Culture et identité

L’Église et l’esclavage : « excuses officielles » et « repentance » à Maurice

Nout mémwar

Témoignages.re / 13 janvier 2012

Dans son édition du 14 décembre dernier, le journal parisien "La Croix" a publié un article très intéressant, que nous a transmis un ami responsable du Groupe de Dialogue Inter-religieux de La Réunion et qui concerne la réparation de l’esclavage dans les Églises catholiques de notre région. Sous le titre « L’Église de Maurice est prête à participer à une démarche nationale de repentance pour l’esclavage », l’article souligne que « la Commission "Justice et Vérité" recommande que l’Église, qui n’a pas protesté contre l’esclavage à Maurice, présente des excuses aux descendants d’esclaves et de "travailleurs engagés" de l’île ». Voici le texte intégral de cet article (les intertitres sont de "Témoignages").

Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis (Île Maurice) et vice-président de la Conférence épiscopale de l’Océan Indien (CEDOI), a salué récemment le travail de la Commission "Justice et Vérité" qui a évalué, pour son pays, les conséquences de l’esclavage durant la période coloniale et jusqu’aujourd’hui. Les archives de l’évêché de Port-Louis ont été mises à la disposition de la Commission, et des membres de l’Église — laïcs et prêtres — ont participé à ces travaux.

La Commission recommande qu’« à la lumière des injustices subies par les descendants d’esclaves et les “travailleurs engagés”, la République de Maurice et d’autres institutions, comme l’Église catholique entre autres, leur présentent des excuses officielles ». Mgr Maurice Piat s’est dit prêt à participer à une telle démarche nationale de demande de pardon.

Religion d’État

De 1722 à 1835, l’Église n’a pas protesté contre le Code noir, en vigueur à l’époque, qui considérait les esclaves comme des « meubles » et les obligeait à adopter le catholicisme, religion d’État. Par ailleurs, la Commission a souligné qu’à cette époque, des membres de l’Église étaient propriétaires d’esclaves.

En 1992, lors de sa visite à l’île de Gorée (Sénégal), Jean-Paul II avait reconnu les souffrances terribles infligées par l’esclavage : « Il convient que soit confessé en toute vérité et humilité ce péché de l’Homme contre l’Homme, ce péché de l’Homme contre Dieu ».

Une
« offense terrible »

En octobre 2003, également à Gorée, Mgr Maurice Piat avait participé, avec une délégation d’évêques africains, à une demande de pardon pour l’esclavage. Plus récemment, à Vieux Grand Port (Maurice), le 1er février 2006, l’évêque de Port-Louis avait reconnu que l’esclavage est une « offense terrible faite à nos frères et sœurs humains et que cette offense est aussi un péché contre Dieu ».

Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, l’action de l’Église à Maurice en faveur des affranchis fut lancée par le P. Laval, dit « l’apôtre des Noirs », ouvrant les portes de l’Église aux Créoles descendants d’esclaves.

Travail de réparation

Sous l’épiscopat du cardinal Jean Margéot, l’Église s’était engagée à travers ses institutions (Caritas, Jeunesse Ouvrière Chrétienne, écoles et paroisses) à mener un travail de réparation envers les Créoles descendants d’esclaves.

Depuis les années 1990, avec le réveil des Créoles au sein de l’Église mauricienne, les descendants d’esclaves eux-mêmes sont devenus les protagonistes de ce travail de réparation. Des travaux de recherche et diverses initiatives sur l’identité créole, l’inculturation, la traduction de la Bible en créole, la liturgie en créole, la lutte contre l’exclusion et la pauvreté… ont été menés dans cette perspective.


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