Culture et identité

"Indignez-vous !" : « Il y a urgence »

Un film à voir sur ARTE ce mercredi soir

Témoignages.re / 12 septembre 2012

Documentaire porté par l’élan et le talent du cinéaste Tony Gatlif, "Indignez-vous !" s’inscrit dans la lignée du livre mondialement célèbre de Stéphane Hessel. Il dresse le portrait d’un monde en dysfonctionnement, tout en faisant émerger des espérances et des voies nouvelles. Ce film est diffusé ce mercredi 12 septembre à 22h40 sur ARTE (0h40 à La Réunion).

Ni interview, ni discours, mais le témoignage d’un homme fort et engagé. Dans le film "Indignez-vous !", Stéphane Hessel nous arme des forces de son livre, et la mise en scène de Tony Gatlif prolonge le texte à travers sa vision.

Tony Gatlif explique : « Il y a urgence. Le dérèglement du capitalisme financier précipite le monde et les peuples dans la crise de plus en plus dure pour des millions de gens, réduits au chômage et plongés dans la misère. Ces sombres temps dans lesquels nous vivons peuvent déboucher sur pire encore, un déferlement de violence xénophobe et raciste, une guerre de civilisation, dressant des peuples contre d’autres peuples au nom de Dieu, de l’incompatibilité des cultures, ou tout simplement de la haine de l’autre.
Contre cette issue terrible, le cinéma, comme la littérature, la musique et les autres arts, doit se battre. Il lui faut réagir vite, mais sans rien abandonner de ses vertus et de sa singularité. (...) Aujourd’hui, le cinéma a plus que jamais vocation et nécessité de se confronter avec l’actuel. Les progrès accomplis dans le régime de l’enregistrement rendent la tâche plus aisée.
Malraux disait que l’art était l’antidestin. Le cinéma peut et doit être cet antidestin qui prend aujourd’hui la figure du marché. C’est une question d’éthique et de volonté. Là où il y a volonté, là est le chemin ».

À travers une série de reportages vidéo, de documents photographiques et sonores, ce film propose une immersion au sein de mouvements de contestation, en parcourant sept pays aux problématiques singulières, de l’Espagne à la Grèce en passant par la France.

Tony Gatlif raconte la genèse du film

Le réalisateur d’"Indignez-vous !" revient sur le choc ressenti à la lecture du livre de Stéphane Hessel et sur les étapes qui l’ont conduit faire à ce film :

« Un soir d’automne, je suis invité à rencontrer le philosophe et écrivain Jean-Paul Dollé. Dès mon arrivée, je vois un livre parmi d’autres sur sa table basse, avec un titre qui me saute aux yeux : "Indignez-vous !".

Très vite, je lis ce livre et, tout de suite, je vois un film. Non pas un film pléonasme qui raconterait ce qui se passe dans l’ouvrage, mais plutôt un film qui donne la parole à ceux qui n’en ont pas et qui n’ont ni l’habitude d’être filmés, ni d’être écoutés.

"Indignez-vous !" est un livre important pour tout le monde, il parle de choses qui me tiennent à cœur. Tout l’été dernier, je me suis battu contre les nouvelles lois stigmatisant les manouches, et contre les expulsions des Roms. J’étais, avec certains de mes amis, dont l’historienne Henriette Asséo, frappé d’indignation et de honte.

J’ai alors parlé à Isabelle Chebat de la Fédération internationale des droits de l’Homme de mon intention de réaliser un film d’après "Indignez-vous !". Avec une caméra et mon équipe habituelle, aller un peu partout en Europe, un peu partout en France. Filmer ce qui nous indigne, mais aussi ce qui nous donne espoir, cette jeunesse qui se bat dans l’ombre pour un monde meilleur.

Isabelle Chebat m’a alors très vite présenté à Stéphane Hessel. Je lui ai parlé du film qui allait être la continuité du livre. Je lui ai fait part de mon envie de filmer Stéphane Hessel racontant de sa voix caractéristique les moments clés de son livre. Il connaissait mes films. Il nous a donné son accord.

Le temps d’écrire avec Jean-Paul Dollé l’intention de ce film pour le présenter à ARTE, le livre dépassait les 500.000 exemplaires vendus. Une révolution s’est mise en marche en Tunisie, suivie par l’Égypte, puis la Libye et la Syrie. Aujourd’hui, le livre est traduit dans le monde entier. C’est un livre utile, il est important aujourd’hui de le mettre en images ».


Pour Stéphane Hessel, le lien entre résistance et indignation

Stéphane Hessel, ancien résistant, Ambassadeur de France auprès de l’ONU, l’un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, publie à 93 ans "Indignez-vous !", où il exprime ses refus, ses colères et ses engagements. Il écrit : « 93 ans. La fin n’est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil national de la Résistance ! ».

Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c’était l’indignation ». Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au "toujours plus", à la compétition, la dictature des marchés financiers… Stéphane Hessel s’insurge donc pour « une société dont nous soyons fiers : pas cette société où l’on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil national de la Résistance ».

Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une « insurrection pacifique ». Dans un entretien publié dans "Politis", Stéphane Hessel explique que son livre est en effet un appel : « Le sentiment le plus grave, aujourd’hui, est de penser qu’"il n’y a rien à faire" parce que les choses ne changent pas comme l’on voudrait et que les acteurs politiques et financiers ont toutes les cartes en main. Baisser les bras me paraît tout à fait mauvais. Je dirais donc, un peu comme Sartre, qu’"un homme qui se désintéresse n’est pas vraiment un homme". C’est quand il commence à s’indigner qu’il devient beau, c’est-à-dire un militant courageux, un citoyen responsable. Se dire "on n’y peut rien", se retirer, c’est perdre une bonne partie de ce qui fait la joie d’être un homme ».

Stéphane Hessel « souligne toujours l’écart entre légalité et légitimité. Je considère la légitimité des valeurs plus importante que la légalité d’un État. Nous avons le devoir de mettre en cause, en tant que citoyens, la légalité d’un gouvernement. Nous devons être respectueux de la démocratie, mais quand quelque chose nous apparaît non légitime, même si c’est légal, il nous appartient de protester, de nous indigner et de désobéir ».


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