr ! Mi éspèr, in pé la poin la jène kan i rogard son l’éstati, la onte kan i rogard son portré... Mi éspèr, pars Edmond-la, sa i mérite byin, sa i mérite vréman lo tit zarboutan nout kiltir, la kiltir rényonèz ! Pou moin, li mérite in bon plas dann la mézon dé sivilizassyon é dé l’inité rényonèz, dann la MCUR…


Principe de fécondation de la vanille

Une invention réunionnaise diffusée dans le monde

• Saisir la pointe de la fleur avec la main gauche et découper la corolle avec une petite pointe.
• Soulever avec un fin bambou, l’organe femelle (pistil) et le redresser.
• Appuyer délicatement avec le pouce de la main gauche pour que l’étamine (mâle) s’incline vers le pistil (femelle) et féconde la fleur.


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