Culture et identité

« Kosa nou fé du mésaz bann maron la transmète anou ? »

199ème anniversaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu

Témoignages.re / 9 novembre 2010

Une semaine après la cérémonie organisée par l’association MCUR-Recherche, Culture, Action au cimetière du Père Lafosse à Saint-Louis en hommage à nos ancêtres décédés sans sépulture, une nouvelle action a été organisée ce dimanche pour cultiver notre mémoire historique et en tirer des enseignements pour construire notre avenir. Le Komité Éli a célébré au Parc du 20 Désanm à Saint-Leu l’anniversaire de la révolte de 300 à 400 esclaves lancée par Jean et Élie le 8 novembre 1811. Un “tapage” violemment réprimé par les colonialistes français et britanniques de l’époque, qui ont notamment décapité une trentaine de combattants pour la liberté. Le professeur d’Université Prosper Ève a présenté un exposé très émouvant au sujet de cette tragédie à la fois héroïque et criminelle. Il l’a conclu par un appel à la résistance aux injustices d’aujourd’hui, en fidélité à nos ancêtres marrons.

Après un hommage rendu vendredi dernier, à la Ravine Trou, aux acteurs et aux victimes de la révolte des esclaves de Saint-Leu, en présence notamment de Danyèl Waro, les responsables et amis de l’association culturelle Komité Éli ont organisé ce dimanche une seconde manifestation dans le cadre de l’anniversaire de cet événement très important de notre Histoire. Avec l’association Lantant, ils ont d’abord présenté une exposition à ce sujet et ensuite Prosper Ève a fait une conférence pour rappeler les circonstances, le déroulé et les suites de ce drame.
Le professeur d’Histoire à l’Université de La Réunion a fait connaître les résultats de ses dernières recherches dans les archives et il a notamment expliqué que ce soulèvement des esclaves saint-leusiens a été préparé par Jean, un esclave en marronnage, qui a fait le tour de plusieurs groupes et les a rassemblés le 8 novembre — il y a 199 ans dimanche — avant de passer le relai à un autre esclave rebelle, Élie, au cas où il serait réprimé. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit, mais l’historien n’a pas encore découvert la date et les circonstances de cette répression criminelle.

« Sé nou ki doi lèv la tète »

Dix-sept maîtres ont été concernés par cette révolte et ils ont obtenu une violente répression des colonialistes britanniques qui occupaient l’île à ce moment-là. Environ 130 rebelles ont été arrêtés et traduits devant le tribunal des esclavagistes instauré dans l’église de Saint-Denis, la cathédrale d’aujourd’hui. Une trentaine d’entre eux ont été condamnés à mort et décapités.
Selon Prosper Ève, il y a de nombreuses leçons à tirer de ces événements comme de tous les autres qui ont marqué notre Histoire. Il a lancé un appel à la mobilisation contre les oppressions et injustices d’aujourd’hui : « Nou porte la résponsabilité de rézisté aux causes de nos problèmes. Si nou bèss la tète, sé nout fote. I fo nou assume nout résponsabilité ».
Il a ajouté : « Kosa nou fé du mésaz bann maron la transmète anou ? Sé nou ki doi lèv la tète. Chacun doit mener son combat, chacun doit apporter sa pierre et nous devons nous entendre dans ce combat, comme l’ont fait les esclaves marrons ».

D’autres rendez-vous

Cet exposé a été suivi d’un débat très intéressant, animé par le président du Komité Éli, Yvrin Rozali, et son trésorier, Hippolyte Éno. Plusieurs participants, comme Georges Thénor, ont dénoncé la loi du silence sur l’esclavage imposée par les colonialistes après l’abolition de ce système criminel le 20 décembre 1848 et ils ont appelé tous les Réunionnais à se mobiliser pour célébrer le 200ème anniversaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu le 8 novembre 2011, dans un an.
Un appel a également été lancé aux élus dans ce sens par Franswa Sintomèr au nom de l’association Lantant. La seule élue présente à cette rencontre, Aline Murin-Hoarau, conseillère régionale de l’Alliance, a apporté son soutien et celui du P.C.R. à cette proposition.
La rencontre s’est poursuivie avec un “piknik-partaz” et un “ronn kabar” avec des groupes d’artistes militants : Roulèr Killer, Mangalor, Zarlor, Maronèr Koméla, Jim Fortuné et Sangoun.
D’ores et déjà, d’autres rendez-vous plus proches ont été rappelés au public. Tout d’abord, le Komité Éli organise ce jeudi 11 novembre une marche au Piton Rouge, jusqu’à la tombe du roi Phaonce. Ensuite, Aline Murin-Hoarau a invité la population à se retrouver au Plateau du Dimitile les samedi 11 et dimanche 12 décembre avec l’association Miaro, avec un séminaire sur “Les héritages des marrons”, une soirée de recueillement et une cérémonie de Ati-damba à la stèle des chefs marrons. Des rendez-vous à ne pas manquer !

Correspondant


Kanalreunion.com